lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2202503 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 septembre 2022, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 11 août 2022 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a refusé de lui délivrer une carte professionnelle autorisant l'exercice des activités d'agent de gardiennage ou de surveillance humaine, pouvant inclure l'usage de moyens électroniques.
Il soutient que :
- aucun incident n'est intervenu avec son ancienne compagne depuis 2017 ;
- il a été contrôlé par la gendarmerie le lendemain de sa consommation de produits stupéfiants ;
- son comportement professionnel est exemplaire depuis quatre années.
Une mise en demeure a été adressée le 22 mars 2024 au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité.
Par une ordonnance du 2 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 juin 2024.
Un mémoire en défense produit par le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a été enregistré le 18 juillet 2024.
Le 30 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible d'enjoindre au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité de délivrer une carte professionnelle à M. B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hélayel, conseiller,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 16 juin 2022, M. A B a sollicité la délivrance d'une carte professionnelle afin d'exercer les fonctions d'agent de sécurité. Par une décision du 11 août 2022, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté sa demande.
Sur l'acquiescement aux faits :
2. L'article R. 612-6 du code de justice administrative dispose que : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. "
3. Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 22 mars 2024 et dont il a accusé réception le même jour, le directeur du CNAPS n'a produit aucun mémoire en défense avant la clôture de l'instruction. Par suite, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. L'article L. 611-1 du code de justice administrative dispose que : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes () ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées () ".
5. Pour rejeter la demande de M. B, le directeur du CNAPS a retenu que l'intéressé était défavorablement connu des services de police, pour des faits révélant des agissements de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ainsi qu'un comportement contraire au devoir de probité.
6. D'une part, s'agissant des faits de violences suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours commis sur son ancienne compagne le 9 avril 2017, M. B fait valoir qu'il s'est agi d'une altercation pour laquelle il a également porté plainte. Il soutient que, postérieurement à son audition par le délégué du procureur de la République et à la réalisation d'un stage de sensibilisation, aucun nouvel incident ne s'est, depuis cette date, produit.
7. D'autre part, s'agissant des faits de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de stupéfiants commis le 13 février 2020, M. B soutient qu'il avait alors consommé du cannabis, ce qui était très occasionnel, le jour précédant la conduite de son véhicule et que l'intégralité des bilans biologiques a, par la suite, démontré qu'il ne consommait plus de stupéfiants.
8. Le requérant soutient enfin que, depuis quatre années, il exerce ses fonctions d'agent de sécurité de façon exemplaire et sans aucun problème de violences verbales ou physiques. Compte tenu du caractère ancien des faits commis par M. B et des éléments de contexte qu'il apporte, le directeur du CNAPS doit, dans les circonstances de l'espèce, être regardé comme ayant commis une erreur d'appréciation en lui refusant la délivrance d'une carte professionnelle.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 11 août 2022 du directeur du CNAPS doit être annulée.
Sur l'injonction d'office :
10. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'une carte professionnelle soit délivrée à M. B. Il y a lieu d'enjoindre au directeur du CNAPS d'y procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 11 août 2022 du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité de délivrer une carte professionnelle à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
M. David Hélayel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
D. HELAYEL
Le président,
Signé
Ph. HARANGLa greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
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