mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2202274 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre - Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 août 2022, M. B A, doit être regardé comme demandant au tribunal :
- D'annuler la décision du 3 février 2022 par laquelle la commission de médiation du Droit au Logement Opposable dite DALO du Var a rejeté son recours en vue d'être reconnu prioritaire et devant être logé en urgence dans un logement locatif social, présentée en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 5 avril 2022.
Il soutient que :
- il occupe un logement social de type 2 sur la commune de Fréjus depuis le 1er octobre 2014, qu'il occupe avec sa conjointe et leurs 3 enfants âgés respectivement de 4 ans, 3 ans et 1 mois au moment de l'introduction de sa requête ;
- il a eu des problèmes de souris et de rats d'abord sur le balcon, puis depuis le mois de mars 2022 à l'intérieur de l'appartement ; Suite à une visite effectuée le 20 avril 2022 à son logement, le service d'hygiène d'Esterel Côte d'Azur Agglomération a fait intervenir un professionnel pour traiter ce problème dans l'appartement ; les rats ont été localisés vers le local poubelles et des grilles ont été posées par le service d'intervention d'Erilia mais en vain ; malgré des relances auprès du gardien et de l'agence Erilia, le problème des rats persiste ; il a dû poser des pièges à rats, qu'il a financés lui-même ; depuis le mois de juin 2022, il a été contraint d'habiter avec sa famille chez ses parents, l'appartement étant devenu inhabitable à cause des rats ; après l'accouchement de son épouse le 9 juillet 2022, la famille n'a pas été en mesure de réintégrer l'appartement, le problème des rats persistant ;
- l'appartement dispose d'une superficie de 50 mètres carrés mais il n'est plus adapté à une famille composée de 5 personnes.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable car la décision de rejet du recours gracieux effectué par le requérant le 5 avril 2022 a été prise par la commission de médiation DALO du Var le 5 juin 2022 ; le recours contentieux introduit le 10 août 2022 est tardif ;
- la commission de médiation DALO du Var a pris en compte les critères prévus par le code de la construction et de l'habitation pour rejeter la demande de M. A d'annulation de la décision initiale du 3 février 2022 ;
- le logement occupé d'une superficie de 50 mètres carrés ne caractérise pas une suroccupation au regard des dispositions de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation ;
- en outre, l'impropriété des locaux ou le caractère insalubre ou dangereux du logement ne sont pas démontrés ;
- le 20 avril 2022, les services d'hygiène et de santé de l'Agglomération Esterel Côte d'Azur ont effectué une visite et n'ont décelé aucun danger dans le logement.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2023, la présidente du tribunal a désigné M. Bailleux en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bailleux, magistrat désigné,
- et les observations de M. A, présent à l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1. M. A a déposé un recours amiable en date du 8 novembre 2021 en vue d'être déclaré prioritaire et devant être logé en urgence dans un logement correspondant à ses besoins et capacités au regard des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation DALO du Var a rejeté son recours amiable par une décision du 3 février 2022, en indiquant d'une part que le logement occupé par M. A n'est pas concerné par une suroccupation et d'autre part que l'impropriété de l'occupation du logement ou son caractère insalubre ne sont pas démontrés. M. A a exercé un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 5 avril 2022, qui a fait l'objet d'un rejet par la commission de médiation DALO du Var, par une décision du 2 juin 2022. Il s'agit des décisions attaquées dans la présente instance.
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Enfin, l'article R. 441-14-1 du même code dispose que : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes :-ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; () -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; () -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus () ". Enfin, l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation dispose que : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus ".
3. En premier lieu, à la date de la décision attaquée, soit le 3 février 2022, la famille de M. A était composée de 4 personnes, le troisième enfant du couple étant né en juillet 2022, soit à une date postérieure à la décision attaquée. Une superficie minimale de 34 mètres carrés était donc requise pour respecter les dispositions de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation. Il est constant que la superficie de l'appartement occupé par M. A et sa famille est de 50 mètres carrés, ainsi que l'intéressé l'indique lui-même et ainsi qu'il ressort de la copie du bail de location versé par le requérant à l'instance. Ainsi, et même si l'appartement de M. A ne comporte qu'une chambre, ce qui peut être inconfortable pour sa famille, composée désormais de cinq personnes depuis la naissance du troisième enfant du couple en juillet 2022, pour autant la décision attaquée, qui indique que la situation du requérant et de sa famille n'est pas caractérisée par une situation de suroccupation, n'est pas illégale au regard des dispositions de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation DALO du Var n'a, sur ce point, pas entaché sa décision d'illégalité.
4. En second lieu, le requérant soutient que son appartement a un caractère insalubre ou dangereux en raison de la présence de rats. Le requérant indique en effet sur ce point que des rats et des souris sont présents sur son balcon depuis le mois de mars 2022. Il produit à l'instance des photographies montrant d'une part les pièges qu'il a disposés sur son balcon, les excréments laissés par les rats suite à leur passage sur son balcon, et même la photographie d'un rat mort gisant sur le sol dudit balcon. Il poursuit en soutenant que les rats sont parvenus à s'introduire à l'intérieur même de son logement, lui interdisant d'occuper son logement. Enfin, il indique être hébergé momentanément chez ses propres parents pour éviter ce logement qu'il qualifie d'insalubre.
5. Le préfet du Var fait valoir en défense qu'un rapport de visite a été effectué le 22 avril 2022, suite à la visite de l'organisme hygiène et santé de l'agglomération Esterel Côte d'Azur. Ce rapport, faisant suite à une visite effectuée le 20 avril 2022 au domicile de M. A, indique qu'aucun désordre particulier n'a été relevé au domicile de M. A. Le rapport indique en outre que l'appartement contient les équipements prévus par la réglementation. Pour ce qui concerne la présence des rats, le même rapport indique que les agents en charge de l'hygiène se sont mis en relation avec le bailleur, qui a mandaté l'intervention d'un professionnel. Par ailleurs, il est indiqué que le nécessaire a été fait au niveau de l'évier de la cuisine pour éviter que les rats ne pénètrent dans l'appartement de M. A. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'appartement qu'il occupe serait insalubre ou dangereux, au sens et pour l'application des dispositions de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation.
6. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions de la commission de médiation DALO du Var du 3 février 2022, ainsi que du 2 juin 2022 de rejet de son recours gracieux seraient illégales. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation à la fois à l'encontre de la décision de la commission de médiation DALO du Var du 3 février 2022 ainsi que la décision de rejet du recours gracieux du requérant à l'encontre de cette décision initiale du 3 février 2022, et ce sans même qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet du Var.
DECIDE
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
F. BAILLEUX
La greffière,
Signé :
K. BAILET
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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