mercredi 3 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2202080 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | MLD AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er août 2022, la société L'Estancia, représentée par Me Campolo, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article
L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 28 juillet 2022 par lequel le maire de Fréjus a décidé la fermeture administrative immédiate du restaurant L'Estancia ;
2°) d'enjoindre au maire de Fréjus, à titre subsidiaire, de saisir dans le délai de 24 heures à compter de l'ordonnance à intervenir le service compétent afin de vérifier la mise en conformité de l'établissement et permettre sa réouverture ;
3°) de mettre à la charge de la commune du Fréjus une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il y a une extrême urgence à suspendre cette décision en raison du préjudice financier impliqué par cette fermeture administrative qui menace à brève échéance l'équilibre financier de la société ;
- la décision du 28 juillet 2022 porte une atteinte grave à la liberté du commerce et de l'industrie qui est manifestement illégale en raison de l'incompétence du maire pour prendre la décision attaquée, du caractère injustifié ou à tout le moins disproportionné de la mesure de fermeture immédiate ;
- l'absence de contrôle en vue de la réouverture de l'établissement est manifestement illégal.
Par des mémoires en défense enregistré le 1er août et le 2 août 2022, le maire de Fréjus conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
-
- le maire de Toulon n'a pas porté une atteinte manifestement illégale à la liberté d'entreprendre en prenant l'arrêté litigieux ;
- une visite de contrôle a été proposée au gérant du restaurant L'Estancia dès le 27 juillet 2022 mais a été refusée par l'intéressé au motif qu'il était de repos, puis un rendez-vous pour une contre-visite a été fixée au 2 août à 10h30 dont les résultats s'opposent à la réouverture du restaurant.
Vu les autres pièces du dossier. Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Helfter-Noah pour statuer sur les demandes de référé. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 août 2022 à 15h :
- le rapport de Mme Helfter-Noah, juge des référés ;
- les observations de Me Campolo pour la SASU L'Estancia, qui a conclu aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, et a en outre soulevé le moyen tiré du détournement de pouvoir en raison de l'usage, par le maire, de ses pouvoirs de police générale, en lieu et place des pouvoirs de police spéciale du préfet ;
- celles de Mme A pour le maire de Fréjus.
La juge des référés a prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction. Considérant ce qui suit :
1. M. C B est le président de la SASU L'Estancia qui exploite un restaurant de cuisine traditionnelle situé 34 place Deï Favouio sur le territoire de la commune de Fréjus sous l'enseigne L'Estancia. Lors d'une inspection effectuée le 22 juillet 2022 en présence de M. B, le chef du service hygiène et santé environnementale d'Estérel Côte d'Azur Agglomération a constaté un manquement grave et important à la réglementation et a sollicité auprès du maire de Fréjus la fermeture administrative de l'établissement le temps de la mise en conformité avec la réglementation en matière d'hygiène. Par un arrêté n° 2022.2228 du 28 juillet 2022, le maire de Fréjus a prononcé la fermeture administrative immédiate de l'établissement à l'enseigne L'Estancia. La société L'Estancia demande au Tribunal de suspendre l'exécution de cet arrêté sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique "
1.
3. Il ressort des dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales aux termes desquelles " la police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques " que le maire est compétent pour prononcer la fermeture administrative d'un établissement de restauration dans lequel plusieurs manquements à l'hygiène qui compromettent la sécurité et la salubrité publiques ont été constatés. Or, il n'est pas sérieusement contesté que des manquements graves aux règles d'hygiène ont été relevés lors de la visite du 22 juillet 2022, manquements persistants d'ailleurs onze jours plus tard ainsi qu'en attestent les clichés photographiques de la visite de contrôle du 2 août 2022 produits. La circonstance que le maire de Toulon ait mis en œuvre une procédure contradictoire, par un courrier du 22 juillet 2022 notifié le 25 juillet 2022, en invitant M. B à présenter ses observations dans les 48 heures, est sans incidence sur la gravité des manquements relevés qui justifiait, sans disproportion ni détournement de pouvoir, la mesure de police litigieuse.
4. Il résulte de tout ce qui précède que le maire de Toulon n'a pas porté une atteinte manifestement illégale à la liberté d'entreprendre en prenant l'arrêté litigieux. Les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision de fermeture administrative du 28 juillet 2022 ne peuvent donc qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence.
5. La société L'Estancia demande au juge des référés, à titre subsidiaire, d'enjoindre au maire de Fréjus, de saisir dans le délai de 24 heures le service compétent afin de vérifier la mise en conformité de l'établissement et permettre sa réouverture. Mais dès lors que la visite de contrôle qui s'est déroulée le 2 août 2022 à 10h30 a confirmé l'absence de mise en conformité du restaurant, les conclusions à fin d'injonction présentées à titre subsidiaire ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.
ORDONNE
Article 1er :La requête de la société L'Estancia est rejetée.
Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à la SASU L'Estancia et au maire de Fréjus.
Fait à Toulon le 3 août 2022.
La juge des référés Signé :
Prune Helfter-Noah
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, Pour la greffière en chef, Et par délégation,
La greffière.
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