jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2202107 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 août 2022, Mme A B, représentée par Me Pelgrin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la mise en demeure de payer la somme de 55 000 euros, émise le 26 mars 2022 par la direction régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône, ainsi que la décision du 8 juin 2022 rejetant sa réclamation ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme ;
3°) d'enjoindre à la direction régionale des finances publiques de procéder au réexamen de sa situation administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure de recouvrement est intervenue en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- la mise en demeure est entachée d'une erreur de droit ;
- elle procède d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2022, la directrice régionale des finances publiques de la région Provence Alpes Côte-d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce que le caractère abusif du recours soit constaté, en application de l'article
R. 741-12 du code de justice administrative ;
3°) à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative n'est pas compétente pour se prononcer sur la validité d'un acte de poursuite ;
- elle n'est pas compétente pour se prononcer sur le bien-fondé du titre de perception ;
- la mise en demeure de payer est régulière ;
- les procédures engagées par la requérante sont excessives et dilatoires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il soutient :
- à titre principal, que les conclusions tendant à démontrer l'illégalité de ses décisions sont irrecevables ;
- à titre subsidiaire, que la requête est infondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le livre des procédures fiscales ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hélayel, rapporteur,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, née le 5 septembre 1991, était gérante de la société à responsabilité limitée (SARL) " Protection et sécurité ". Par une délibération du 19 février 2015, la commission interrégionale d'agrément et de contrôle (CIAC) Sud lui a infligé une interdiction d'exercer toute activité prévue à l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure, pour une durée de cinq ans, et a mis à la charge de la société une pénalité financière de cinquante mille euros. Par conséquent, un titre de perception a été émis le 22 avril 2016. Le 12 juillet 2016, une mise en demeure de payer, comprenant une majoration de 5 000 euros, lui a été adressée. Le 9 novembre 2016, le Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté sa réclamation dirigée contre le titre de perception. Une deuxième mise en demeure lui a été adressée le 14 décembre 2016. Par un jugement du 30 septembre 2016, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa requête tendant à l'annulation de la délibération du 19 février 2015 de la CIAC. Une troisième mise en demeure lui a été adressée le 10 octobre 2019. Par un jugement du 2 février 2021, le juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Draguignan a rejeté sa demande. Une quatrième mise en demeure de payer lui a été adressée le 22 février 2021. Par un jugement du 9 novembre 2021, le tribunal judiciaire de Draguignan a rejeté sa demande au motif de son irrecevabilité. Par un arrêt du 21 décembre 2021, la Cour administrative d'appel de Marseille a confirmé le jugement du tribunal administratif du 30 septembre 2016. Par un arrêt du 27 janvier 2022, la Cour d'appel d'Aix-en-Provence a confirmé le jugement du tribunal judiciaire de Draguignan du 2 février 2021. Une cinquième mise en demeure lui a été adressée le 26 mars 2022. Par un jugement du 18 octobre 2022, le juge de l'exécution a déclaré la citation caduque, en l'absence de présentation de la requérante ou de son représentant à l'audience, sans motif légitime.
Sur le cadre juridique :
2. L'article L. 281 du livre des procédures fiscales dispose que : " () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () b) Pour les créances non fiscales de l'Etat, des établissements publics de l'Etat, de ses groupements d'intérêt public et des autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, devant le juge de droit commun selon la nature de la créance () ".
Sur l'exception d'incompétence :
3. Il résulte des dispositions précitées que, s'agissant des créances non fiscales des établissements publics de l'Etat, le juge de droit commun est compétent pour connaître des contestations relatives au recouvrement portant sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette et sur l'exigibilité de la somme réclamée, selon la nature de la créance.
4. En l'espèce, la pénalité infligée par la commission interrégionale d'agrément et de contrôle Sud revêt le caractère d'une sanction administrative. Dès lors, la juridiction administrative est compétente pour connaître de la présente contestation. Par suite, l'exception d'incompétence opposée par la directrice régionale des finances publiques de la région Provence Alpes Côte-d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :
5. A l'appui de sa requête, la requérante ne soulève que des moyens se rattachant à la légalité de la délibération du 19 février 2015 ainsi qu'au titre de perception émis le 22 avril 2016, lesquels sont, en vertu des dispositions citées au point 2 du présent jugement, sans incidence sur l'acte de poursuite en cause. L'ensemble de ces moyens doit, par suite, être écarté comme inopérant.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le directeur du CNAPS, que les conclusions aux fins d'annulation et de décharge doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Les conclusions présentées à ce titre doivent, par voie de conséquence, être rejetées.
Sur le caractère abusif de la requête :
8. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros. "
9. Compte tenu de la multiplicité des procédures manifestement infondées initiées par Mme B, qui n'était d'ailleurs ni présente ni représentée le jour de l'audience publique, sa requête présente un caractère abusif évident. Il y a lieu de condamner l'intéressée à payer une amende de trois cents euros.
Sur les frais du litige :
10. En premier lieu, la présente instance n'ayant pas donné lieu à des dépens, les conclusions de la directrice régionale des finances publiques, présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
11. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Ces dispositions font également obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme demandée par la directrice régionale des finances publiques.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Mme B est condamnée à payer une amende de 300 euros.
Article 3 : Les conclusions présentées par la directrice régionale des finances publiques de la région Provence Alpes Côte-d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône sur le fondement des articles L. 761-1, R. 741-12 et R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la directrice régionale des finances publiques de la région Provence Alpes Côte-d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
M. David Hélayel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
D. HELAYEL
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne à la directrice régionale des finances publiques de Provence Alpes Côte-d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
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