lundi 30 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2202396 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Enard-Bazire, demande au tribunal :
1°) d'annuler les deux arrêtés du 7 juillet 2022 par lesquels le recteur de l'académie de Nice l'a placée en prolongation de congé de longue durée non imputable au service pour les périodes, respectivement, du 2 septembre 2021 au 30 novembre 2021 et du 1er décembre 2021 au 23 février 2022 ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Nice de procéder à un nouvel examen et de régulariser sa situation administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les arrêtés attaqués sont entachés d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- ils sont intervenus au terme d'une procédure irrégulière en violation des dispositions de l'article 18 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- ils sont entachés d'erreurs de droit et de fait au regard des dispositions de l'article 34 bis de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 codifiées aux articles L. 823-1 à L. 823-6 du code général de la fonction publique ;
- ils méconnaissent les dispositions de l'article 34 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 codifiées aux articles L. 822-1 et suivants du code général de la fonction publique et de l'article 35 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- tout agent public a le droit d'être placé dans une situation administrative régulière.
Par un mémoire en défense enregistrés le 22 mars 2024, la rectrice de l'académie de Nice conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante sont inopérants.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- l'ordonnance n° 2021-1574 du 24 novembre 2021 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 décembre 2024 :
- le rapport de M. Cros ;
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A exerce les fonctions d'enseignante en lettres au collège privé Bon Accueil de Toulon. Elle a été placée en congé de longue durée non imputable au service à compter du 2 septembre 2016 pour des périodes successives de six mois. Elle demande l'annulation des deux arrêtés du 7 juillet 2022 par lesquels le recteur de l'académie de Nice a prolongé ce congé pour les périodes, respectivement, du 2 septembre 2021 au 30 novembre 2021 et du 1er décembre 2021 au 23 février 2022.
Sur le cadre juridique du litige :
2. Aux termes de l'article L. 442-5 du code de l'éducation, en vigueur à la date des arrêtés attaqués : " Les établissements d'enseignement privés () du second degré peuvent demander à passer avec l'Etat un contrat d'association à l'enseignement public (). / Le contrat d'association peut porter sur une partie ou sur la totalité des classes de l'établissement. Dans les classes faisant l'objet du contrat, l'enseignement est dispensé selon les règles et programmes de l'enseignement public. Il est confié, en accord avec la direction de l'établissement, soit à des maîtres de l'enseignement public, soit à des maîtres liés à l'Etat par contrat. Ces derniers, en leur qualité d'agent public, ne sont pas, au titre des fonctions pour lesquelles ils sont employés et rémunérés par l'Etat, liés par un contrat de travail à l'établissement au sein duquel l'enseignement leur est confié () ".
3. Aux termes de l'article L. 914-1 du code de l'éducation, en vigueur à la date des arrêtés attaqués : " Les règles générales qui déterminent les conditions de service et de cessation d'activité des maîtres titulaires de l'enseignement public, ainsi que les mesures sociales et les possibilités de formation dont ils bénéficient, sont applicables également et simultanément aux maîtres justifiant du même niveau de qualification, habilités () par contrat à exercer leur fonction dans des établissements d'enseignement privés liés à l'Etat par contrat. Ces maîtres bénéficient également des mesures de promotion et d'avancement prises en faveur des maîtres de l'enseignement public () ". Selon l'article R. 914-2 du même code : " Les maîtres contractuels () des établissements d'enseignement privés sous contrat auxquels un contrat () définitif a été accordé sont soumis, pour la détermination de leurs conditions de service, aux dispositions applicables aux personnels de l'enseignement public ". Aux termes de l'article R. 914-105 de ce code : " Les maîtres contractuels () bénéficient du régime des congés de toute nature, des disponibilités et des autorisations d'absence dans les mêmes conditions que les maîtres titulaires de l'enseignement public ".
4. Aux termes de l'article L. 6 du code général de la fonction publique, en vigueur depuis le 1er mars 2022 : " Le présent code ne s'applique pas : () 6° Aux maîtres contractuels () des établissements d'enseignement privés sous contrat d'association () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le collège Bon Accueil de Toulon est un établissement d'enseignement privé sous contrat d'association à l'enseignement public passé avec l'Etat. Mme A est liée à l'Etat par un contrat d'enseignement définitif depuis le 1er septembre 2012. Elle a ainsi la qualité de maître contractuel dans un établissement d'enseignement privé sous contrat d'association avec l'Etat. En vertu des dispositions précitées du code de l'éducation, elle a la qualité d'agent public et est soumise au même régime que les maîtres titulaires de l'enseignement public concernant notamment les conditions de service et les congés de toute nature. En revanche, elle n'a pas la qualité de fonctionnaire et n'est pas soumise au code général de la fonction publique.
6. Par ailleurs, aux termes du II de l'article 3 de l'ordonnance du 24 novembre 2021 portant partie législative du code général de la fonction publique, en vigueur depuis le 1er mars 2022 : " () sont et demeurent abrogés : / () 9° La loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ; / 10° La loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat () ".
7. Ainsi, Mme A ne peut utilement se prévaloir des dispositions des lois des 13 juillet 1983 et 11 janvier 1984 précitées qui n'étaient plus en vigueur à la date des arrêtés en litige.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
8. Aux termes de l'article 14, relatif aux conseils médicaux départementaux, du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, en vigueur à la date des arrêtés attaqués : " Le médecin du travail attaché au service auquel appartient le fonctionnaire dont le dossier est soumis au conseil médical est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir, s'il le demande, communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion. Il remet un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 34 et 47-7 du présent décret () ".
9. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. L'application de ce principe n'est pas exclue en cas d'omission d'une procédure obligatoire, à condition qu'une telle omission n'ait pas pour effet d'affecter la compétence de l'auteur de l'acte.
10. S'agissant du texte invoqué, Mme A se prévaut des dispositions relatives à l'obligation d'informer le médecin du travail préalablement aux séances du comité médical départemental. Contrairement à ce qu'indique la requête, entachée sur ce point d'une erreur de plume, ces dispositions ne sont pas prévues, à la date des arrêtés contestés, à l'article 18 du décret du 14 mars 1986 mais à l'article 14 précité de ce décret.
11. S'agissant de l'opérance du moyen, contrairement à ce que fait valoir la rectrice de l'académie de Nice, les dispositions de l'article 14 du décret du 14 mars 1986 sont applicables en l'espèce dès lors que ce décret porte sur le régime de congés de maladie des fonctionnaires qui, ainsi qu'il a été dit, est applicable aux maîtres contractuels des établissements d'enseignement privés sous contrat d'association avec l'Etat par contrat en vertu de l'article R. 914-105 du code de l'éducation, et au surplus, les arrêtés attaqués ont été pris après consultation du comité médical départemental dont les avis sont visés. Le moyen est donc opérant.
12. S'agissant du bien-fondé du moyen, les deux arrêtés attaqués visent les avis rendus par le comité médical départemental respectivement les 2 septembre 2021 et 1er décembre 2021. La rectrice de l'académie de Nice, qui ne produit pas ces avis, ne conteste pas qu'ils ont été rendus sans que le médecin du travail n'ait été informé des séances dudit comité. Dans ces conditions, en l'état du dossier, les dispositions de l'article 14 du décret du 14 mars 1986 ont été méconnues. Ainsi, le comité médical départemental, appelé à émettre un avis sur la situation de Mme A, n'a pas disposé des éventuelles observations de ce médecin sur l'état de santé de l'intéressée. Dès lors, cette irrégularité de procédure a privé la requérante d'une garantie. Par suite, les arrêtés attaqués sont illégaux.
13. Aucun autre moyen de la requête n'est de nature à entraîner l'annulation des arrêtés en litige.
14. Il résulte de ce qui précède que les arrêtés attaqués doivent être annulés en raison du vice de procédure dont ils sont entachés.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. L'annulation prononcée par le présent jugement, qui repose sur le seul vice de procédure mentionné au point 12, implique nécessairement mais seulement qu'il soit enjoint à la rectrice de l'académie de Nice de réexaminer la situation administrative de Mme A au titre de la période concernée par les deux arrêtés annulés. Il y a lieu d'enjoindre à la rectrice de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 7 juillet 2022 par lesquels le recteur de l'académie de Nice a placé Mme A en prolongation de congé de longue durée non imputable au service pour les périodes du 2 septembre 2021 au 30 novembre 2021 et du 1er décembre 2021 au 23 février 2022 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Nice de réexaminer la situation administrative de Mme A au titre de la période du 2 septembre 2021 au 23 février 2022, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions à fin d'injonction de la requête de Mme A est rejeté.
Article 4 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ministre de l'éducation nationale.
Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Nice.
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros, premier conseiller,
M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
F. CROS
La présidente,
signé
M. BERNABEU
La greffière,
signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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