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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202146

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202146

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a été saisi par la société Viamedis d’un recours pour excès de pouvoir contre des titres de recettes émis par le Centre hospitalier intercommunal de Brignoles-Le-Luc et une saisie administrative à tiers détenteur. Le tribunal a jugé que le contentieux du recouvrement des créances non fiscales d’un établissement public de santé relève de la compétence du juge de l’exécution, et non du juge administratif. En conséquence, les conclusions de la société Viamedis dirigées contre la saisie administrative à tiers détenteur ont été rejetées comme portées devant une juridiction incompétente, sur le fondement des articles L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et L. 281 du livre des procédures fiscales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 août 2022, 8 février 2023 et 25 avril 2024, la société anonyme (SA) Viamedis, représentée par Me Bensoussan, doit être regardée comme demandant au tribunal dans ses dernières écritures :

1°) d'annuler les titres de recettes visés dans le tableau de synthèse joint à la requête ;

2°) de prononcer la décharge du paiement des sommes visées dans la saisie administrative à tiers détenteur (SATD), d'un montant de 9 649,70 euros ;

3°) de mettre à la charge in solidum de l'Etat et du Centre hospitalier intercommunal (CHI) de Brignoles-Le-Luc la somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 4 août 2022.

Elle soutient que :

- il n'y a pas eu de mainlevée totale ;

- la facturation n'a pas été conforme aux prises en charge ;

- sa requête est recevable ;

- une partie des titres a été mise en paiement et soldée ;

- une partie des titres est infondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, le CHI de Brignoles-Le-Luc conclut :

1°) au non-lieu à statuer ;

2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête ;

3°) à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de la société Viamedis, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la juridiction administrative est incompétente pour connaître de la saisie administrative à tiers détenteur émise pour recouvrer une créance non fiscale ;

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est tardive, faute d'avoir été introduite dans un délai raisonnable ;

- la plupart des titres de recettes attaqués a fait l'objet d'une annulation ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, la Direction départementale des finances publiques du Var conclut :

1°) au non-lieu à statuer partiel ;

2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que :

- les titres querellés ont soit fait l'objet d'une annulation par l'ordonnateur, ou fait l'objet d'un règlement spontané par la requérante ;

- la demande d'annulation des titres est tardive ;

- la requête n'a pas été précédée d'une contestation devant l'administration, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales ;

- à supposer que la procédure soit régulière, il appartient au juge de l'exécution de trancher le litige ;

- le comptable est uniquement chargé du recouvrement des titres de recette, en vertu du principe de séparation des ordonnateurs et des comptables.

Le 26 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions aux fins de décharge dirigées contre sept titres exécutoires, dès lors qu'elles ont perdu leur objet avant l'enregistrement de la requête ; d'autre part, du non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre les titres

n° 280 et n° 354, dès lors qu'un règlement est intervenu postérieurement à l'enregistrement de la requête.

Le 7 octobre 2024, la société Viamedis a présenté ses observations à ce courrier du

26 septembre 2024 qui ont été communiquées le 7 novembre suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Karbal, rapporteur,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 2 juin 2022, le comptable public de la trésorerie hospitalière du Var a notifié à la société Viamedis une saisie administrative à tiers détenteur pour un montant de 9 649,70 euros correspondant à des créances dont elle est redevable à l'égard du CHI de Brignoles Le Luc.

Sur les conclusions dirigées contre la saisie administrative à tiers détenteur :

2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. / () / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. ". L'article L. 281 du livre des procédures fiscales, auquel il est ainsi renvoyé, dispose : " Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () c) Pour les créances non fiscales () des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ". Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des établissements publics de santé est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

3. La somme sur laquelle porte la saisie administrative à tiers détenteur du 2 juin 2022 correspond à des créances non fiscales d'un établissement public de santé. Par suite, les conclusions de la société Viamedis tendant à l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur et à la décharge de l'obligation de payer les sommes résultant de cet acte de poursuite, doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les conclusions dirigées contre les titres de recettes :

En ce qui concerne le non-lieu relevé d'office :

4. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, la

SA Viamedis a réglé les titres n° 35, 88, 89, 226, 392, 639 et 73. La société n'a formulé aucune observation en réponse au moyen d'ordre public qui lui a été communiqué le 26 septembre 2024. Dès lors, les conclusions dirigées contre ces titres sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

En ce qui concerne l'irrecevabilité relevée d'office :

5. Il résulte de l'instruction que la SA Viamedis a procédé au règlement de sept titres avant même d'introduire sa requête (titres n°35, 88, 89, 226, 392, 639 et 73). Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que, avant même l'introduction de la requête, intervenue le 4 août 2022, la société a reconnu que les créances qui lui étaient réclamées étaient bien dues et qu'il n'existait ainsi aucun litige relatif au bien-fondé de ces créances. Les conclusions de la société Viamedis tendant à l'annulation de ces sept titres exécutoires ne sont par conséquent pas recevables et doivent par suite être rejetées pour ce motif.

En ce qui concerne le surplus des conclusions :

S'agissant des titres n° 152, n°109, n°469, n°280, n°354 et n°33 :

6. Le tableau récapitulatif produit par la société requérante contient la mention " annulé par le centre hospitalier le 21/06/2022 ". En défense, l'hôpital fait valoir, sans être contesté sur ce point, qu'il a contacté la requérante et qu'il est en attente d'un retour de sa part, en l'absence de réelle contestation du bien-fondé de cet avis des sommes à payer. Dans ces conditions, ce moyen ne peut qu'être écarté comme non assorti des précisions suffisantes et permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre les titres n° 152, n°109, n°469, n°280, n°354 et n°33 doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense.

Sur les frais du litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHI de Brignoles Le Luc, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Viamedis à ce titre. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Viamedis la somme de 500 euros, au titre des frais exposés par le CHI de Brignoles Le Luc et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la SA Viamedis tendant à l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur du 2 juin 2022 et à la décharge de l'obligation de payer les sommes résultantes de cet acte de poursuite sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre les titres exécutoires

n° 35, 88, 89, 226, 392, 639 et 73.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La SA Viamedis versera au Centre hospitalier intercommunal de Brignoles Le Luc la somme de 500 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SA Viamedis, à la Direction départementale des finances publiques du Var et au Centre hospitalier intercommunal de Brignoles Le Luc.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

M. David Hélayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

Z. KARBAL

Le président,

Signé

Ph. HARANG La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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