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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201880

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201880

vendredi 26 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201880
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 juillet 2022 et le 27 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Gonand, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision refusant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'existe aucun risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ;

Sur la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an :

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- sa durée est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme C a présenté son rapport, en l'absence des parties.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 13 juillet 2022, le préfet du Var a obligé M. B, ressortissant tunisien né le 7 février 1987, à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée d'un an. Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions, en particulier, du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué est signé de M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var. Par un arrêté en date du 28 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 78 du même jour, le préfet lui a donné délégation, aux termes de l'article 1er de cet arrêté, à l'effet de signer : " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, documents, relevant des attributions de l'Etat dans le département du Var ", à l'exclusion de certains actes parmi lesquels ne figurent pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué vise, en particulier, les stipulations et dispositions de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il expose également des éléments relatifs à la situation personnelle, familiale et administrative de l'intéressé. Il comporte ainsi les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Il ne se déduit pas d'une telle motivation et ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet, qui n'est pas tenu d'exposer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de M. B, alors que l'arrêté en cause cite expressément la déclaration de celui-ci selon laquelle il travaille en France. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. M. B se prévaut de la durée de sa présence sur le territoire français, depuis l'année 2017, de son insertion professionnelle et de sa relation maritale avec une ressortissante française, dont il est séparé depuis l'année 2021. D'une part, les pièces produites au titre des années 2017 et 2018 ne permettent pas d'établir avec certitude la présence de M. B sur le territoire national lors de cette période. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que ce dernier a signé un contrat à durée indéterminée, conclu le 3 octobre 2019 et ayant pris effet le 2 septembre 2019, dans une société de maçonnerie et qu'il justifie ainsi de plusieurs bulletins de salaire pour les années 2020 et 2021, il ressort de ces mêmes pièces qu'il avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 20 avril 2017, d'une autre accompagnant un refus de titre de séjour en date du 29 novembre 2019 et d'une dernière en date du 3 février 2021 accompagnant, elle aussi, un refus de titre de séjour. M. B n'a déféré à aucune de ces mesures d'éloignement. Quant aux liens entretenus avec son ex-épouse, il ressort du procès-verbal d'audition par un officier de police judiciaire du 13 juillet 2022 que M. B a été entendu dans le cadre d'une enquête de flagrance suite à une plainte déposée par cette dernière le 12 juillet précédent, pour des faits de violence sur conjoint. Ces circonstances, bien que les faits en cause aient certes été contestés par M. B au cours de la même audition, ne permettent toutefois pas de tenir pour établis les liens allégués avec son ancienne épouse. Enfin, M. B n'a pas d'enfants et a déclaré ne pas avoir de membres de sa famille en France, alors que ses parents résident en Tunisie et qu'il entretient toujours des liens téléphoniques avec ceux-ci. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, il n'apparait pas que le préfet ait porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

Sur la décision refusant le délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

8. Il ressort du procès-verbal d'audition du 13 juillet 2022 que M. B a déclaré, après avoir été invité à présenter ses observations sur une éventuelle mesure d'éloignement, qu'il n'accepterait pas de retourner en Tunisie. En outre, ainsi qu'il a été exposé au point 6 du présent jugement, M. B s'est soustrait à l'exécution de trois précédentes obligations de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an :

9. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

10. En second lieu, selon l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". L'article L. 612-10 de ce code dispose quant à lui : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. L'arrêté attaqué retient que M. B est entré en France à une date indéterminée, qu'il n'a pas déféré à de précédentes mesures d'éloignement, qu'il est séparé de son épouse et qu'il a vécu la majeure partie de sa vie en Tunisie, où résident ses parents et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Au regard de l'ensemble de ces éléments, il n'apparait pas que la durée d'un an de l'interdiction de retour en litige soit disproportionnée et le moyen doit ainsi être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 août 2022.

La présidente du Tribunal,

Signé

M. CLa greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Le greffier

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