lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201679 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante : Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 26 juin et 18 novembre 2022 et 20 décembre 2023, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Chez nous, représentée par Me Vinolo, demande au tribunal : 1°) d'annuler la décision du 27 avril 2022, par laquelle la direction générale des finances publiques a rejeté sa demande rectificative tendant au versement de l'aide visant à compenser les charges fixes non couvertes des entreprises dont l'activité est particulièrement affectée par l'épidémie de covid-19 ; 2°) d'enjoindre à l'administration, à titre principal, de lui accorder l'aide au titre du mois de janvier 2022, soit 63 517 euros, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ; 3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration ; - elle méconnaît l'article 1 du décret du 2 février 2022. Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 juillet 2022 et 2 janvier 2023, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête. Il soutient que : - le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant ; - les autres moyens soulevés ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code des relations entre le public et l'administration ; - le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié ; - le décret n° 2022-111 du 2 février 2022 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Faure, substituant Me Vinolo, représentant la SASU Chez nous. Considérant ce qui suit : 1. La société Chez nous, immatriculée au registre du commerce et des sociétés le 19 février 1993, exerce une activité de traiteur. Entre le 22 mars et le 15 avril 2022, elle a déposé cinq demandes afin de bénéficier de l'aide instituée par le décret du 2 février 2022 visant à compenser les charges fixes non couvertes des entreprises en difficulté en raison de la crise sanitaire. Le 13 avril 2022, l'administration lui a accordé une aide d'un montant de 66 754 euros. Par une décision du 15 avril 2022, la direction générale des finances publiques a toutefois rejeté sa demande rectificative, portée à 103 671 euros. Sur les conclusions à fin d'annulation : 2. En premier lieu, l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () " Aux termes de l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice () ". 3. En l'espèce, la décision attaquée, notifiée par l'intermédiaire d'un téléservice, ne comporte pas les mentions du prénom, du nom et de la qualité de leur auteur mais seulement la provenance du message : " De : Direction des Grandes Entreprises ". Cette mention ne permet pas de s'assurer de la compétence de l'auteur de la décision en cause. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 212-2 du code précité. 4. En second lieu, l'article 1 du décret du 2 février 2022 instituant une aide dite " coûts fixe consolidation ", visé ci-dessus, dispose que : " I. - Les entreprises mentionnées à l'article 1er du décret du 30 mars 2020 susvisé, à l'exception de celles mentionnées aux 5° et 5° bis, peuvent bénéficier, au cours de la période éligible comprise entre le 1er décembre 2021 et le 31 janvier 2022, d'une aide mensuelle dont le versement est bimestriel, destinée à compenser leurs coûts fixes non couverts par les contributions aux bénéfices, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes au jour de la demande : / 1° Elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 ou à l'annexe 2 du décret du 30 mars 2020 précité dans sa rédaction en vigueur au 30 juin 2021 ; 2° Elles ont été créées avant le 1er janvier 2019 ; 3° Au cours du mois éligible, elles ont subi une perte de chiffre d'affaires, calculée selon les modalités prévues à l'article 3, d'au moins 50 % ; 4° Leur excédent brut d'exploitation coûts fixes consolidation au cours du mois éligible, tel qu'il résulte du calcul mentionné à l'annexe du présent décret, est négatif. () " Aux termes de l'article 3 du même décret : " La perte de chiffre d'affaires pour le mois éligible est définie comme la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires constaté au cours du mois et, d'autre part, le chiffre d'affaires de référence défini comme le chiffre d'affaires réalisé le même mois de l'année 2019. " 5. Pour rejeter la demande rectificative déposée le 15 avril 2022 par la société Chez nous, l'administration a retenu qu'une seule demande devait être déposée pour l'ensemble de la période décembre 2021 - janvier 2022 et que cette seconde demande était intervenue après la mise en paiement de la première, de sorte que cette dernière ne pouvait être modifiée ou complétée. 6. La société requérante soutient que lorsqu'elle a déposé la demande du 6 avril 2024, elle a commis une erreur matérielle en comptabilisant des factures au titre des deux mois concernés, alors que celles-ci ne se rattachaient qu'au mois de décembre 2021. Elle indique que cette erreur a conduit à l'exclure du bénéfice de l'aide au titre du mois de janvier 2022, dès lors que le montant erroné du chiffre d'affaires renseigné ne démontrait pas une perte d'au moins 50% en comparaison avec celui du mois de janvier 2019. 7. Il ressort des pièces du dossier et est par ailleurs constant, d'une part, que la société Chez nous justifie d'une perte de chiffres d'affaires d'au moins 50% par rapport au chiffre d'affaires de référence (25 759 euros en janvier 2022 contre 141 506 euros en janvier 2019) et, d'autre part, que son excédent brut d'exploitation était négatif lors du mois de janvier 2022, les parties ne s'accordant toutefois pas sur cette valeur. Dans ces conditions, et alors au surplus que le refus opposé à la société requérante ne repose pas sur un motif légal, celle-ci est fondée à soutenir qu'elle est éligible au versement de l'aide en cause au titre du mois de janvier 2022. 8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 27 avril 2022 doit être annulée. Sur les conclusions aux fins d'injonction : 9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration accorde à la société Chez nous l'aide sollicitée au titre du mois de janvier 2022. Le montant de cette aide ne pourra être inférieur à 36 917 euros, dès lors que la direction départementale des finances publiques a reconnu que la requérante était éligible à une telle somme. Il y a lieu d'enjoindre au directeur départemental des finances publiques du Var de procéder au versement de l'aide dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Sur les frais du litige : 10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la SASU Chez nous et non compris dans les dépens. D É C I D E :Article 1er : La décision du 27 avril 2022 de la direction générale des finances publiques est annulée.Article 2 : Il est enjoint au directeur départemental des finances publiques du Var d'accorder à la SASU Chez nous l'aide sollicitée au titre du mois de janvier 2022, dont le montant ne pourra être inférieur à 36 917 euros, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Article 3 : L'État versera à la SASU Chez nous une somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SASU Chez nous et au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques du Var.Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLYLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière.2N° 2201679
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