vendredi 19 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2202118 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er août 2022, M. B A, représenté par Me Pizarro, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 13 juillet 2022 par laquelle le sous- préfet de Draguignan a prononcé la suspension de la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'ordonner la restitution du permis de conduire jusqu'à l'examen au fond de la décision par le tribunal ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice est remplie ; il occupe à temps plein un poste de conducteur de VTC ; la suspension de son permis de conduire l'empêche d'exercer son métier, de gagner sa vie et l'expose à un licenciement ;
- des moyens sont propres à créer en l'état de l'instruction un doute sérieux sur la légalité de la décision, tirés de :
- la décision est entaché d'une erreur de droit ; il consomme régulièrement des fleurs de cannabidiol (CBD) commercialisé tout à fait légalement sur le territoire national ; or il semble que l'infraction de conduite sous l'emprise de stupéfiant sur laquelle se fonde la décision attaquée ait été retenue du fait d'avoir assimilé la consommation de fleurs de CBD à un produit stupéfiant, alors qu'en l'état du droit, le CBD n'est pas considéré comme un stupéfiant ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; la nature stupéfiante d'un produit ne saurait se déduire d'un quelconque taux de THC tiré des vérifications prévues à l'article R. 235-5 du code de la route ;
-
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant au danger qu'il constituerait pour la sécurité des usagers de la route du fait de l'emprise de produit stupéfiant dès lors que le CBD qu'il consomme régulièrement n'est pas un psychotrope et ne saurait être assimilé à un stupéfiant ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'y a pas d'urgence à suspendre l'exécution de la décision contestée compte tenu notamment de l'intérêt public se sécurité routière ;
- les moyens invoqués ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- l'infraction a été constatée, à savoir conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ;
- la décision a été prise après le résultat du test salivaire qui confirme la présence du principe actif du cannabis (THC), résultat qui n'avait pas à être communiqué à l'usager avant la décision de suspension ;
- la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de l'infraction commise et des risques qu'elle comporte pour la sécurité routière ;
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 1er août 2022 sous le numéro 2202098 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Doumergue, juge des référés ;
- les observations de Me Pizzaro, avocat pour M. A.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Considérant qu'aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
" Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et qu'aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre
fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " ; qu'enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. " ;
2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Aux termes de l'article L. 235-1 du code de la route : " I.-Toute personne qui conduit un véhicule ou qui accompagne un élève conducteur alors qu'il résulte d'une analyse sanguine ou salivaire qu'elle a fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants est punie de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende. Si la personne se trouvait également sous l'empire d'un état alcoolique caractérisé par une concentration d'alcool dans le sang ou dans l'air expiré égale ou supérieure aux taux fixés par les dispositions législatives ou réglementaires du présent code, les peines sont portées à trois ans d'emprisonnement et 9 000 euros d'amende. II.-Toute personne coupable des délits prévus par le présent article encourt également les peines complémentaires suivantes :1° La suspension pour une durée de trois ans au plus du permis de conduire ; cette suspension ne peut pas être limitée à la conduite en dehors de l'activité professionnelle ; elle ne peut être assortie du sursis, même partiellement ".
4. Si M. A fait valoir qu'en conséquence de la décision contestée, il ne pourra pas exercer son métier de chauffeur de VTC, sera privé de revenus et exposé à un risque de licenciement par son employeur, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été prise au motif d'une conduite sous l'emprise de stupéfiants, suite aux résultats d'une analyse salivaire positive à la présence de tétrahydrocannabinol (THC), soit le principe actif du cannabis, qui conclut à l'usage de stupéfiants (cannabinoïdes) au sens de l'article L. 235-1 du code de la route. Dans ces conditions et en l'état de l'instruction, compte tenu de la gravité des faits et des exigences de la protection et de la sécurité routières, la condition d'urgence n'apparaît pas remplie.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension de la décision contestée. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Var.
Fait à Toulon, le 19 août 2022.
La juge des référés, signé
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, P/ la greffière en chef,
Le greffier,
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