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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202268

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202268

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202268
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre - Juge Unique

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la requête de M. B, qui contestait la décision de la commission de médiation DALO du Var du 7 avril 2022 refusant de le reconnaître comme prioritaire pour un logement d'urgence. Le juge a estimé que le requérant n'apportait pas la preuve, par un rapport professionnel, de l'insalubrité ou du danger de son logement, ni de son inadaptation au handicap de son épouse, malgré un délai d'attente anormalement long. La solution retenue s'appuie sur les dispositions des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, qui conditionnent la reconnaissance du caractère prioritaire à la démonstration de critères objectifs non établis en l'espèce.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 12 août 2022, 19 août 2022 et 30 octobre 2022, M. A B, doit être regardé comme demandant au tribunal :

- D'annuler la décision du 7 avril 2022 par laquelle la commission de médiation du Droit au Logement Opposable dite DALO du Var a rejeté son recours en vue d'être reconnu prioritaire et devant être logé en urgence dans un logement locatif social, présenté en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, ainsi que la décision explicite de rejet de son recours gracieux du 7 juillet 2022.

Il soutient que :

- il occupe un logement situé sur le boulevard Clémenceau à Toulon, et de l'autre côté la route descendant de Siblas ;

- le délai d'attente d'un logement social le concernant est anormalement long ; en outre, la commission de médiation DALO du Var n'a pas pris en compte la pollution extérieure alors que son épouse est atteinte de graves allergies et est asthmatique ; la situation médicale de son épouse entraîne une situation d'urgence à être relogée ;

- ses revenus faibles ne lui permettent pas de trouver un appartement dans le privé ; il perçoit le revenu de solidarité active (RSA) et ne peut travailler en raison de l'état de santé de son épouse.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la commission de médiation DALO du Var a pris en compte les critères prévus par le code de la construction et de l'habitation pour rejeter la demande de M. B d'annulation de la décision initiale du 7 avril 2022 ;

- le requérant n'a pas fourni de rapport effectué par un professionnel mandaté, ni par l'ARS ni par le service hygiène et de sécurité de la commune ; ainsi, l'impropriété à l'habitation des locaux ou le caractère insalubre ou dangereux du logement occupé n'est pas démontré ;

- si le délai d'attente de M. B pour obtenir un logement social est supérieur au délai anormalement long de 30 mois, il n'est pas démontré par le requérant que son logement serait inadapté à la pathologie de son épouse.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2023, la présidente du tribunal a désigné M. Bailleux en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Bailleux, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. M. B a fait une demande de logement social en date du 30 octobre 2018 et il a déposé un recours amiable devant la commission de médiation DALO du Var en date du 31 janvier 2022, en vue d'être déclaré prioritaire et logé en urgence. La commission de médiation DALO du Var a rejeté son recours amiable par une décision du 7 avril 2022 au motif d'une part que les désordres évoqués par M. B dans son recours, ainsi que l'impropriété à l'habitation ou le caractère insalubre ou dangereux du logement n'étaient pas établis par un rapport effectué par un professionnel assermenté, et d'autre part qu'il n'était pas démontré que le logement du requérant était inadapté au handicap de son épouse. Le requérant a ensuite effectué un recours gracieux en date du 20 mai 2022 à l'encontre de la décision du 7 avril 2022, qui a été rejeté par une nouvelle décision de la commission de médiation DALO du Var du 7 juillet 2022. Dans la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision initiale de la commission de médiation DALO du Var du 7 avril 2022 ainsi que de la décision explicite de rejet de son recours gracieux du requérant du 7 juillet 2022.

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". En outre, aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du même code : " Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, () ". Enfin, l'article R. 441-14-1 du même code dispose que : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes :-ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; () -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; () -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus () ".

3. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, dans le cas particulier d'une personne se prévalant uniquement du fait qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, la commission peut légalement tenir compte de la circonstance que l'intéressé dispose déjà d'un logement, à condition que, eu égard à ses caractéristiques, au montant de son loyer et à sa localisation, il puisse être regardé comme adapté à ses besoins.

4. En l'espèce, il n'est pas contesté, ainsi que l'indique d'ailleurs la décision en litige du 7 avril 2022, que le requérant ayant déposé sa demande de logement social le 30 octobre 2018, un délai de 39 mois s'est écoulé depuis le dépôt de sa demande de logement social et la date d'introduction de son recours amiable devant la commission de médiation DALO du Var le 31 janvier 2022. Si ce délai est supérieur, ainsi que le mentionne la décision initiale de la commission de médiation DALO du Var, au délai anormalement long de 30 mois fixé par les dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, la commission de médiation DALO du Var a considéré que M. B disposait déjà d'un logement social pour juger que la condition d'urgence liée à sa demande n'était pas remplie. En outre, si le requérant indique que son logement est situé au 1er étage entre le boulevard Clémenceau et la route de Siblas et qu'il serait caractérisé par la pollution et le bruit, il n'établit toutefois pas que ce logement serait inadapté à la pathologie de son épouse, qui est atteinte d'allergies et d'asthme. En outre, le requérant ne démontre pas que le logement serait insalubre ou dangereux ou impropre à l'habitation, du fait de la pollution et du bruit. Le préfet du Var fait d'ailleurs valoir, sans être contesté sur ce point, que le requérant ne fournit pas à l'instance de rapport d'un professionnel assermenté, ou du service hygiène et sécurité de la commune de Toulon. Il n'est pas contesté que l'épouse du requérant est atteinte d'une pathologie, et de différentes allergies. Le requérant ne démontre toutefois pas le lien qui existerait entre ces pathologies de la requérante et les désagréments liés à la seule localisation de l'appartement, en particulier la pollution due aux gaz d'échappement des véhicules circulant sur le boulevard Clémenceau et la route de Siblas. Ainsi que le fait valoir le préfet du Var, les arguments liés à la pollution de l'air dans l'appartement, qui au demeurant ne sont pas établis par le requérant, ne font pas partie des éléments réglementés par le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002, aux articles 2 et 3 auxquels fait référence l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation.

5. Ainsi, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées du 7 avril 2022 et du 7 juillet 2022 seraient entachées d'erreur d'appréciation, en ce qu'elles n'ont pas considéré qu'il y avait urgence à déclarer M. B prioritaire et devant être logé en urgence.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de médiation DALO du Var du 7 avril 2022 ainsi que la décision explicite de rejet du recours gracieux du requérant du 7 juillet 2022 à l'encontre de cette décision initiale.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

F. BAILLEUX

La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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