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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202065

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202065

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantPIETRA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2022 et un mémoire enregistré le 17 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Ibanez, demande au Tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la délibération du 24 février 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune de Tourves a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme, ensemble la décision implicite née le 7 juin 2022 par laquelle le maire de Tourves a rejeté le recours gracieux qu'elle a formé contre cette délibération et, subsidiairement, d'annuler cette délibération en ce qu'elle a procédé au classement en zone N de son terrain, cadastré section D n°s 525 et 526, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Tourves une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il ne ressort pas des documents du PLU que la commune ait notifié le projet de PLU révisé à l'ensemble des personnes publiques associées et particulièrement au conseil régional PACA, à la chambre des métiers, au centre national de la propriété forestière, au syndicat mixte en charge du SCOT Provence verte Verdon, aux communes de Bras, Le Val, Brignoles, Mazaugues, Rougier et Saint-Maximin-la Sainte-Baume ;

- le classement de sa parcelle en zone N est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme ; les caractéristiques de son terrain

ne permettaient pas de le soustraire totalement à l'urbanisation ; il ne se situe pas à proximité d'éléments remarquables à préserver au titre du patrimoine ou des paysages remarquables

ni ne fait partie d'une zone à préserver sur le plan écologique et environnemental au sens de l'orientation n°7 ; il est entouré de constructions et d'espaces déjà bâtis, lui-même desservi par

les réseaux auxquels le raccordement serait très aisé et, en outre, grevé d'un emplacement réservé destiné à élargir une voie de desserte ; il n'est pas affecté d'un risque inondation ; il permettrait une meilleure réalisation de l'orientation n°1 de maîtrise de l'urbanisation en permettant la densification des espaces urbanisés ; il ne constitue pas une coupure d'urbanisation mais plutôt une dent creuse dans une zone construite et créent une perte de potentiel d'urbanisation.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2022, la commune de Tourves, agissant par son maire en exercice et représentée par la SCP Pietra et Associés, par Me Nouis, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de Mme A une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les personnes publiques associées qui devaient être consultées, l'ont été et à défaut d'avis explicites sont réputées avoir émis un avis favorable implicite ; le classement de la parcelle procède d'un parti d'urbanisme parfaitement cohérent qui n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par une ordonnance du 22 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée à cette même date, par application des articles R. 611-11 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonmati ;

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Ranson pour Mme A, requérante et de Me Sidy-Dioum pour la commune de Tourves.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la délibération

du 24 février 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune de Tourves a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme, ensemble de la décision implicite née le 7 juin 2022 par laquelle le maire de Tourves a rejeté le recours gracieux qu'elle a formé contre cette délibération.

2. La requérante soutient en premier lieu que la délibération attaquée portant approbation de la révision du plan local d'urbanisme serait entachée d'illégalité au regard de l'article R. 153-8 du code de l'urbanisme faute d'avoir établi que le projet de plan aurait bien été notifié pour avis aux personnes publiques associées, notamment au conseil régional PACA, à la chambre des métiers, au centre national de la propriété forestière, au syndicat mixte en charge du SCOT Provence verte Verdon et aux communes de Bras, Le Val, Brignoles, Mazaugues, Rougier et Saint-Maximin-la Sainte-Baume et qu'ainsi le dossier d'enquête publique, auquel ces avis devaient être annexés, était incomplet.

3. Il ressort toutefois des termes de la délibération attaquée, explicitement corroborés par ceux du rapport d'enquête publique, que les personnes publiques associées, dans leur ensemble, ont bien été consultées après que le PLU a été arrêté le 15 juillet 2021, ainsi qu'en attestent d'abord les avis expressément émis, tous reçus entre août et octobre 2021, ensuite la circonstance que le commissaire enquêteur détaille les avis implicitement ou expressément émis, et enfin que figurent parmi les avis favorables implicitement acquis l'ensemble des personnes publiques associées dont la requérante fait état. Ainsi et alors même qu'elle n'aurait pas produit l'intégralité des courriers par lesquels elle a sollicité les avis en litige, la commune peut être regardée comme ayant effectivement procédé à l'ensemble des consultations auxquelles elle était légalement tenue. Il s'ensuit que le moyen ci-dessus analysé, tiré d'un vice de procédure, doit être écarté.

4. Aux termes en second lieu de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".

Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation.

5. Si la requérante soutient que les parcelles en litige ne se situent pas dans un secteur d'enjeux de développement, d'aménagement et de structuration urbains tels que les définit le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) annexé au plan local d'urbanisme et ne sont pas concernées par la notion de " trame verte et bleue ", cette circonstance, eu égard à ce qui est dit au point précédent, n'est pas constitutive d'une erreur de droit et demeure sans incidence réelle sur le bien-fondé du classement en zone naturelle. De même, si elle fait valoir que la commune aurait manifesté une attitude plus compréhensive à l'égard d'autres administrés à l'issue des observations qu'ils ont formulées au cours de l'enquête publique comme elle l'a fait elle-même, cette circonstance est à elle seule, de même, sans incidence sur la légalité de la délibération attaquée.

6. Il ressort de l'examen des pièces du dossier, notamment des documents photographiques et cartographiques, que les deux parcelles en litige sont situées à la périphérie de la commune, en limite de la zone 1UA, mais en complète continuité avec la zone N. Elles forment un espace naturel d'assez grande dimension exempt de toute construction, déjà inclus en zone naturelle par le document d'urbanisme précédent, et ne constituent à proprement parler, ni une coupure verte, ni une " dent creuse entre des zones construites ", ni une enclave entre des zones urbanisées, dès lors que l'habitat diffus existant au droit du chemin du Renard et du chemin des Grès, au Sud et à l'Est des parcelles en litige, se trouve sur des parcelles elles-mêmes également classées en zone naturelle et n'est, par suite, destiné ni à s'accroître, ni à s'étendre. Ainsi, et alors même que les conditions de desserte et de raccordement des parcelles aux réseaux permettraient leur urbanisation, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que les auteurs du plan local d'urbanisme, ont adopté le parti de les soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation, en conservant leur classement en zone naturelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A, y compris les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative, doit être rejetée.

8. Il n'y a pas lieu non plus, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune de Tourves tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Tourves tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme B A et à la commune de Tourves.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient:

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme C honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La rapporteure,

signé

D. Bonmati

Le président,

signé

J.-F. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

Le greffier,

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