jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201798 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre - Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Misuc, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 10 mai 2022, par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a implicitement refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire étranger, ensemble, la décision explicite de rejet en date du 18 janvier 2022 ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange du permis de conduire étranger dont elle est titulaire, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur de droit tirée de la méconnaissance de l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 dès lors que ce dernier n'a pas tenu compte des documents qu'elle produit ;
- l'administration a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa demande dès lors qu'elle s'est abstenue de diligenter des mesures d'instruction auprès des autorités tchétchènes (russes) pour vérifier le caractère frauduleux de son titre de conduite ;
- la décision attaquée repose sur une erreur dans la matérialité des faits dès lors que son permis de conduire n'est pas un faux, comme en atteste les justificatifs qu'elle joint.
Par un mémoire en défense, produit le 25 août 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Par une décision du 18 octobre 2022, Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Harang, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Harang, magistrat délégué, a été entendu à l'audience, les parties n'étant, ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a sollicité le 13 novembre 2020, l'échange de son permis de conduire russe (Tchétchénie) contre un titre français. Alors que l'antenne de Nantes de la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité rattachée à la direction de la police aux frontières a constaté que le titre en cause était contrefait, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à la demande d'échange de l'intéressée.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Les décisions refusant l'échange d'un permis de conduire étranger contre un titre français sont au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
3. D'une part, la décision attaquée vise les textes dont elle fait l'application, en particulier l'article R. 222-3 du code de la route et l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange de permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace Economique Européen. D'autre part, elle fait état de ce qu'il résulte de 1'examen du titre original présenté par l'intéressé, que celui-ci présente de nombreuses différences avec tout document authentique de même nature et, enfin, qu'en conséquence, l'administration ne peut procéder à l'échange du permis de conduire du requérant. Par suite, la décision expose les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée au regard des dispositions précitées des articles L. 211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En second lieu, aux termes de l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 précité dispose, dans sa rédaction applicable au litige : " A. - Avant tout échange, l'autorité administrative compétente s'assure de l'authenticité du titre de conduite et, en cas de doute, de la validité des droits. / B. - Pour vérifier l'authenticité du titre de conduite, l'autorité administrative compétente sollicite, le cas échéant, l'aide d'un service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire. / C. - Si l'authenticité du titre de conduite est établie, celui-ci peut être échangé sous réserve de satisfaire aux autres conditions. / D. - Néanmoins, quand bien même l'authenticité du titre de conduite est établie, l'autorité administrative compétente peut, avant de se prononcer sur la demande d'échange, en cas de doute selon les informations dont elle dispose, consulter l'autorité étrangère ayant délivré le titre afin de s'assurer des droits de conduite de son titulaire. () / E. - Si le caractère frauduleux du titre est établi, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par l'autorité administrative compétente, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant ".
5. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser de procéder à l'échange du permis de conduire russe de Mme A, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur le caractère contrefait du titre de conduite en cause, au regard du rapport d'examen technique détaillé, établi le 4 janvier 2022 par la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité de la direction centrale de la police aux frontières, ayant révélé que le fond d'impression ainsi que les mentions pré-imprimées sont réalisées en impression " toner " au lieu de l'être en " offset ". Si la requérante produit des attestations relatives aux cours d'auto-école suivis ainsi que le compte rendu d'aptitude médicale à la conduite qu'elle s'est elle-même procurés auprès des autorités étrangères, ces, documents non transmis aux autorités françaises par la voie diplomatique, n'offrent pas des garanties suffisantes d'authenticité et ne sont, par suite, pas de nature à remettre en cause les conclusions du service de la fraude documentaire du ministère de l'intérieur. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique, qui avait acquis la certitude du caractère frauduleux du titre de conduite de la requérante et n'était, de fait, pas tenu de faire procéder à la vérification de son authenticité par la voie diplomatique, a pu estimer que le permis en cause n'était pas authentique, sans entacher sa décision ni d'une erreur d'appréciation, ni d'une erreur de fait et refuser pour ce motif, de procéder à l'échange sollicité par Mme A.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre les décisions de rejet incriminées, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation des décisions précitées, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
8. L'article L. 761-1 du code de justice administrative fait obstacle à ce qu'une quelconque somme à verser à Mme A soit mise à la charge de l'Etat.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Loire-Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2201798
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026