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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202375

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202375

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202375
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre - Juge Unique

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la requête de M. C, qui contestait la décision de la commission de médiation DALO du Var du 4 août 2022 refusant de le reconnaître comme prioritaire pour un logement d'urgence adapté à son handicap. Le juge a estimé que la décision attaquée était suffisamment motivée, en application de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, et que le moyen tiré de l'incompétence de son signataire n'était pas fondé. Il a également considéré que la commission n'avait pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que M. C ne démontrait pas l'inadaptation de son logement actuel à son handicap. Par conséquent, les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et celles présentées au titre des frais de justice ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2022, M. D C, représenté par Me Ott -Raynaud, demande au tribunal :

1) D'annuler la décision du 4 août 2022, notifiée le 9 août 2022, par laquelle la commission de médiation du Droit au Logement Opposable dite DALO a rejeté sa demande tendant à être reconnu comme prioritaire et devant être logé d'urgence dans un logement locatif social, en adéquation avec son handicap, présentée en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2) A titre principal d'enjoindre au préfet du Var par la commission DALO du Var de la reconnaître comme prioritaire et devant être logé d'urgence ;

3) A titre subsidiaire d'enjoindre au préfet du Var de procéder, dans un délai de 4 mois à compter de la notification de la présente décision, au réexamen de sa situation ;

4) De mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ; cette insuffisance de motivation traduit un défaut d'examen précis et particulier de la demande par la commission de médiation DALO du Var ;

- la décision est entachée d'une incompétence de son auteur en ce qu'il n'est pas démontré que M. F, en qualité de vice-président de la commission de médiation DALO du Var disposait bien d'une délégation pour signer la décision attaquée ;

- il a été reconnu handicapé, avec un taux réévalué entre 50 et 80 % à la date du 1er mai 2021 par la MDPH ; il bénéficie d'ailleurs d'une carte mobilité, inclusion, priorité ; le logement qu'il occupe actuellement est inadapté à son handicap, des travaux devant être entrepris en début d'année 2020 ;

- l'inadaptation de son logement a entraîné une aggravation de son état de santé ; il souffre désormais d'une pathologie respiratoire.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 novembre 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la commission de médiation du Var a apprécié la situation du requérant, en prenant en compte l'ensemble des critères prévus par le code de la construction et de l'habitation ; elle a considéré que le requérant ne démontrait pas l'inadaptation de son logement à son handicap ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2023, la présidente du tribunal a désigné M. Bailleux en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 21 mai 2024, le rapport de M. Bailleux, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. M. C habite un logement situé au 19 avenue de la Paix, sur la commune de Tourves. Il occupe actuellement un logement social, obtenu au titre du dispositif Droit au logement opposable (DALO) en 2018, en raison de son handicap. Il a effectué, le 10 mai 2022, un recours amiable devant la commission de médiation DALO du Var afin d'être déclaré prioritaire et devant être logé en urgence. Ce recours a fait l'objet d'un rejet par une décision de la commission de médiation DALO du Var du 4 août 2022. Il s'agit de la décision attaquée dans le cadre de la présente instance.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement, ainsi que, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. Elle peut préconiser que soit proposé au demandeur un logement appartenant aux organismes définis à l'article L. 411-2 loué à une personne morale aux fins d'être sous-loué à titre transitoire dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article L. 442-8-3. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires ".

3. En l'espèce, la décision de la commission DALO du Var du 4 août 2022 vise les dispositions pertinentes du code de la construction et de l'habitation, applicables au litige, en particulier les articles L. 300-1, L. 441-2-3 et R. 441-13 et suivants de ce code. En outre, la décision attaquée indique que M. C a déposé un recours amiable devant ladite commission en date du 10 mai 2022, et qu'il a complété son dossier en date du 20 mai 2022. La décision en litige indique ensuite que le requérant dispose déjà d'un logement social et qu'il a demandé l'octroi d'un autre logement au motif que le logement occupé actuellement est inadapté à son handicap. La décision précise enfin le motif du rejet de la demande du requérant, à savoir que la commission considère que le requérant n'a pas démontré le caractère inadapté de son logement à son handicap, en indiquant : " considérant que cependant, le requérant ne démontre pas l'inadaptabilité de son logement à son handicap ". Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait insuffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 441-13 du code de la construction et de l'habitation : " () Le préfet désigne () - une personnalité qualifiée qui assure la présidence et qui dispose d'une voix prépondérante en cas de partage égal des voix. () La commission [de médiation] élit parmi ses membres un ou deux vice-présidents qui exercent les attributions du président en l'absence de ce dernier ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été signée par M. B F, dont il n'est pas contesté qu'il est le vice-président de la commission de médiation DALO du Var. Le requérant soutient qu'il n'est pas établi que le signataire de l'acte attaqué disposait d'une délégation de signature, précise, explicite, et ayant fait l'objet d'une publicité suffisante. En réponse à ce moyen, le préfet du Var produit à l'instance un arrêté du 3 décembre 2019 fixant la composition de la commission de médiation DALO du Var. Cet arrêté précise que Mme E G, 1ère adjointe au maire de Cuers, est désignée présidente de la commission de médiation DALO du Var. Il donne ensuite la composition des 5 collèges composant la commission de médiation DALO dans le Var. M. B F est membre titulaire du 4ème collège, représentant les associations de locataires. Cet arrêté indique que la commission doit élire en son sein un vice-président qui exerce les compétences du président de la commission, en cas d'absence de celui-ci. Il n'est pas contesté par le requérant que M. B F était vice-président de la commission de médiation DALO du Var. En outre, il n'est pas établi, ni même allégué par le requérant que Mme G, la présidente de la commission, n'était pas absente. Dans ces conditions, M. B F était bien compétent pour signer la décision attaquée et il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du même code : " II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114 ". Enfin, l'article R. 441-14-1 du même code dispose que : " La commission, saisie sur le fondement du II () de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement (), en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, (). La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ". En outre, selon les dispositions de l'article 114 du code de l'action sociale et des familles, " H un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant ".

7. En l'espèce, M. C soutient qu'il est handicapé et qu'il a été reconnu handicapé par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) avec un taux réévalué de 50 à 80% en date du 1er mai 2021. Il poursuit en soutenant qu'il bénéficie d'une carte mobilité, inclusion, priorité. Il est constant que, par une décision du 10 février 2022 de la MDPH, une allocation adulte handicapé a été allouée au requérant (AAH) pour la période du 1er mai 2021 au 30 avril 2026, avec un taux d'invalidité entre 50 et 80%. Cette décision précise que : " Vous avez des difficultés entraînant une gêne notable dans votre vie sociale mais votre autonomie est conservée pour les actes élémentaires de la vie quotidienne, ce qui correspond à un taux d'incapacité égal ou supérieur à 50 % et inférieur à 80% (en application du barème de l'annexe 2-4 du code de l'action sociale et des familles). A n'est en outre pas contesté, ainsi que le soutient le requérant, que des travaux d'adaptation de son appartement, en particulier pour ce qui concerne la salle de bains, devaient être réalisés, comme cela lui a été indiqué dans une correspondance de la part de son bailleur datée du 15 novembre 2019. Le requérant poursuit en indiquant que ces travaux projetés démontrent que son appartement est inadapté à son handicap. Il indique en outre porter des semelles et des chaussures orthopédiques et faire ses courses en fauteuil roulant. Il poursuit encore en soutenant que le caractère inadapté de son logement à son handicap a engendré une aggravation de son état de santé. Il souffre d'une pathologie respiratoire et son taux d'invalidité a augmenté. Enfin, il indique encore qu'aucuns travaux n'a été entrepris dans son appartement.

8. Si le requérant produit à l'instance trois certificats médicaux, datés du 9 février 2018, 11 octobre 2021 et 19 juillet 2022, lesdits certificats médicaux sont très peu circonstanciés et indiquent seulement que M. C doit bénéficier d'un logement adapté à son handicap. Le certificat médical du 11 octobre 2021 indique par exemple qu'un petit jardin serait bénéfique pour l'état de santé de M. C. Le préfet du Var fait valoir en réponse que, dans le formulaire CERFA " complément de la demande de logement social- logement adapté aux handicaps ", le requérant a rempli le 10 mai 2022, soit en même temps que sa demande DALO, celui-ci a indiqué que son handicap est stabilisé, qu'il n'avait besoin d'aucune aide technique, et qu'il souhaitait qu'un logement situé au premier étage maximum lui soit attribué.

9. Le préfet du Var fait valoir en outre que la décision précitée de la MDPH indiquait que : " votre autonomie est conservée pour les actes élémentaires de la vie quotidienne, ce qui correspond à un taux d'incapacité égal ou supérieur à 50 % et inférieur à 80% ". Le préfet du Var en déduit que le requérant peut se déplacer à sa guise dans son logement. Le préfet du Var indique ensuite que les certificats médicaux produits par le requérant et datés respectivement du 11 octobre 2021 et 19 juillet 2022 ne démontrent pas que le logement actuellement occupé par le requérant serait inadapté à son handicap. En outre, le préfet du Var fait valoir que le certificat médical de 2018 est trop ancien pour refléter une situation qui serait en rapport avec le présent litige. Enfin, le préfet du Var fait valoir, sans être utilement contesté sur ce point, que M. C a refusé des propositions de logement qui lui ont été faites par l'organisme Var Habitat.

10. Enfin, le préfet du Var fait valoir, toujours sans être contredit sur ce point, que les travaux d'adaptation de la salle de bains dans le logement du requérant étaient prévus en date du 27 juillet 2022, et que M. C lui-même a décommandé ces travaux en date du 20 juillet 2022, pour les reporter en octobre ou novembre 2022, prouvant ainsi et par là-même que ces travaux ne sont pas indispensables pour adapter le logement occupé par M. C au handicap de celui-ci. Il ressort des pièces du dossier, ainsi que le fait valoir le préfet du Var, que le requérant ne démontre pas que son logement serait inadapté à son handicap.

11. Si le requérant soutient par ailleurs que son logement est trop petit pour lui, et qu'il a besoin d'une pièce supplémentaire pour effectuer du télétravail, il ressort des pièces du dossier que la superficie de son appartement, de 49 mètres carrés ne méconnait pas les dispositions de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation, M. C étant seul à occuper ce logement de type F2.

12. Enfin, le préfet du Var fait encore valoir que le délai d'attente dans le Var d'un logement social n'est pas dépassé puisque la première demande de logement social du requérant a été enregistrée le 17 avril 2021, soit 17 mois avant que la décision ne soit prise, ce qui est inférieur au délai de 30 mois fixé dans le département du Var.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'aucun moyen d'annulation n'étant fondé, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de médiation DALO du Var du 4 août 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Les conclusions à fin d'annulation de la présente requête ayant été rejetées, la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction de la présente requête.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, quelque somme que ce soit au titre de ces dispositions.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D C et au ministre de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition du public le 17 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

F. BAILLEUX

La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au ministre de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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