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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202084

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202084

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202084
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantATEOS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la requête de M. et Mme A contre l'arrêté du maire de Puget-sur-Argens du 3 juin 2022 s'opposant à leur déclaration préalable pour régulariser une piscine. Le tribunal a jugé que le maire avait légalement fondé son opposition sur le non-respect du Plan de Prévention des Risques d'Inondation (PPRI), applicable comme servitude d'utilité publique. Il a constaté que la piscine n'était pas affleurante et avait été construite sur des remblais, en violation des articles 1-2 et 1-3 du règlement du PPRI, et a écarté l'argument d'une simple dalle aérée. La demande d'application de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme pour adaptation mineure a également été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2022, et un mémoire, enregistré le 20 octobre 2022, M. B A et Mme C A, représentés par Me Bourguiba, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Puget-sur-Argens s'est opposé à leur déclaration préalable déposée le 2 juin 2022 tendant à la régularisation de la construction d'une piscine et de sa plage attenante sur leur terrain cadastré section BC n°313, sis au 63 chemin du Moulin ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, représenté par le maire de la commune de Puget-sur-Argens, les entiers dépens ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, représenté par le maire de la commune de Puget-sur-Argens, la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté de non-opposition du 17 mai 2022 prescrivait la canalisation des eaux pluviales sur l'ensemble de la parcelle afin d'empêcher tout débordement sur les fonds voisins ;

- la piscine et sa plage ne sont aucunement édifiées sur un remblai mais sont simplement rehaussées par une dalle qui n'empêche pas l'écoulement des eaux pluviales ;

- la différence de côtes altimétriques ne résulte pas d'un apport de terres mais simplement de la dalle creuse et aérée qui supporte la piscine et sa plage ;

- en conséquence, le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- ils sont par ailleurs fondés et recevables à solliciter l'application des dispositions de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme au titre d'une adaptation mineure.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 septembre et 25 octobre 2022, la commune de Puget-sur-Argens, représentée par la Selas LLC et associés agissant par Me Garcia, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des époux A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin ;

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Baudino, substituant Me Garcia, pour la commune de Puget-sur-Argens.

Considérant ce qui suit :

1. Les époux A ont déposé le 2 juin 2022 une déclaration préalable en vue de la régularisation de la construction d'une piscine et de sa plage attenante situées sur la parcelle cadastrée section BC n° 313. Par un arrêté du 3 juin 2022, le maire de la commune de Puget-sur-Argens s'est opposé à cette déclaration préalable. Les intéressés demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article DG3 1 du chapitre 3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) : " () Le PPRI [plan de prévention du risque d'inondation] constitue une servitude d'utilité publique qui s'applique nonobstant les dispositions d'urbanisme du PLU () ". Aux termes de l'article 1-2 du chapitre 3 du règlement du PPRI lié à la présence de l'Argens et de la Vernède sur cette commune, approuvé par un arrêté du préfet du Var du 20 décembre 2013 : " sauf disposition particulière à une sous zone les prescriptions générales qui s'appliquent à l'ensemble de la zone bleue sont les suivantes : () les piscines devront être affleurantes et balisées jusqu'au minimum à 0, 20 m au-dessus de la côte de référence pour pouvoir être identifiées en cas de crue () ". Enfin, selon l'article 1-3 du chapitre 3 du règlement de ce même PPRI : " Dans l'ensemble des sous zone bleues sont interdits : () la création de remblais sauf ceux strictement nécessaire aux constructions, ouvrages, aménagements autorisés dans la zone au titre du présent PPRI ou régulièrement édifiés antérieurement au présent PPRI () ".

3. Après avoir relevé que la partie du terrain sur laquelle la piscine des intéressés a été édifiée était classée en zone B1 " risque faible à modéré " du PPRI lié à la présence de l'Argens et de la Vernède, le maire de la commune de Puget-sur-Argens s'est opposé à la déclaration préalable des requérants au motif que la piscine ne respectait pas le chapitre 3 du PPRI dès lors qu'elle n'était pas affleurante au niveau du terrain naturel et avait été construite en surélévation au moyen de remblais.

4. En premier lieu, la circonstance que, par un arrêté de non opposition du 17 mai 2022 à la déclaration préalable déposée le 25 février 2022 par les époux A en vue de la régularisation de leurs terrasses couvertes mais non closes, le maire de la commune a prescrit la canalisation des eaux pluviales de l'ensemble de la parcelle est indifférente, s'agissant de l'appréciation de la conformité du projet de piscine en litige aux dispositions du règlement du PPRI.

5. En deuxième lieu, il résulte du procès-verbal de constatation d'infraction au code de l'urbanisme du 16 mai 2019, dressé par un agent de police municipale, dûment assermenté et commissionné, que le terrain d'assiette du projet avait été remblayé. A ce titre, ont ainsi été constatés un premier remblaiement en terre mesurant 5 mètres de large sur 7 mètres de long, pour une hauteur comprise entre 60 centimètres au point le plus bas et 90 centimètres au point le plus haut, lequel s'étend du mur de clôture jusqu'à la terrasse d'une piscine, et un second remblaiement en terre longeant la piscine côté est, mesurant 12 mètres de long sur 2 mètres de largeur, pour une hauteur d'un mètre environ. En outre, par la seule production d'un procès-verbal de constat d'huissier en date du 9 mars 2022 précisant que " la piscine n'est pas construite sur un remblai " est insuffisante pour démontrer que les requérants auraient procédé à la destruction des remblais constatés en mai 2019 et supportant précisément la piscine déjà construite. Le maire de la commune de Puget-sur-Argens était donc fondé à s'opposer à la déclaration préalable des intéressés au motif que le projet méconnaissait les dispositions précitées de l'article 1-3 du chapitre 3 du règlement du PPRI.

6. En troisième lieu et en toute hypothèse, il ressort des pièces du dossier que la piscine a été édifiée en surélévation du terrain naturel. Selon le plan de masse produit à l'appui de la déclaration préalable, cette surélévation varie entre 60 à 84 centimètres. Dans ces conditions, la piscine des époux A n'est pas conforme aux dispositions précitées de l'article 1-2 du chapitre 3 du règlement du PPRI qui autorise les piscines à condition que ces dernières soient affleurantes au niveau du terrain naturel. Dès lors, ce motif, d'ailleurs non contesté par les époux A, est de nature à justifier légalement l'arrêté litigieux.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme : " Les règles et servitudes définies par un plan local d'urbanisme : / 1° Peuvent faire l'objet d'adaptations mineures rendues nécessaires par la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes ; () ".

8. Si les requérants soutiennent qu'ils auraient pu bénéficier de la règle des adaptations mineures, il n'est ni établi ni même allégué qu'une telle adaptation mineure, dont l'octroi n'est au demeurant qu'une simple possibilité pour le maire, serait justifiée par " la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes ", ainsi que l'imposent les dispositions précitées de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme. Il suit de là qu'il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les époux A ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté en date du 3 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Puget-sur-Argens s'est opposé à leur déclaration préalable déposée le 2 juin 2022.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions, au surplus mal dirigées contre l'Etat, présentées par les requérants tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il en va de même au titre des conclusions tendant à ce que les entiers dépens soient mis à la charge de l'Etat, la présente instance n'ayant, en tout état de cause, donné lieu à aucun dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune de Puget-sur-Argens au titre de ces mêmes dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Puget-sur-Argens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et Mme C A, et à la commune de Puget-sur-Argens.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- M. Cros, premier conseiller,

- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

La présidente,

Signé

M. BERNABEULa greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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