mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201948 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre - Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juillet 2022, Mme C B doit être regardée comme demandant au tribunal :
- d'annuler la décision du 5 mai 2022 par laquelle la commission de médiation du Droit au Logement Opposable dite DALO a rejeté sa demande tendant à être reconnue comme prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement locatif social, présentée en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.
Elle soutient que :
- Elle a emménagé en résidence sociale d'Adoma le 1er mars 2022, le temps de trouver une solution pérenne lui permettant de pouvoir vivre avec ses deux enfants ;
- A dossier DALO a été constitué au moment où elle était hospitalisée pour de graves problèmes de santé ; sa demande de logement social présente un délai anormalement long au moment où son dossier passe en commission DALO ;
- Elle ne peut pas vivre avec ses enfants comme elle le souhaite et comme exprimé dans la demande de logement social ; elle est dans un logement de type studio et ne peut s'y maintenir 24 mois ; elle a dû placer tous ses meubles en garde-meubles, ce qui grève son budget déjà contraint, étant bénéficiaire du revenu de solidarité active (RSA).
Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive car elle a été enregistrée plus de deux mois après la notification de la décision à Mme B, qui est intervenue quelques jours après que la décision n'ait été prise, le 5 mai 2022 ;
- au moment de la décision en litige, la requérante dispose d'un logement de transition chez le bailleur ADOMA depuis le 1er mars 2022 ;
- si le délai d'attente a dépassé le délai de 30 mois, la requérante ayant déposé sa demande de logement social le 16 septembre 2019, la demande ne peut être considérée comme urgente car elle n'est pas logée dans un logement de transition depuis plus de dix-huit mois, ainsi que l'exigent les dispositions de l'article R. 414-14-1 du code de la construction et de l'habitation ;
- la commission de médiation DALO du Var n'a donc pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de déclarer Mme B prioritaire et devant être logée en urgence dans un logement correspondant à ses besoins et capacités.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2023, la présidente du tribunal a désigné M. Bailleux en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 21 mai 2024, le rapport de M. Bailleux, magistrat désigné.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation
1. Aux termes de l'article L. 300-1 Code de la Construction et de l'Habitation, " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 441-2-3 du même code, " II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. () ". L'article R. 441-14 du Code de la Construction et de l'Habitation dispose encore que : " La commission est saisie par le demandeur dans les conditions prévues au II ou au III de l'article L. 441-2-3. La demande, réalisée au moyen d'un formulaire répondant aux caractéristiques arrêtées par le ministre chargé du logement et signée par le demandeur, précise l'objet et le motif du recours, ainsi que les conditions actuelles de logement ou d'hébergement du demandeur. Elle comporte, selon le cas, la mention soit de la demande de logement social déjà enregistrée assortie du numéro unique d'enregistrement attribué au demandeur, sauf justification particulière, soit de la ou des demandes d'hébergement effectuées antérieurement. Le demandeur fournit, en outre, toutes pièces justificatives de sa situation. Les pièces justificatives à fournir obligatoirement sont fixées par l'arrêté précité. La réception du dossier, dont la date fait courir les délais définis aux articles R. 441-15 et R. 441-18, donne lieu à la délivrance par le secrétariat de la commission d'un accusé de réception mentionnant la date du jour de la réception de la demande. Lorsque le formulaire n'est pas rempli complètement ou en l'absence de pièces justificatives obligatoires, le demandeur en est informé par un courrier, qui fixe le délai de production des éléments manquants, délai pendant lequel les délais mentionnés aux articles R. 441-15 et R. 441-18 sont suspendus. ()". Enfin, selon les dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code, " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes :-ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 (.) ;-être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 () ".
2. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à la commission de médiation, qui, pour instruire les demandes qui lui sont présentées en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, peut obtenir des professionnels de l'action sociale et médico-sociale, au besoin sur sa demande, les informations propres à l'éclairer sur la situation des demandeurs, de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation de ces derniers au regard des informations dont elle dispose, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'ils se trouvent dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnus prioritaires et devant être relogés en urgence au titre du premier ou du deuxième alinéa du II de l'article L. 441-2-3. Le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur le fondement d'un autre alinéa du II de l'article L. 441-2-3 que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.
3. En l'espèce, la décision attaquée du 5 mai 2022 se fonde sur le motif tiré du fait que Mme B n'est pas logée dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois. En outre, le préfet du Var fait valoir, sans être contesté sur ce point, que Mme B n'est pas dépourvue de logement au moment de la décision attaquée puisqu'elle a déclaré elle-même avoir emménagé dans un logement temporaire depuis le 1er mars 2022. Il n'est pas contesté que Mme B a emménagé dans un logement-foyer à la date du 1er mars 2022 et que la décision en litige a été prise le 5 mai 2022, soit deux mois plus tard environ. Le fait, ainsi que le soutient la requérante, que le délai de sa demande de logement social présenterait un délai anormalement long ne suffit pas, à lui seul, à ce que la commission de médiation DALO la désigne prioritaire et devant être logée en urgence. Le fait, ainsi que le soutient la requérante, que son fils a dû quitter son logement au CROUS le 30 août 2022, n'a pas d'incidence sur la solution au litige car cet élément est postérieur de plusieurs mois à la décision attaquée. En outre, le fait que la requérante ne serait pas en mesure d'accueillir ses enfants n'a pas non plus d'incidence sur la solution du litige, cet élément ne pouvant justifier à lui seul l'urgence à reloger la requérante dans un logement répondant à ses besoins et capacités.
4. Il résulte donc de l'ensemble de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée de la commission de médiation DALO du Var du 5 mai 2022 est entachée d'une erreur d'appréciation. Il y a lieu par suite de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la décision susvisée de la commission de médiation DALO du Var du 5 mai 2022, et ce sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Var en défense.
DECIDE
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme C B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera faite au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
F. BAILLEUX
La greffière,
Signé :
K. BAILET
Le magistrat désigné,
Signé :
F. BAILLEUX
La greffière,
Signé :
K. BAILET
Le magistrat désigné,
Signé :
F. BAILLEUX
La greffière,
Signé :
K. BAILET La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation, La greffière.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026