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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202305

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202305

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCHASSANY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 août 2022, la SCI Asie et la SARL Côté Jardin, représentées par Me Thioune Ieri, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le maire de la commune du Castellet a ordonné la fermeture de l'établissement exploité sous l'enseigne " salle du Domaine du Castellet " jusqu'à sa mise en conformité ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Castellet la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2023, la commune du Castellet, représentée par Me Chassany, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge des sociétés requérantes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, conseillère,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Me Chassany, avocat de la commune du Castellet,

- les sociétés requérantes n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Asie est propriétaire d'un ensemble immobilier, sis 2810 Montée du vieux camp au Castellet, destiné à accueillir des réceptions et exploité sous l'enseigne " la salle du Domaine du Castellet " par la SARL Côté Jardin, lesquelles ont toutes deux pour gérant M. A. Cet établissement a fait l'objet de visites périodiques de la commission de sécurité de l'arrondissement de Toulon le 28 septembre 2017 et le 18 novembre 2020, à l'issue desquelles deux avis défavorables ont été émis. Par un courrier du 3 mai 2022, réceptionné le 17 mai suivant, la SARL Côté Jardin a été mise en demeure de mettre l'établissement en conformité dans le délai d'un mois. Par un arrêté du 17 juin 2022, le maire de la commune du Castellet a ordonné la fermeture de l'établissement jusqu'à sa mise en conformité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 143-45 du code de la construction et de l'habitation : " Sans préjudice de l'exercice par les autorités de police de leurs pouvoirs généraux, la fermeture des établissements exploités en infraction aux dispositions du présent chapitre peut être ordonnée par le maire, ou par le représentant de l'Etat dans le département dans les conditions fixées aux articles R. 143-23 et R. 143-24. / La décision est prise par arrêté après avis de la commission de sécurité compétente. L'arrêté fixe, le cas échéant, la nature des aménagements et travaux à réaliser ainsi que les délais d'exécution. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; () ".

3. Les sociétés requérantes soutiennent que l'arrêté en litige est insuffisamment motivé dès lors que, d'une part, s'agissant des prescriptions à réaliser pour mettre en conformité l'établissement, l'article 2 se borne à se référer au procès-verbal de la commission de sécurité établi suite à la visite périodique du 18 novembre 2020 et que, d'autre part, l'arrêté n° 39/2018 du 28 février 2018 est mentionné sans être visé. Toutefois, alors qu'il n'est pas contesté que ce procès-verbal avait précédemment été adressé à la SARL Côté Jardin, cette motivation par référence permettait à la société de connaître, compte tenu des mentions suffisamment précises du procès-verbal, la nature des aménagements et travaux à réaliser. Par ailleurs, et en tout état de cause, l'arrêté n° 39/2018 du 28 février 2018 ne constitue pas la base légale de la mesure en litige, de sorte que la circonstance qu'il ne soit pas visé est sans incidence sur la régularité de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen doit être écarté dans l'ensemble de ses branches.

4. En second lieu, les sociétés requérantes ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme et de l'article L. 111-12 du même code, au demeurant abrogé depuis le 1er janvier 2016, dès lors que la mesure en litige, prise dans le cadre de la réglementation applicable aux établissements recevant du public définie par le code de la construction et de l'habitation, ne constitue pas un refus de permis de construire ou une décision d'opposition à déclaration préalable. En tout état de cause, si le non-respect de l'arrêté

n° 39/2018 du 28 février 2018 est mentionné par l'arrêté en litige, il ressort des termes de celui-ci que, pour estimer que l'établissement présentait un caractère dangereux au regard de la sécurité incendie, le maire du Castellet s'est fondé uniquement sur la non-vérification biennale de la structure " CTS ", le dysfonctionnement de l'équipement d'alarme incendie et l'absence d'une deuxième issue dans la partie " rez-de-chaussée. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Castellet, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demandent les sociétés requérantes au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des sociétés requérantes une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la commune du Castellet et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Asie et autre est rejetée.

Article 2 : La SCI Asie et la SARL Côté Jardin verseront conjointement à la commune du Castellet une somme totale de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Asie, première dénommée pour l'ensemble des requérantes en application du dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la commune du Castellet.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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