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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202085

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202085

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202085
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationAide sociale
Avocat requérantBALENCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Balenci, demande au tribunal à titre principal :

1°) d'annuler la décision du 2 juin 2022 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du Var a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de rejet de sa demande de carte mobilité inclusion (CMI) mention stationnement ;

2°) de lui accorder le bénéfice de la carte mobilité inclusion mention stationnement ;

3°) d'enjoindre à la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de régulariser sa situation administrative.

Et à titre subsidiaire :

4°) d'ordonner une expertise médicale judiciaire pour évaluer son taux d'incapacité ;

5°) de sursoir à statuer dans l'attente du dépôt de l'expert judiciaire ;

6°) d'ordonner l'exécution provisoire de la décision à intervenir ;

7°) de condamner la MDPH à lui régler une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile ainsi qu'aux entiers dépens.

Elle soutient que ses nombreuses pathologies chroniques s'aggravent et limitent considérablement sa capacité à se déplacer, et que la carte mobilité inclusion portant mention " priorité " n'est plus suffisante pour répondre à ses besoins.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2023, le département du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que d'après les certificats médicaux établis, en dépit des pathologies qu'elle présente, la requérante ne souffre pas d'une limitation, inférieure à 200 mètres, de son périmètre de marche en autonomie, ni n'a recours à une aide humaine ou technique systématique, et qu'ainsi elle n'est pas fondée à demander l'octroi d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement ".

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Doumergue.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a sollicité en vain, le 15 juillet 2021, auprès de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du Var, l'attribution d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention stationnement. L'intéressée a alors formé un recours le 12 avril 2022 contre le refus implicite qui lui a été opposé. Par une décision en date du 2 juin 2022, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la maison départementale des personnes handicapées du Var a rejeté son recours préalable obligatoire formé à l'encontre de cette décision de refus. Par la présente requête, Mme B demande l'attribution par le département du Var de la carte sollicitée.

Sur les conclusions présentées à titre principal :

2. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " I. -La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. / () / La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. / () / La mention " stationnement pour personnes handicapées " permet à son titulaire ou à la tierce personne l'accompagnant d'utiliser, à titre gratuit et sans limitation de la durée de stationnement, toutes les places de stationnement ouvertes au public. / () / V bis. - () Les décisions prises par le président du conseil départemental sur le fondement du présent article peuvent faire l'objet d'un recours devant le juge administratif lorsque la demande concerne la mention " stationnement " de la carte. (). ".

3. Aux termes de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles : " () IV. - Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté () définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur. ". Aux termes de l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou- la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur ; - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; (). 2. Critère relatif à l'accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : Ce critère concerne les personnes atteintes d'une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu'elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière S'agissant des personnes présentant une déficience sensorielle, l'accompagnement doit être nécessaire pour effectuer le déplacement lui-même et s'imposer par le risque d'une mise en danger () ".

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociales, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre partie à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

5. Il résulte des dispositions précitées aux points 2 et 3 que l'obtention de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " est subordonnée à la démonstration d'une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspondant à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et pouvant se retrouver chez des personnes présentant, notamment, un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales. Tel est le cas lorsque la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres, ou a systématiquement recours à une des aides mentionnées pour ses déplacements extérieurs. Il appartient à la personne qui présente devant le juge administratif des conclusions à fin d'annulation d'une décision lui refusant la délivrance d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " d'établir, par tous moyens et notamment par la production de justificatifs, qu'elle est atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied, tel que prévu par les dispositions susvisées.

6. Il résulte de l'instruction que Mme B, est atteinte d'arthropathie dégénérative, de tendinopathie calcifiante et inflammatoire, de fibromyalgie, d'acroparesthésies avec cervicalgies, de spasmophilie, d'asthme et d'obésité. Pour contester le refus qui lui a été opposé de délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement ", la requérante argue que ses douleurs et pathologies sont de plus en plus invalidantes, et lui donnent des difficultés allant jusqu'à boiter, et parfois ne pas pouvoir marcher du tout à cause d'une sciatique et du dos bloqué, ce qui restreint d'autant plus ses déplacements. Toutefois, bien que Mme B produise de nombreux certificats médicaux et lettres de médecins attestant de douleurs et d'un suivi médical important, lié à ses pathologies, ces pièces ne permettent pas, à elles seules, de démontrer que les douleurs et pathologies dont elle est atteinte réduisent de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied, selon les critères définis par les dispositions précitées de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles, complété par l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel. En outre, le certificat médical du docteur C en date du 11 juillet 2021, destiné à l'équipe pluridisciplinaire d'évaluation de la Maison départementale des personnes handicapées du Var et produit par le département du Var, mentionne un périmètre de marche inférieur à 300 mètres et traduit que l'état de santé de Mme B lui permet de marcher, de se déplacer en extérieur avec difficulté mais sans aucune aide. Ainsi, aucune des pièces produites ne justifie d'un périmètre de marche inférieur à 200 mètres. Par ailleurs, ni ce certificat, ni les autres pièces produites ne font davantage référence à la nécessité qu'aurait Mme B de recourir à une aide technique ou humaine dans chacun de ses déplacements en extérieur, comme en atteste le bilan de consultation médicale demandé par le tribunal judiciaire de Toulon en date du 17 février 2023, faisant mention d'une marche autonome sans aide. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que les conditions requises pour la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement " étaient réunies par Mme B à la date de la décision attaquée, ni qu'elles le sont au jour du présent jugement.

Sur les conclusions présentées à titre subsidiaire :

7. Dans les circonstances de l'espèce, et en vertu de ce qui a été dit au point 6, il n'est pas utile d'ordonner une expertise médicale pour déterminer le droit de Mme B à la carte demandée, ni au demeurant pour évaluer son taux d'incapacité, qui ressort des documents médicaux en attestant et versés au dossier. Il s'ensuit que les conclusions de Mme B tendant au sursis à statuer dans l'attente du dépôt de l'expertise, au même titre que celles demandant à la juridiction d'ordonner ladite expertise ne peuvent être que rejetées.

8. Par ailleurs, Mme B n'établit pas avoir engagé de dépens dans la présente instance. Sa demande tendant à ce qu'ils soient mis à la charge du département du Var ne peut donc, en tout état de cause, qu'être rejetée.

9. Le département du Var n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par Mme B sur le fondement des dispositions de l'article 700 du code de procédure, qui ne sont au demeurant pas applicables mais qui doivent être regardées comme présentées au titre des dispositions de L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête de Mme B doit être rejeté.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

La présidente-rapporteure,

Signé

M. DoumergueLa greffière,

Signé

G. Guth

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière,

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