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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202296

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202296

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202296
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMEZOUAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 août 2022, la société Billard 83, représentée par Me Mezouar, comme demande au tribunal :

A titre principal :

1°) d'annuler la décision du 22 juin 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge la contributions spéciale et forfaitaire pour l'emploi d'un ressortissant étranger non autorisé à travailler et séjourner en France pour un montant total de 18 800 euros ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer cette somme.

A titre subsidiaire :

3°) de réduire le montant de la contribution spéciale à 1 000 fois le taux horaire ;

4°) de condamner l'OFII à lui verser une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le procès-verbal de constatation des faits qui lui sont reprochés effectué par les services de gendarmerie le 2 mars 2022 est irrégulier ;

- la matérialité des faits constitutifs de l'infraction constatée n'est pas établie dès lors que la société a procédé de bonne foi à l'embauche du salarié mis en cause ;

- il y a lieu de faire application des dispositions de l'article R. 8253-2 du code du travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Billard 83 ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Karbal, conseiller,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 mars 2022, à 16h20, les services de la gendarmerie nationale de la compagnie de Le Cannet des Maures ont procédé, sur réquisition judiciaire, au contrôle du restaurant Billard 83 situé voie Jacques Prévert sur la commune des Arcs. Lors de ce contrôle, il a été constaté que M. B A, ressortissant de nationalité turque, était titulaire d'un récépissé de demande de demande de titre de séjour ne l'autorisant pas à travailler. Un procès-verbal d'infraction a alors été transmis à l'OFII. Par une décision du 22 juin 2022, le directeur général de l'OFII a appliqué à la Société Billard 83 la contribution spéciale pour l'emploi irrégulier de M. A, pour un montant de 18 800 euros.

2. Aux termes de l'article R. 8253-3 du code du travail dispose : " Au vu des procès-verbaux qui lui sont transmis en application de l'article L. 8271-17, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration indique à l'employeur, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa date de réception par le destinataire, que les dispositions de l'article L. 8253-1 sont susceptibles de lui être appliquées et qu'il peut présenter ses observations dans un délai de quinze jours. " Aux termes de l'article R. 8253-4 du code : " A l'expiration du délai fixé, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration décide, au vu des observations éventuelles de l'employeur, de l'application de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1. () ".

3. En premier lieu, à supposer même que le procès-verbal du 2 mars 2022 soit irrégulier, cette circonstance est sans influence sur la légalité des sanctions contestées dès lors qu'elles reposent seulement sur les constatations effectuées lors du contrôle qui s'est déroulé le jour même. Ainsi, le moyen tiré de l'irrégularité des conditions dans lesquelles s'est déroulée l'audition du 2 mars 2022 doit être écarté en raison de son inopérance.

4. En second lieu, la société requérante soutient que la décision repose sur un postulat erroné et que l'infraction de travail dissimulé n'est pas constituée, dès lors qu'elle a sollicité les services de la main d'œuvre étrangère pour embaucher M. A B et qu'elle a procédé à son recrutement le 1er novembre 2018, à la suite du silence gardé par l'administration, qui selon elle, était un accord implicite. Il résulte toutefois de l'instruction que le récépissé de demande de carte de séjour appartenant à M. A ne l'autorisait pas à travailler, ce qu'a reconnu son employeur, lors de son audition par les services de gendarmerie. La circonstance qu'une déclaration préalable à l'embauche ait été effectuée est à cet égard sans incidence. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. D'une part, l'article L. 8251-1 du code du travail dispose que : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. " Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte une contribution spéciale. () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail : " I.-Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.-Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / () 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III.-Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () "

7. Enfin, aux termes de l'article L. 8252-2 du code du travail : " Le salarié étranger a droit au titre de la période d'emploi illicite : / 1° Au paiement du salaire et des accessoires de celui-ci () / 2° En cas de rupture de la relation de travail, à une indemnité forfaitaire égale à trois mois de salaire () " L'article R. 8252-6 du même code prévoit que : " L'employeur d'un étranger non autorisé à travailler s'acquitte par tout moyen, dans le délai mentionné à l'article L. 8252-4, des salaires et indemnités déterminés à l'article L. 8252-2. Il remet au salarié étranger sans titre les bulletins de paie correspondants, un certificat de travail ainsi que le solde de tout compte. Il justifie, auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, par tout moyen, de l'accomplissement de ses obligations légales. " L'article L. 8252-4 du code précise que : " Les sommes dues à l'étranger non autorisé à travailler, dans les cas prévus aux 1° à 3° de l'article L. 8252-2, lui sont versées par l'employeur dans un délai de trente jours à compter de la constatation de l'infraction. "

8. La société requérante soutient que le montant de la contribution spéciale mise à sa charge doit être réduit à 1 000 fois le taux horaire minimum, conformément aux dispositions du III de l'article R. 8253-2 du code du travail. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que l'employeur se serait acquitté de l'indemnité forfaitaire due dans un délai de trente jours à compter du 2 mars 2022, et qu'il aurait remis à M. A un certificat de travail et un solde de tout compte, ni qu'il aurait justifié auprès de l'OFII de l'accomplissement de ses obligations légales. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a fixé le montant de l'amende en cause, montant qui n'est ni entaché d'erreur ni disproportionné.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Billard 83 doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SASU Billard 83 est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Billard 83, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

M. David Helayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

Z. KARBAL

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au ministre des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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