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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202137

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202137

vendredi 7 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCUNIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2022, la SCI Forio, représentée par Me Cunin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens l'a mise en demeure de mettre en conformité la parcelle cadastrée AM 32, située sur le territoire de la commune, en supprimant toutes les constructions et aménagements non autorisés, ensemble la décision du 19 juin 2022 rejetant son recours gracieux en date du 15 avril 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Roquebrune-sur-Argens une somme de

2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune n'avait pas compétence pour procéder à la mise en demeure précitée dès lors qu'une telle compétence a été transférée à la communauté d'agglomération " Var Estérel Méditerranée " ;

- les dispositions de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme ne confèrent pas au maire le pouvoir de prononcer des mesures de remise en état se matérialisant par la démolition d'un ouvrage.

Par des mémoires en défense enregistrés le 22 novembre 2022 et le 23 janvier 2023, la commune de Roquebrune-sur-Argens, représentée par Me Bauducco, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCI Forio la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.

Par une ordonnance du 3 décembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 janvier 2025 :

- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- et les observations de Me Cunin pour la SCI Forio, ainsi que celles de Me Lhotellier, substituant Me Bauducco, pour la commune de Roquebrune-sur-Argens.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 13 décembre 2021, le maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens a invité la SCI Forio, propriétaire des parcelles cadastrées AM n° 32, 35 et 60 situées sur le territoire de la commune, à transmettre ses observations dans un délai de 7 jours concernant des constructions et aménagements réalisées illégalement sur la parcelle cadastrée AM n°32. En l'absence de réponse, le maire de Roquebrune-sur-Argens a mis en demeure la SCI Forio de mettre en conformité ladite parcelle en supprimant toutes les constructions et aménagements non autorisés, dans un délai de deux mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard. Par un courrier du 15 avril 2022, la SCI Forio a exercé un recours gracieux et en l'absence de réponse de la commune, une décision implicite de rejet est née le 19 juin 2022. Par sa requête, la SCI Forio demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme : " I.- Lorsque des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 ont été entrepris ou exécutés en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ainsi que des obligations mentionnées à l'article L. 610-1 () et qu'un procès-verbal a été dressé en application de l'article L. 480-1, indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées pour réprimer l'infraction constatée, l'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3-1 peut, après avoir invité l'intéressé à présenter ses observations, le mettre en demeure, dans un délai qu'elle détermine, soit de procéder aux opérations nécessaires à la mise en conformité de la construction, de l'aménagement, de l'installation ou des travaux en cause aux dispositions dont la méconnaissance a été constatée, soit de déposer, selon le cas, une demande d'autorisation ou une déclaration préalable visant à leur régularisation. / () III.- L'autorité compétente peut assortir la mise en demeure d'une astreinte d'un montant maximal de 500 € par jour de retard () ". Selon l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale après la date de publication de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. Dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale avant cette date, le maire est compétent, au nom de la commune, après délibération du conseil municipal. En l'absence de décision du conseil municipal, le maire est compétent, au nom de la commune, à compter du 1er janvier 2017. Lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, il est définitif () ".

3. En premier lieu, la requérante soutient que la commune n'avait pas compétence de la mettre en demeure, en application des dispositions de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme précité, dès lors que ladite compétence a été transférée à la communauté d'agglomération " Var Esterel Méditerranée ". Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la commune de Roquebrune-sur-Argens aurait procédé à un tel transfert de compétence, tel qu'elle s'en défend, de telle sorte que le moyen doit être écarté comme manquant en fait.

4. En second lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme, citées au point 2 et éclairées par les travaux parlementaires préalables à l'adoption de la loi du 27 décembre 2019 relative à l'engagement dans la vie locale et à la proximité de l'action publique dont elles sont issues, que, dans le but de renforcer le respect des règles d'utilisation des sols et des autorisations d'urbanisme, le législateur a entendu, que, lorsqu'un procès-verbal a été dressé constatant que des travaux soumis à permis de construire, permis d'aménager, permis de démolir ou déclaration préalable ou dispensés, à titre dérogatoire, d'une telle formalité ont été entrepris ou exécutés irrégulièrement, l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'urbanisme puisse, dans le cadre de ses pouvoirs de police spéciale et indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées pour réprimer l'infraction constatée, mettre en demeure l'intéressé, après avoir recueilli ses observations, selon la nature de l'irrégularité constatée et les moyens permettant d'y remédier, soit de solliciter l'autorisation ou la déclaration nécessaire, soit de mettre la construction, l'aménagement, l'installation ou les travaux en cause en conformité avec les dispositions dont la méconnaissance a été constatée, y compris, si la mise en conformité l'impose, en procédant aux démolitions nécessaires. Cette mise en demeure peut être assortie d'une astreinte, prononcée dès l'origine ou à tout moment après l'expiration du délai imparti par la mise en demeure, s'il n'y a pas été satisfait, en ce cas après que l'intéressé a de nouveau été invité à présenter ses observations.

5. En l'espèce, en l'absence de réponse aux observations du maire de Roquebrune-sur-Argens par la SCI Forio, ce dernier l'a mise en demeure de remettre en conformité le terrain en litige " en supprimant toutes les constructions et aménagements non autorisés ", par sa décision du 10 janvier 2022. Ce faisant, quand bien même cela impliquerait la démolition desdits constructions et aménagements tel que le soutient la requérante, le maire pouvait, sans commettre d'erreur de droit, exiger une telle mesure de la SCI Forio qui, au demeurant, n'en conteste pas l'illégalité.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Forio n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 10 janvier 2022 et du rejet implicite de son recours gracieux.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la SCI Forio au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Roquebrune-sur-Argens qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la SCI Forio la somme demandée par la commune de Roquebrune-sur-Argens au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

DECIDE:

Article 1er : La requête de la SCI Forio est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Roquebrune-sur-Argens présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Forio et à la commune de Roquebrune-sur-Argens.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.

Le rapporteur,

Signé

B. Quaglierini

Le président,

Signé

J.-F. Sauton

La greffière

Signé

B. Ballestracci

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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