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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202160

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202160

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202160
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBRL - BAUDUCCO ROTA LHOTELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 et 9 août 2022 et le 27 mars 2024, M. A B, représenté par Me Bauducco, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2022 par laquelle le préfet du Var a refusé sa demande de création et d'exploitation d'une hélisurface sur sa propriété " Les Tamaris ", sise 1562 route de la Madrague à Hyères ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 4 juillet 2022 constitue un acte faisant grief susceptible de recours ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son terrain se situe hors agglomération au regard de la carte " OACI " ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la base aéronautique navale de Hyères est uniquement utilisée par des hélicoptères, et non par des avions à réaction ;

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la carte " OACI " en ce qu'elle classe sa parcelle en zone agglomération.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que le courrier attaqué ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de recours ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'aviation civile ;

- l'arrêté du 22 février 1971 portant règlementation de l'utilisation d'hélisurfaces aux abords des aérodromes ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, conseillère,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public ;

- et les observations de Me Bauducco, avocate du requérant ;

- le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire des parcelles cadastrées section BH n° 22 à 27 sises route de la Madrague à Hyères. Par un courrier du 20 mai 2022, le préfet du Var l'a informé de ce que l'hélisurface exploitée sur son terrain devait faire l'objet d'une autorisation administrative et lui a demandé de cesser cette exploitation. Le 27 juin 2022, M. B a déposé une demande de création d'hélisurface sur sa propriété. Par un courrier du 4 juillet 2022, le préfet du Var a estimé que sa demande était " sans objet " compte tenu de la règlementation applicable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Il ressort des pièces du dossier que le courrier du 4 juillet 2022 adressé par le préfet du Var à M. B fait suite au dépôt de sa demande de création d'une hélisurface sur sa propriété. Ce courrier, qui expose la réglementation applicable puis indique que la demande est, compte tenu de cette règlementation, " sans objet ", ne peut être regardé que comme une décision portant rejet la demande présentée par le requérant. Par suite, ce courrier constitue une décision faisant grief susceptible de recours et la fin de non-recevoir opposée par le préfet doit être écartée.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 4 juillet 2022 :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 312-1-5 du code de l'aviation civile, alors en vigueur : " Les hélisurfaces sont interdites : () / 2° Dans des zones situées aux abords des aérodromes définies par arrêté du ministre chargé de l'aviation civile, sauf accord de la personne dont relève l'aérodrome ; () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 22 février 1971 portant réglementation de l'utilisation d'hélisurfaces aux abords des aérodromes : " Il est institué autour de chaque aérodrome une zone à l'intérieur de laquelle l'utilisation d'hélisurfaces est interdite sauf aux hélicoptères effectuant des opérations de sauvetage ou des transports sanitaires d'urgence. ". Aux termes de l'article 3 de ce même arrêté : " Pour les aérodromes ouverts à la circulation aérienne publique et affectés à titre principal à un département militaire, lesdites zones d'interdiction sont définies comme suit : / Lorsque ces aérodromes sont utilisés par des avions à réaction, la zone d'interdiction est limitée par une circonférence de 18,5 km de rayon centrée sur le point de référence de l'aérodrome () ".

5. Lorsqu'une personne publique se trouve en situation de compétence liée pour prendre un acte, l'ensemble des moyens soulevés à l'encontre d'un tel acte sont inopérants, à l'exception des moyens susceptibles de remettre en cause l'existence même d'une situation de compétence liée.

6. Il ressort des termes de la décision du 4 juillet 2022 que, pour rejeter la demande de création d'une hélisurface, le préfet du Var a relevé que l'affectataire principal de l'aéroport de Hyères-Toulon était le ministère de la Défense, qui utilise des avions à réaction et que le terrain du requérant se situait à moins de 18,5 km de rayon centré sur le point de référence de cet aéroport, de sorte que le terrain entrait dans le champ d'application de l'interdiction prévue par l'article 3 de l'arrêté du 22 février 1971, applicable quel que soit le zonage. Il ressort également de la décision attaquée que le préfet a sollicité les services du commandant de la base d'aéronautique navale (BAN), autorité responsable de l'aérodrome militaire, qui ont confirmé l'application de cette interdiction pour des raisons de sûreté et de sécurité et précisé qu'aucune dérogation ne pouvait être octroyée au sein du rayon de 18,5 km. Si le requérant fait valoir que l'aérodrome accueille uniquement des hélicoptères, il ressort des pièces du dossier, notamment des éléments précisés par les services du commandant de C et par le préfet dans son mémoire en défense, que l'aérodrome est également utilisé par des avions militaires à réaction, en particulier par les Rafales, à raison d'environ 150 mouvements par an.

7. Dans ces conditions, en vertu des dispositions précitées aux points 3 et 4, le préfet de la Var était en situation de compétence liée pour rejeter la demande présentée par le requérant. Par suite, les autres moyens invoqués par M. B, qui ne sont pas susceptibles de remettre en cause l'existence même de la situation de compétence liée du préfet, ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 4 juillet 2022 du préfet du Var doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,00

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