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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202249

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202249

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202249
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon annule les arrêtés des 5 et 6 juillet 2022 par lesquels le maire de Flassans-sur-Issole a retiré le permis d'aménager délivré le 8 avril 2022 à la SAS Wekos pour un lotissement de 10 lots. La décision de retrait est jugée illégale car elle n'a pas respecté la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, le délai de 15 jours accordé à la société pour présenter ses observations n'ayant pas expiré avant l'édiction des arrêtés. Le tribunal s'appuie sur l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme pour rappeler les conditions de retrait d'un permis. En conséquence, la commune est condamnée à verser 1 500 euros à la SAS Wekos au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 août 2022, la SAS Wekos, agissant par son président en exercice et représentée par Me Aziza, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés des 5 et 6 juillet 2022 par lesquels le maire de Flassans-sur-Issole a retiré le permis d'aménager qu'il lui avait délivré le 8 avril 2022 en vue de la création d'un lotissement de 10 lots, sur un terrain cadastré section F n°s 392 et 393, situé lieudit Pichabert sur le territoire de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Flassans-sur-Issole une somme de 5 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le retrait est illégal comme n'ayant pas été précédé d'une procédure contradictoire régulière ;

- le motif de retrait tiré de l'absence de justification de l'accès du terrain jusqu'à la voie publique est infondé et contradictoire avec l'arrêté accordant le permis d'aménager qui visait explicitement les servitudes de passage consenties par les propriétaires et qu'il est envisagé d'élargir à 5 mètres ;

- les servitudes consenties sont attachées aux parcelles de terre, soit fonds servant, soit fonds dominant, peu importe l'auteur qui a consenti la servitude ou ses ayants-droits car la servitude est attachée à la parcelle de terre traversée et non à la personne propriétaire de la parcelle et en tout état de cause relève de l'appréciation du juge judiciaire ;

- le maire sert davantage ses intérêts que ceux de sa commune ; ses parents ont consenti la servitude de passage au travers leurs terres pour accéder au fonds qui doit recevoir le lotissement et pense par ce retrait empêcher la concrétisation de la servitude de passage sur ces parcelles.

Une mise en demeure a été adressée le 1er mars 2023 à la commune de Flassans-sur-Issole, qui n'a pas produit de défense à l'instance.

Par une ordonnance du 21 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 juillet 2024, par application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonmati ;

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;

- en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, la SAS Wekos demande l'annulation des arrêtés des 5 et 6 juillet 2022 par lesquels le maire de Flassans-sur-Issole a retiré le permis d'aménager qu'il lui avait délivré le 8 avril 2022 en vue de la création d'un lotissement de 10 lots, sur un terrain cadastré section F n°s 392 et 393, situé lieudit Pichabert sur le territoire de la commune.

2. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. (). " L'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales. / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière. (). " Et aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ". La décision portant retrait d'un permis de construire ou d'aménager est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire du permis d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations.

3. En premier lieu, il ressort de l'examen des pièces du dossier que, par courrier du 16 juin 2022, posté le 22 juin 2022 et notifié à la société requérante le 23 juin 2022, le maire de Flassans-sur-Issole l'a informée de son intention de procéder au retrait de son arrêté du 8 avril 2022 portant permis d'aménager, lui a indiqué les motifs de ce retrait et l'a invitée à présenter ses observations dans un délai de 15 jours, lequel expirait ainsi le 8 juillet 2022. Par courrier du 6 juillet 2022, reçu le 7 ou le 8 juillet 2022, la société requérante a fait connaître ses observations. Cependant, par deux arrêtés successifs mais rédigés en termes identiques, datés l'un du 5 juillet 2022 et l'autre

du 6 juillet 2022, le maire de Flassans-sur-Issole, constatant " que la lettre de procédure contradictoire avec accusé de réception n° 2C 144 856 6867 9 du 16/06/2022, signée par Madame A B, Première Adjointe déléguée à l'urbanisme, [était] restée à ce jour sans réponse ",

a procédé au retrait du permis d'aménager en litige. Il est constant, toutefois, que ni à la date

du 5 juillet 2022 ni à celle du 6 juillet 2022 auxquelles ces arrêtés ont été pris, le délai imparti à la requérante pour présenter des observations n'était expiré. Ainsi, la procédure contradictoire légalement exigée en cas de retrait d'une autorisation d'urbanisme devant nécessairement précéder l'édiction de la décision de retrait envisagée, le maire ne pouvait décider le retrait du permis d'aménager en litige aux dates auxquelles ces décisions ont été édictées. Il s'ensuit que la société requérante est fondée à soutenir que les arrêtés attaqués ont été pris à l'issue d'une procédure irrégulière.

4. En second lieu, pour procéder au retrait du permis d'aménager en litige, le maire de Flassans-sur-Issole a relevé que " le projet prévoit son accès depuis la voie publique par une servitude de passage d'une largeur de 4 mètres, que le lotisseur prévoit de porter à 5 mètres, qu'il est fait état qu'aucune servitude n'a été consentie aux ayants droits, par les propriétaires des différentes unités foncières traversées pour la desserte du projet, que l'article UCr 3 du PLU en vigueur au moment de la délivrance de la présente autorisation, dispose que " pour être constructible un terrain doit avoir un accès à une voie publique ou privée " et que " les dimensions, formes et caractéristiques des voies privées doivent être adaptées aux usages qu'elles supportent ou aux opérations qu'elles doivent desservir, sans être inférieures à 4 mètres. Ces voiries doivent satisfaire aux exigences de sécurité, de défense contre les incendies de ramassage des ordures ménagères " et a fait état d'un " procès-verbal établi en date du 02 juin 2022 par les agents assermentés de la police municipale rapportant que la largeur de la voie d'accès portée au projet est d'une largeur inférieure à 4 mètres ".

5. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que les deux parcelles cadastrées section F n°s 392 et 393, constituant le terrain d'assiette du lotissement projeté, ont bénéficié d'une décision du tribunal de grande instance de Draguignan du 11 janvier 2001 qui a réglé la question de leur désenclavement et sont desservies, depuis lors, par des servitudes de passage réciproquement consenties, lesquelles ont créé des droits réels, établies selon actes notariés des 29 juin et 6 juillet 2006, celle concernant plus particulièrement ces deux parcelles s'exerçant sur une bande de terre d'une largeur de 5 mètres. D'autre part, la commune de Flassans-sur-Issole, qui n'a pas défendu à la présente instance, n'a pas non plus produit le procès-verbal de police municipale dont elle se prévaut dans la décision attaquée. Il s'ensuit que, comme le soutient la société requérante, les motifs de retrait du permis d'aménager ci-dessus énoncés sont entachés d'illégalité tant en ce qu'ils indiquent qu'aucune servitude n'aurait été consentie qu'en ce qu'ils énoncent que la largeur des voies d'accès aux parcelles d'assiette du projet de lotissement serait inférieure à 4 mètres.

6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par la requête n'est susceptible de fonder l'annulation demandée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les arrêtés attaqués portant retrait du permis d'aménager, accordé à la SAS Wekos le 8 avril 2022, sont entachés d'illégalité et doivent être annulés.

Sur les frais relatifs au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Flassans-sur-Issole une somme de 2 000 euros à verser à la SAS Wekos sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés des 5 et 6 juillet 2022 par lesquels le maire de Flassans-sur-Issole a retiré le permis d'aménager qu'il avait délivré le 8 avril 2022 à la SAS Wekos en vue de la création d'un lotissement de 10 lots sur un terrain cadastré section F n°s 392 et 393, situé lieudit Pichabert sur le territoire de la commune, sont annulés.

Article 2 : La commune de Flassans-sur-Issole versera à la SAS Wekos une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à la SAS Wekos et à la commune de Flassans-sur-Issole.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

Mme Martin, conseillère,

Mme Bonmati, magistrate honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

D. Bonmati

Le président,

signé

J.F. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

Le greffier.

N°2202249

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