mercredi 31 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2202260 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Aide sociale |
| Avocat requérant | DRAGONE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 août 2022 et le 30 juin 2023, sous le n°2202260, Mme A, représentée par Me Dragone, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 28 juin 2022 rejetant son recours formé contre la décision du 7 février 2022 par laquelle la CAF du Var lui a notifié plusieurs indus pour un montant total de 23 496,73 euros, ensemble la décision du 7 février 2022, notifiée le 2 mars 2022 ;
2°) de prononcer la décharge des indus s'élevant au total à 23 496,73 euros ;
3°) de demander à la caisse d'allocations familiales du Var la restitution de toutes sommes qu'elle aurait retenues ;
Elle soutient que :
- la décision n'est pas motivée ni en droit ni en fait en méconnaissance de l'article L211-2 du code des relations entre le public et l'administration ; ainsi elle n'est pas en mesure de savoir quelle somme est réclamée au titre du RSA et des autres prestations ; le mémoire de la CAF n'apporte aucune explication sur ce point ; elle indique avoir notifié une décision postérieurement " rajoutant une motivation en droit " pour l'aide exceptionnelle de fin d'année et de solidarité, ce qui confirme le caractère lacunaire de la motivation ; enfin, dans son recours administratif, elle avait déjà contesté la motivation de la décision et avait demandé communication des motifs, ce qui n'a pas jamais été effectué.
- les indus sont infondés car contrairement à ce que fait valoir la CAF, elle n'a pas de vie maritale avec son mari dont elle est séparée de corps depuis 2013 ; elle vit seule à Toulon et en justifie par les pièces produites ; elle a 2 enfants, l'une résidant en région parisienne où elle se rend une fois par trimestre, l'autre en Suisse, où elle ne s'est jamais rendue ;
- si l'adresse en région parisienne a été conservée, c'est uniquement en raison de nécessités administratives ; elle a un litige avec la CPAM du Val de Marne ;
- elle n'a jamais nié que le nom de C A figure sur la boîte aux lettres et que le couple a déclaré être marié lors de sa candidature pour obtenir un logement ; étant sans revenu, elle ne pouvait obtenir un logement sans déclarer vivre maritalement ;
- la CAF n'apporte aucun élément permettant de conclure à une vie commune ;
- elle perçoit effectivement une rente accident du travail depuis le 7 novembre 2003, soit 407 euros par trimestre, rente qui est cumulable avec le RSA et n'a pas d'autre revenu ; l'éventuelle prise en compte de sa rente ne pourrait conduire qu'à une diminution des prestations et non à leur remise en cause totale ; elle pensait que cette rente n'avait pas à être déclarée et reconnaît son erreur ;
- s'agissant des loyers perçus pour la location d'un appartement acquis avec son mari en 2011 et vendu en 2020, ils n'excluent pas le bénéfice du RSA ; seule la moitié du loyer lui revenait ; compte tenu de charges très lourdes, ce bien n'a jamais dégagé un quelconque bénéfice ;
- en l'état de sa possibilité de percevoir le RSA, la CAF ne peut pas lui demander les sommes versées au titre de l'aide exceptionnelle de fin d'année et de solidarité ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, la caisse d'allocations familiales du Var conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 1 000 euros en application de l'article L761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la décision du 20 mai 2022 par laquelle la CAF rejette le recours administratif de Mme A est motivée en droit et en fait ; de plus, le 13 avril 2023 la CAF du Var a de nouveau notifié la décision du 7 février 2022 en rajoutant la motivation en droit pour l'aide exceptionnelle de fin d'année et l'aide exceptionnelle de solidarité.
- l'enquête menée par le contrôleur assermenté a démontré que la vie commune de Mme A avec M. A n'a jamais été interrompue ;
- la communauté d'intérêts est caractérisée par des intérêts financiers communs ;
- Mme A n'a jamais déclaré sa rente accident du travail versée par la CPAM du Val de Marne dans ses déclarations de ressources, ni les revenus locatifs du couple ;
- Mme A ne réside pas dans le Var ; aussi, elle a perçu indûment l'allocation de logement à caractère social pour la période du 1er décembre 2018 au 31 août 2021 pour un montant de 8 815 euros ;
- Mme A ne peut plus prétendre au RSA depuis le 1er décembre 2018 ; elle a perçu indûment le RSA pour un montant de 14 076, 83 euros sur la période allant du 1 décembre 2018 au 31 août 2021, aussi, elle ne peut plus prétendre au bénéfice de l'aide exceptionnelle de fin d'année pour 2019 et 2020 (304,90 euros) ni à celui de l'aide exceptionnelle de solidarité versée en mai et novembre 2020 (300 euros).
Par un mémoire enregistré le 6 juin 2023, le département du Var, conclut à son incompétence pour défendre dans l'instance n°2202260 qui est relative aux indus d'allocation de logement social, d'aide exceptionnelle de fin d'année et de prime covid et renvoie aux écritures de la CAF du Var.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 août 2022 et le 30 juin 2023, sous le n° 2202261, Mme A, représentée par Me Dragone, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours contre la décision du 7 février 2022 notifiée le 2 mars 2022 par laquelle la CAF du Var lui a demandé le remboursement d'un indu de RSA, ensemble la décision du 7 février 2022 ;
2°) de prononcer la décharge des sommes réclamées ;
3°) de demander à la CAF de restituer toutes sommes qu'elle aurait retenues dans un délai de 2 mois à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de la CAF et du département du Var, le versement à Me Dragone de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Elle soutient que :
- la décision n'est pas motivée ni en droit, ni en fait, contrairement aux dispositions de l'article L211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- contrairement à ce que fait valoir la CAF, à qui incombe la charge de la preuve, elle vit seule ; elle est séparée de corps d'avec son mari depuis 2013 qui vit à Paris, tandis qu'elle justifie résider à Toulon et seule ; elle a un enfant qui réside en Suisse où elle ne s'est jamais rendue et une autre enfant qui vit en région parisienne et à qui elle rend visite une semaine par trimestre ; en outre elle est atteinte de diverses pathologies qui limitent ses déplacements ;
- elle réside à Toulon et si l'adresse en région parisienne a été conservée, c'est uniquement en raison de nécessités administratives ; elle a un litige avec la CPAM du Val de Marne ;
- elle n'a jamais nié que le nom de C A figure sur la boîte aux lettres et que le couple a déclaré être marié lors de sa candidature pour obtenir un logement ; étant sans revenu, elle ne pouvait obtenir un logement sans déclarer vivre maritalement ;
- elle reconnaît percevoir une rente d'accident du travail depuis le 17 novembre 2003 pour un montant de 407 euros par trimestre ; cette rente est cumulable avec le RSA et son montant modeste ne justifie pas la perte totale du bénéfice du RSA ; elle n'a aucune autre ressource ; elle pensait que cette ressource n'avait pas à être déclarée ;
- s'agissant des loyers perçus pour la location d'un appartement acquis avec son mari en 2011 et vendu en 2020, ils n'excluent pas le bénéfice du RSA ; seule la moitié du loyer lui revenait ; compte tenu de charges très lourdes, ce bien n'a jamais dégagé un quelconque bénéfice ;
Par un mémoire en défense, enregistrés le 13 avril 2023, la caisse d'allocations familiales du Var conclut à son incompétence pour défendre dans l'instance n°2202261 qui est relative aux indus de RSA.
Par un mémoire enregistré le 6 juin 2023, le département du Var, conclut au rejet de la requête n°2202261.
Il fait valoir que :
- Les conclusions tendant à l'annulation de la décision initiale du 7 février 2022 sont irrecevables compte tenu de la décision intervenue sur recours administratif obligatoire (RAPO) ;
- L'indu de RSA est fondé compte tenu des fausses déclarations de l'intéressée relatives à sa résidence, à sa vie familiale et à ses ressources réelles, révélées à la suite d'un contrôle de sa situation effectué par un contrôleur assermenté de la CAF;
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 29 août 2023 dans les instances n°2202260 et n°2202261.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
-le code de la construction et de l'habitation ;
-le code de l'action sociale et des familles ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-le décret n°202-519 du 5 mai 2020 ;
-le décret n°2020-1453 du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire aux ménages et aux jeunes de moins de vingt-cinq ans les plus précaires ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente-rapporteure a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Doumergue, présidente-rapporteure,
- les observations de Me D pour la CAF du Var.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après les observations de Mme D à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1.Mme A, née en 1959, a bénéficié du RSA et de l'allocation de logement social, pour la période du 1er novembre 2018 au 31 août 2021, de l'aide exceptionnelle de fin d'année pour 2019 et 2020 et de l'aide exceptionnelle de solidarité covid en mai et novembre 2020. Après un contrôle de sa situation, elle s'est vu notifier des indus en matière de RSA (INK 001) d'un montant de 14 076,83 euros, d'allocation de logement social, d'un montant total de 8 815 euros, d'aide exceptionnelle de fin d'année, d'un montant de 304,90 euros pour décembre 2019 et 2020 et d'aides exceptionnelles de solidarité d'un montant de 300 euros. Dans les deux requêtes visées ci-dessus, Mme A demande l'annulation de ces indus, la décharge des sommes réclamées et la restitution des sommes qui auraient pu être retenues sur ses prestations pour régler lesdits indus.
2. Les requêtes susvisées n°2202260 et n°2202261 concernent la même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par une décision commune.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'indu de RSA :
Sur les conclusions dirigées contre la décision du 7 février 2022 :
3. D'une part aux termes de l'article L262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire (). " Aux termes de l'article L262-3 du même code : (). L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active. " Aux termes de l'article R132-1 du même code : " Pour l'appréciation des ressources des postulants prévue à l'article L. 132-1, les biens non productifs de revenu, à l'exclusion de ceux constituant l'habitation principale du demandeur, sont considérés comme procurant un revenu annuel égal à 50 % de leur valeur locative s'il s'agit d'immeubles bâtis, à 80 % de cette valeur s'il s'agit de terrains non bâtis et à 3 % du montant des capitaux. ". Aux termes de l'article R262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat (). "
Sur la fin de non-recevoir opposée par le département sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 7 février 2022 :
5. Il résulte de l'instruction que la CAF du Var, par un courrier du 9 décembre 2021, intitulé " relevé des droits et paiements " envoyé par lettre recommandée avec accusé de réception a notifié à Mme A divers indus, dont un indu de RSA (INK 001). Le conseil de Mme A a contesté, par courrier daté du 26 avril 2022 adressé au département du Var, l'indu de RSA notifié par un courrier de la CAF du 7 février 2022, intitulé " notification de dette ", reçu le 2 mars 2022. Mme A demande l'annulation de la décision du 7 février et de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire.
6. L'institution d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale. Elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.
7. Ainsi qu'il a été dit, Mme A a formé un recours préalable auprès du département du Var pour contester l'indu de RSA mis à sa charge. La décision implicite de rejet de ce recours s'est nécessairement substituée à la décision initiale du 7 février 2022. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision sont irrecevables et doivent être rejetées ainsi que le fait valoir le département du Var.
Sur les conclusions dirigées contre la décision prise sur recours préalable obligatoire :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de motivation :
8. L'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
9. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme hHfsi ait sollicité sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, la communication des motifs de la décision implicite de rejet prise sur son recours préalable obligatoire. Par suite, elle ne peut utilement soutenir devant le juge qu'aurait été méconnue l'obligation de motivation imposée par l'article L. 211-2 du même code.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de vie de couple avec son mari :
10. Il résulte de l'instruction que Mme A, mariée avec M. C A, a déclaré être séparée de fait de ce dernier depuis le 1er juin 2013. Elle fait valoir qu'elle réside seule rue Henri Vienne à Toulon depuis le 2 juin 2020.Toutefois, il résulte du rapport d'enquête établi par un contrôleur assermenté de la CAF le 1er décembre 2021, que les avis d'imposition 2018 et 2019 et les quittances de loyer de l'ancien logement, allée du docteur E à Toulon, loué de mai 2018 à mai 2020 sont établis au nom de monsieur et madame A et que le dossier de candidature pour le logement situé rue Vienne a été présenté par M. A en cochant la case " marié ", et non pas celle " séparé de fait ", accompagné d'une attestation de location depuis août 2016, d'un bien immobilier appartenant à M et Mme A, situé à Créteil. Le contrat de bail a été souscrit au nom de M. et de Mme A. En outre, le contrôleur a relevé que le nom indiqué sur l'interphone est celui de C A. Par ailleurs, il résulte de l'analyse des relevés bancaires de Mme A par le contrôleur assermenté que les services fiscaux prélèvent l'impôt commun sur le compte de Mme A. Dans ces conditions, et contrairement à ce que soutient Mme A, qui se borne à produire une attestation signée par trois voisins attestant le 15 avril 2022 qu'elle vit seule rue Vienne, deux factures libellées par Engie en juin 2020 et en novembre 2021 à son seul nom, et une attestation de M. A selon laquelle il n'a jamais résidé à Toulon et est séparé de corps depuis 2003, il existe un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges, permettant de regarder comme établie la vie de couple entre Mme A et son mari.
En ce qui concerne les ressources non déclarées :
11. Il résulte de l'instruction que Mme A a déclaré auprès de la CAF du Var ne percevoir aucun revenu. Le RSA dont elle demandé le bénéfice lui a donc été accordé selon ses déclarations, à savoir être une personne vivant seule et sans aucun revenu. Toutefois, il est constant que Mme A a omis de déclarer d'une part la rente d'accident du travail perçue depuis le 17 novembre 2003, pour un montant de 407 euros par trimestre, soit 135 euros par mois environ, d'autre part les loyers tirés de la location du logement dont elle est propriétaire avec son mari, d'un montant mensuel d'environ de 591 euros. Si elle soutient que ce loyer ne lui revenait que pour moitié, cette circonstance est sans incidence sur son obligation de déclarer ses revenus fonciers et sur le fait que la perception de ces revenus a une incidence sur le calcul de son droit au RSA. Enfin, la circonstance que ce bien immobilier n'aurait jamais dégagé aucun bénéfice est sans incidence sur le bien-fondé de l'indu de RSA.
En ce qui concerne sa résidence à Toulon :
12. Mme A soutient qu'elle est domiciliée à Toulon, expliquant qu'elle se rend une fois par trimestre chez sa fille en région parisienne et qu'elle ne s'est jamais rendue en Suisse où réside son fils, ses déplacements étant très limités par sa condition physique. Toutefois, la CAF du Var fait valoir sans être contredite d'une part, que le fournisseur d'eau a confirmé l'absence de compteur d'eau ouvert pour le logement loué par M. et Mme A rue Vienne à Toulon auprès de l'agence Royal Immo, d'autre part, qu'il ressort des relevés de compte de Mme A des dépenses effectuées en Suisse et en région parisienne. Ainsi, Mme A ne peut pas être regardée comme contestant sérieusement les éléments relevés par la CAF, s'agissant de sa résidence habituelle.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'indu de RSA doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité.
Sur les conclusions tendant à l'annulation des autres indus (allocation de logement social, aides exceptionnelle de fin d'année et aides exceptionnelles de solidarité):
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de motivation de l'indu d'allocation de logement social confirmé sur RAPO :
14. Aux termes de l'article L825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. " Aux termes de l'article R825-1 du même code : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R.142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration. La procédure définie par les articles R. 142-1 et R. 142-6 du code de la sécurité sociale lui est applicable. ". Aux termes de l'article R825-2 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable. Ses décisions sont motivées. ".
15. Il résulte de l'instruction que Mme A a formé un recours auprès de la commission de recours de la CAF pour contester l'indu d'allocation de logement social (ALS) qui lui a été notifié par courrier du 9 décembre 2021.Ce recours a été rejeté par une décision de la commission de recours amiable de la CAF du 20 mai 2022, envoyée par courrier recommandé avec accusé de réception du 30 mai 2022. Cette décision, prise sur recours administratif préalable obligatoire, s'est nécessairement substituée à la décision initiale. Il ressort de ses termes qu'elle cite les textes sur lesquels elle se fonde et reprend des éléments de fait relevés par le contrôleur assermenté de la CAF et contient ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision prise sur son recours serait une décision implicite qui ne serait pas motivée. Au demeurant, si la décision prise sur recours administratif obligatoire avait été une décision implicite ainsi que le soutient la requérante, elle ne pouvait utilement invoquer son absence de motivation qu'après avoir, en vain, demandé communication des motifs de cette décision.
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de motivation de l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année et de l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité :
16. Ni le recours contre un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année, ni le recours contre un indu d'aide exceptionnelle de solidarité ne sont soumis à recours administratif préalable obligatoire. Aussi, les décisions prises sur recours contre les décisions initiales de notification d'indus d'aide exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité ne se sont pas substituées aux décisions initiales Les conclusions de Mme A doivent donc être regardées comme dirigées contre la ou les décisions initiales notifiant les indus d'aide exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité (prime covid). Il résulte de l'instruction que par un courrier du 9 décembre 2021, intitulé " relevé de droits et paiements " la CAF du Var a informé Mme A de ce qu'elle était redevable notamment d'un indu de " prime " de fin d'année (ING001) de 304,90 euros pour décembre 2019 et décembre 2020 et d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité covid de 300 euros pour mai et novembre 2020. Il résulte des termes de ce courrier, contesté par Mmez A ainsi qu'il résulte des pièces annexées au mémoire de la CAF du 14 avril 2023, qu'il cite les textes dont il est fait application et qu'il détaille les éléments de fait relatifs à la vie maritale de l'intéressée, à son lieu de résidence et aux revenus perçus dont une rente accident du travail. De même, le courrier du 7 février 2022 intitulé " notification de dette " cite les textes sur lesquels il se fonde et mentionne sur la partie " reconnaissance de dette " le montant de chaque indu et le motif de chaque indu. Dans ces conditions, les décisions de notification des indus en cause doivent être regardées comme suffisamment motivées. Le moyen invoqué par Mme A et tiré de l'absence de motivation des indus d'aide exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité doit être écarté.
Sur le bien-fondé des indus :
En ce qui concerne l'indu d'allocation de logement social :
17. Aux termes de l'article R822-23 du code de la construction et de l'habitation : " Est considéré comme résidence principale, pour l'application du premier alinéa du II de l'article L. 822-2, le logement effectivement occupé soit par le bénéficiaire de l'aide personnelle au logement, soit par son conjoint, soit par une des personnes à charge au sens de l'article R. 823-4, au moins huit mois par an, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure. ".
18. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'enquête établi par le contrôleur assermenté de la CAF du Var que le fournisseur d'eau a confirmé l'absence de compteur d'eau ouvert pour le logement au titre duquel Mme A a perçu l'allocation de logement social depuis 2020. En outre, il ressort de l'enquête de voisinage menée par le contrôleur que le logement désigné comme celui de Mme A n'a jamais été occupé. Mme A n'a pas davantage répondu à l'avis de passage laissé dans la boîte aux lettres, ni ne s'est présentée à la convocation envoyée par courrier pour un rendez-vous fixé le 23 septembre 2021 à l'accueil CAF de La Beaucaire. En se bornant à affirmer qu'elle réside à Toulon rue Vienne, sans apporter aucun autre élément, elle ne contrebat pas sérieusement les éléments relevés par le contrôleur de la CAF. Ainsi elle n'est pas fondée à soutenir que l'indu d'allocation de logement social est infondé.
En ce qui concerne les indus d'aide exceptionnelle de fin d'année et de l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité :
19. D'une part aux termes de l'article 1 du décret n°2020-519 du 5 mai 2020 susvisé : "Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations suivantes : 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles () 3° L'une des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation (). " Aux termes de l'article 2 dudit décret : " I. - Les bénéficiaires du revenu de solidarité active mentionné au 1° de l'article 1er du présent décret ont droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 150 euros sous réserve que le montant de leur allocation dû au titre du mois d'avril ou de mai ne soit pas nul. "
20. D'autre part aux termes du I de l'article 1 du décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 susvisé : " Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins une des allocations suivantes au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 : 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles () ; 3° L'une des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation (). " Aux termes de l'article 2 dudit décret : " I. - Les bénéficiaires du revenu de solidarité active mentionné au 1° de l'article 1er ont droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 150 euros sous réserve que le montant de leur allocation dû au titre du mois de septembre ou d'octobre ne soit pas nul (). "
21. Enfin aux termes de l'article 3 du décret du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite: " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. Une seule aide est due par foyer. " Le décret du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite prévoit des dispositions similaires pour 2020.
22. Il résulte de ce qui a été dit aux points 10, 11 et 12 de la présente décision que c'est à tort que Mme A a perçu le RSA comme personne seule et sans revenu pour la période du 1er novembre 2018 au 31 août 2021. Par suite et en application des dispositions règlementaires citées aux points 18 et 19, Mme A ne pouvait pas prétendre aux aides exceptionnelles de solidarité au mois de mai et d'octobre 2020. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que c'est à tort que la CAF lui a notifié des indus d'aides exceptionnelles de solidarité au titre de 2020 pour un montant de 300 euros.
23. De même, en l'absence de droit au RSA au mois de novembre ou décembre 2109 et 2020, Mme A ne pouvait pas bénéficier de l'aide exceptionnelle de fin d'année pour 2019 et 2020. C'est donc à bon droit, contrairement à ce qu'elle soutient, qu'un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année a été mis à sa charge pour les mois de décembre 2019 et 2020.
24. Les conclusions des requêtes de Mme A tendant à l'annulation des indus contestés doivent être rejetées. Sont rejetées par voie de conséquence, les conclusions à fin de décharge des sommes contestées, et celles tendant à l'application de l'article L761-1 du code de justice. Les conclusions tendant à la restitution de sommes que la CAF aurait retenues sont rejetées en l'absence de toute pièce de nature à justifier que telles retenues auraient été pratiquées après le dépôt de recours contre les indus.
25. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la CAF du Var présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme A sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions de la CAF du Var tendant à l'aplication de l'article L761-1 du CJA sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au département du Var.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024 .
La présidente-rapporteure,
Signé
M. DOUMERGUELa greffière,
Signé
G. GUTH
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
2, 2202261
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026