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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201910

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201910

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201910
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la requête de M. B A, qui contestait la délibération du 16 mai 2022 de la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Cette délibération lui infligeait une interdiction temporaire d'exercer toute activité privée de sécurité pour trois ans, assortie d'une pénalité financière de 25 000 euros. Le tribunal a écarté le moyen tiré d'un vice de procédure lié au non-respect du délai de convocation des membres de la commission, estimant que cela n'avait pas privé le requérant d'une garantie ni influencé la décision. Il a également jugé la sanction proportionnée, au vu des manquements constatés, notamment l'exercice d'une activité sans agrément valide et l'emploi d'agents sans carte professionnelle, en application des articles L. 612-6, L. 612-15, L. 612-20, R. 631-5, R. 631-7 et R. 631-22 du code de la sécurité intérieure.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juillet 2022, M. B A, représenté par

Me Maamouri, demande au tribunal d'annuler la délibération du 16 mai 2022 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a prononcé à son encontre une interdiction temporaire d'exercer toute activité privée de sécurité relevant du livre VI du code de la sécurité intérieure, pour une durée de trois ans, assortie d'une pénalité financière d'un montant de 25 000 euros.

Il soutient que :

- à défaut de preuve de convocation régulière de tous les membres de la commission, la décision devra être regardée comme édictée à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- la sanction est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2023, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a été invité, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire une pièce en vue de compléter l'instruction, laquelle n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hélayel, conseiller,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est le gérant de la société à responsabilité limitée (SARL) Atheyna Intervention, qui exerce une activité dans le domaine de la sécurité des biens et des personnes. Le 25 juin 2020, les agents du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) ont auditionné l'intéressé et procédé à un contrôle sur pièces de la société. Le 15 septembre 2021, la commission locale d'agrément et de contrôle lui a infligé une interdiction temporaire d'exercice, pour une durée de trois ans ainsi qu'une pénalité financière de 25 000 euros. Le 16 mai 2022, la Commission nationale d'agrément et de contrôle a confirmé cette sanction.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 632-12 du code de la sécurité intérieure, alors en vigueur : " La Commission nationale d'agrément et de contrôle se réunit sur convocation de son président, qui fixe l'ordre du jour. () ".

3. Il n'est pas contesté par le CNAPS, qui n'a pas produit son règlement intérieur en dépit d'une mesure d'instruction en ce sens, que l'article 4 de ce document prévoit que les convocations sont adressées aux membres du collège dans un délai minimal de quinze jours avant la date de réunion. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 24 novembre 2021, l'ensemble des membres de la commission, ainsi que leurs représentants, ont été convoqués à la séance du 16 décembre 2021. Ce courrier ne leur a été transmis que par un courriel du

9 décembre 2021, soit moins de quinze jours avant la date de la réunion. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que le non-respect de ce délai aurait privé M. A d'une garantie ou aurait eu une influence sur le sens de la décision. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

4. En second lieu, l'article L. 612-6 du code de la sécurité intérieure dispose que : " Nul ne peut exercer à titre individuel une activité mentionnée à l'article L. 611-1, ni diriger, gérer ou être l'associé d'une personne morale exerçant cette activité, s'il n'est titulaire d'un agrément () ". L'article L. 612-14 du même code dispose que : " L'autorisation d'exercice ne confère aucune prérogative de puissance publique à l'entreprise ou aux personnes qui en bénéficient. " L'article L. 612-15 du même code prévoit que : " Tout document qu'il soit de nature informative, contractuelle ou publicitaire, y compris toute annonce ou correspondance, émanant d'une entreprise visée à l'article L. 612-1, doit reproduire l'identification de l'autorisation administrative prévue à l'article L. 612-9 ainsi que les dispositions de l'article L. 612-14. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-20 du code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / () 5° S'il ne justifie pas de son aptitude professionnelle () ".

5. Aux termes de l'article R. 631-5 du même code : " Dignité. / Les acteurs de la sécurité privée s'interdisent, même en dehors de l'exercice de leur profession, tout acte, manœuvre ou comportement de nature à déconsidérer celle-ci. " Aux termes de l'article R. 631-7 du même code : " Attitude professionnelle. / En toute circonstance, les acteurs de la sécurité privée s'interdisent d'agir contrairement à la probité, à l'honneur et à la dignité. Ils font preuve de discernement et d'humanité. () ". Aux termes de l'article R. 631-22 du code : " Capacité à assurer la prestation. / Les entreprises et leurs dirigeants ne concluent un contrat de prestation ou n'acceptent un mandat qu'à condition de savoir satisfaire aux obligations légales propres à l'exercice des métiers concernés, dès le commencement d'exécution. () ".

6. Il résulte de l'instruction, notamment du compte-rendu de contrôle établi le 27 août 2020, que M. A a exercé en tant que dirigeant de la société Atheyna Intervention alors que son agrément n'était plus valable depuis le 18 décembre 2018 et que la société a employé deux agents dépourvus de carte professionnelle, l'un ayant vu sa demande rejetée et l'autre disposant d'une carte invalide. En outre, dans le cadre du fonctionnement de son activité, M. A n'a pas informé les services du CNAPS du changement de domiciliation de son siège social et ne faisait pas figurer, sur les contrats de travail, factures et correspondances, la mention obligatoire de l'article L. 612-4 du code précité.

7. Par ailleurs, M. A a reconnu, des mois de juin à décembre 2019, avoir aidé la société GLCE Littoral à éviter de s'acquitter de ses charges sociales, par la conclusion d'un faux contrat de sous-traitance et de fausses factures, ayant fait transiter 788 000 euros sur son compte bancaire, et ayant pour ce faire perçu une rémunération de l'ordre de 70 000 euros.

8. La matérialité de l'ensemble de ces agissements, contraires aux dispositions précitées du code de la sécurité intérieure, n'est pas contestée par M. A.

9. Le requérant critique la sévérité de la sanction infligée par le CNAPS et fait valoir qu'il a tenté de mettre fin à cette situation avant tout contrôle et qu'il a coopéré avec les autorités. Il soutient que la mesure est disproportionnée dès lors qu'il ne justifie pas de compétences dans un autre domaine d'activité, qu'il est père de deux enfants mineurs, que son épouse n'a pas d'emploi, qu'il est désormais allocataire du revenu de solidarité active et qu'il doit payer le crédit immobilier de sa maison.

10. Toutefois, compte tenu du nombre important de manquements à la règlementation en vigueur et aux obligations professionnelles et déontologiques, de la gravité de l'essentiel de ces manquements, et en regard des sommes mentionnées au point 7 du présent jugement, la sanction contestée n'apparaît pas comme étant disproportionnée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

M. David Hélayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

D. HELAYEL

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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