jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2202222 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 août 2022, M. A E, représenté par
Me Lagardère, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté notifié le 3 août 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) à défaut, de suspendre les effets de cet arrêté ;
3°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer une autorisation de séjour avec droit au travail ou à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de de lui délivrer une attestation
de demandeur d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi
du 10 juillet 1991 ;
5°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
- il est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait
de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'une attestation de demandeur d'asile ;
- elle ne peut être concomitante à l'enregistrement d'une demande de réexamen au titre de l'asile ;
- elle est intervenu sans examen préalable de sa situation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour
des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait son droit à être entendu, composante des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits
de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits
de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- subsidiairement, elle doit être suspendue du fait de circonstances nouvelles ;
Sur la décision relative au délai de départ volontaire :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'une attestation de demandeur d'asile et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit
de mémoire en défense.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente du Tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. C a présenté son rapport, en l'absence des parties.
Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté notifié le 3 août 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de délivrer une attestation de demandeur d'asile et a obligé M. E, ressortissant monténégrin né
le 10 mai 1956, à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions, en particulier, du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991: " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par
le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par
la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé pris pour l'application de cette loi : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ()
sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. La décision attaquée a été signée par Mme D B, cheffe du bureau
des examens spécialisés à la préfecture des Alpes-Maritimes. Par un arrêté n° 2022-428
du 17 mai 2022, librement accessible tant au juge qu'aux parties et régulièrement publié au recueil des actes administratifs n°112.2022 spécial du même jour, le préfet lui a donné délégation de signature. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. La décision attaquée vise notamment les stipulations de la convention européenne
de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code
de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Elle expose
par ailleurs des éléments biographiques, la situation administrative de M. E, notamment
sa précédente demande de réexamen et relève qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. L'illégalité de la décision refusant la délivrance d'une attestation de demandeur d'asile n'étant pas établie, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. La durée de validité de l'attestation est fixée par arrêté du ministre chargé de l'asile. La délivrance de cette attestation ne peut être refusée au motif que l'étranger est démuni des documents et visas mentionnés à l'article L. 311-1. Elle ne peut être refusée que dans les cas prévus aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2. ". En vertu de l'article
L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () 2° Lorsque le demandeur : () c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; () ". Aux termes de l'article L. 542-3 dudit code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. Les conditions de refus, de renouvellement et de retrait de l'attestation de demande d'asile sont fixées par décret en Conseil d'Etat. ".
Selon l'article R. 521-10 du même code : " Lorsque l'étranger se trouve dans le cas prévu aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2, le préfet peut prendre à son encontre une décision de refus
de délivrance de l'attestation de demande d'asile. ". Aux termes de l'article L. 542-4 de ce code : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur
le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ". Enfin, d'après l'article L. 611-1
du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou
le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et
L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ".
7. Il découle de la combinaison de l'ensemble de ces dispositions que le préfet peut refuser de délivrer une attestation de demandeur d'asile et obliger à quitter le territoire français un étranger ne bénéficiant plus du droit au maintien du fait de sa présentation d'une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen. En l'espèce, il ressort des propres écritures de M. E que celui-ci avait présenté le 21 juin 2021 une première demande de réexamen. L'intéressé ne conteste pas, ainsi que l'indique la décision attaquée, qu'elle avait fait l'objet d'un rejet devenu définitif. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français ne peut être concomitante à la demande de réexamen au titre de l'asile doit être écarté.
8. Il ne se déduit pas de la motivation de la décision attaquée et ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet, qui n'est pas tenu d'exposer l'ensemble des éléments en sa possession, se serait abstenu, préalablement à l'édiction de la décision attaquée, de procéder à un examen de la situation de M. E. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
9. Si M. E invoque les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'établit toutefois pas par les pièces produites que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni, le cas échéant, qu'un traitement approprié serait indisponible dans son pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union Européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective.
11. En l'espèce, M. E ne soutient, ni même n'allègue, qu'il aurait été privé
de la possibilité de faire valoir ses observations dans le cadre de sa demande d'asile. Par ailleurs, il ne fait valoir aucun obstacle à la communication au préfet des deux certificats médicaux dont
il se prévaut dans le cadre de la présente instance, avant qu'ait été édictée la décision en litige. Enfin, en raison de l'accomplissement de la démarche tendant au réexamen de sa demande d'asile, il ne pouvait ignorer qu'il pouvait potentiellement faire l'objet d'une mesure d'éloignement.
Au demeurant, les certificats médicaux versés à l'instance, datés des 11 et 12 aout 2022,
sont postérieurs à la décision attaquée et le premier fait état de soins dispensés en 2020 et 2021, soit à une période antérieure ou concomitante à la décision rejetant sa demande de réexamen de l'asile. Le requérant ne produit ainsi pas de pièce qui eut été susceptible de modifier la décision prise par le préfet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
12. Si M. E soutient que la décision attaquée méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, il n'assortit pas ces moyens des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
13. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et
du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation
de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision. ". Selon l'article L. 752-11 dudit code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".
14. À supposer que la situation de M. E entre dans le champ d'application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celui-ci ne justifie pas, eu égard aux pièces produites, d'éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision relative au délai de départ volontaire :
15. En premier lieu, l'illégalité des décisions refusant la délivrance d'une attestation de demandeur d'asile et portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision relative au délai de départ volontaire doit être écarté.
16. En deuxième et dernier lieu, M. E se borne à soutenir que le préfet aurait dû lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours eu égard à sa demande de réexamen de sa demande d'asile. Il résulte des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'un tel délai, supérieur à trente jours, est accordé à titre exceptionnel. La seule circonstance invoquée par M. E est toutefois insuffisante dès lors qu'il s'agit de sa deuxième demande de réexamen. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation, ni la suspension, de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
18. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet des Alpes-Maritimes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
JF. CLe greffier,
signé
P. BERENGER
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Le greffier
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