mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2202509 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | RICHER & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 septembre 2022 et 15 mai 2023, M. C et Mme B D, représentés par Me Castagnon, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel le maire de Bormes-les-Mimosas a délivré à la SA Uniti Habitat le permis de construire n° PC 083 019 21 B0109 en vue de l'édification d'un immeuble accueillant 44 logements, sur les parcelles cadastrées AN n° 273, 278, 282 et 283, sises 1640 avenue Lou Mistraou à Bormes-les-Mimosas, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge la commune de Bormes-les-Mimosas et de la SA Uniti Habitat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt et qualité à agir ;
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Bormes-les-Mimosas et R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que les accès et voies de dessertes ne sont pas conformes et ne permettent pas d'assurer la sécurité des riverains ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UC 6 du règlement de PLU de Bormes-les-Mimosas relatif aux règles de recul par rapport à la voie publique ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UC 7 du règlement de PLU de Bormes-les-Mimosas relatif aux limites séparatives ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UC 9 du règlement de PLU de Bormes-les-Mimosas relatif aux règles d'emprises ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles R. 111-2 du code de l'urbanisme et UC 13 du règlement de PLU de Bormes-les-Mimosas relatif aux aires de jeux ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UC 11-3 du règlement de PLU de Bormes-les-Mimosas relatif aux clôtures.
Par des mémoires en défense enregistrés les 14 avril 2023 et 9 juin 2023, la commune de Bormes-les-Mimosas, représentée par Me Grimaldi, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soulève une fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants et fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.
Par des mémoires en défense enregistrés les 23 décembre 2022 et 9 juin 2023, la SA Uniti Habitat, représentée par le Cabinet Richer et Associés, conclut au rejet de la requête.
Elle soulève une fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants et fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.
Par une intervention, enregistrée les 23 décembre 2022 et 9 juin 2023, la SCCV Soleïade, représentée par le Cabinet Richer et Associés, demande que le tribunal rejette la requête de M. et Mme D pour les mêmes motifs que ceux exposés par la SA Uniti Habitat.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le plan local d'urbanisme de la commune de Bormes-les-Mimosas ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 janvier 2024 :
- le rapport de Mme Le Gars ;
- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;
- les observations de Me Castagnon, représentant les époux D, qui ont conclu aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Belahouane, représentant la commune de Bormes-les-Mimosas, qui a conclu aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- et les observations de Me Petizon, représentant la SA Uniti Habitat et la SCCV Soleïade, qui ont conclu aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Une note en délibéré présentée par le Cabinet Richer et Associés pour la SA Uniti Habitat et la SCCV Soleïade a été enregistrée le 10 janvier 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Le 28 décembre 2021, la société Uniti Habitat a déposé une demande de permis de construire n° PC 083 019 21 B0109 sur les parcelles AN n° 272, 278, 282 et 283 à Bormes-les-Mimosas, en vue de l'édification d'un immeuble d'une surface de 2 464, 68 mètres carrés destiné à accueillir 44 logements. Par un arrêté du 15 mars 2022, le maire de la commune de Bormes-les-Mimosas a délivré le permis de construire sollicité. Par un arrêté du 6 septembre 2022, le maire de Bormes-les-Mimosas a transféré le permis de construire à la SCCV Soleïade. M. et Mme D demandent l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2022 ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.
Sur la recevabilité de l'intervention :
2. Est recevable à former une intervention devant le juge du fond toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige.
3. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire en litige a été transféré à la SCCV Soleïade par un arrêté du maire de Bormes-les-Mimosas du 6 septembre 2022. Dès lors, la SCCV Soleïade est recevable à former une intervention en défense au soutien des conclusions de la SA Uniti Habitat.
Sur la fin de non-recevoir :
4. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. (). ". L'article R. 600-4 du même code dispose que : " Les requêtes dirigées contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation, du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien par le requérant. ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'acte notarié d'achat signé le 20 décembre 2013 et de l'avis de taxe foncière au titre de l'année 2022, que les époux D sont propriétaires, à la date d'affichage en mairie de la décision attaquée, des parcelles n° 229 et 232, jouxtant le terrain d'assiette du projet et ont, partant, qualité pour agir. D'autre part, les époux D, voisins immédiats du projet, font valoir que le projet, qui porte sur la création de 44 nouveaux logements, a, par son ampleur, un impact sur leurs conditions d'utilisation, d'occupation et de jouissance de leur bien dès lors qu'il est susceptible d'entraîner, outre une gêne visuelle, une nuisance sonore avec un accroissement du passage devant leur propriété pour accéder à la route départementale située au sud du projet. En outre, les requérants produisent un avis de valeur vénale de leur bien évaluant la perte à près de 270 000 euros. A ces conditions, et à supposer même que cette propriété ne constitue pas leur résidence principale, les époux D sont fondés à soutenir qu'ils ont intérêt à agir contre l'arrêté litigieux. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
7. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale après la date de publication de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. () ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation, à des membres du conseil municipal. () ". Enfin, selon l'article L. 2131-1 du même code : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que le maire de Bormes-les-Mimosas a délégué à Mme E F, adjointe, sa compétence en matière d'urbanisme s'agissant des autorisations et droits des sols par un arrêté n° 2020/385 en date du 26 mai 2020, notifié au représentant de l'Etat le même jour, affiché en mairie du 29 mai 2020 au 8 juillet 2020 et publié au recueil des actes administratifs de la commune de mai 2020. Dès lors, Mme F bénéficiait d'une délégation régulière et suffisamment précise pour prendre un arrêté de permis de construire. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté a été signé par une autorité incompétente.
En ce qui concerne la légalité interne :
9. En premier lieu, aux termes de l'article UC 3 du règlement de PLU de Bormes-les-Mimosas alors applicable : " Les constructions et installations doivent être desservies par des voies publiques ou privées dont les caractéristiques, telles qu'elles se présentent au moment de l'exécution du projet, soient conformes à leur destination et satisfassent les règles minimales de sécurité, telles que défense contre incendie, protection civile et brancardage. / La largeur des voies ouvertes à la circulation automobile ne pourra être inférieure à 4 m. A le cas d'opérations d'aménagements de plus de 5 logements ou 5 lots, cette largeur minimale est portée à 5 m. / 2. Les accès sur voies publiques doivent être aménagés de façon à éviter toute perturbation et tout danger pour la circulation générale. () 4. Les voies en impasse desservant plus de trois logements doivent être aménagées de telle sorte que les véhicules puissent faire demi-tour sur une aire de manœuvre de caractéristiques satisfaisantes. () ". L'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dispose que : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".
10. D'une part, il ressort des différents plans et photographies d'insertion que le terrain d'assiette du projet est desservi par le chemin des Kaki, voie publique qui contourne le terrain. La desserte automobile est prévue exclusivement à l'est du projet avec une plateforme de plus de 5 mètres de large donnant accès à un parking souterrain dont l'entrée mesure également 5 mètres de large. L'accès piéton est prévu au sud depuis un trottoir et un passage clouté. Par ailleurs, aucune voie automobile interne au projet n'est prévue sur la servitude de passage existante à l'ouest qui permet d'assurer la desserte de la parcelle AN n° 283 (anciennement) ainsi que celle des requérants. De même, l'accès piéton, bordé d'une clôture rigide après le portail, n'est pas situé sur la servitude existante. Ainsi, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les dessertes et accès du projet ne sont pas conformes aux dispositions de l'article UC 3 précité. Par ailleurs, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le projet méconnaît la servitude existante ni les autorisations d'urbanisme antérieures dont le respect relève de leur exécution.
11. D'autre part, les requérants soutiennent que la desserte du projet par les services de secours et d'incendie n'est pas assurée, notamment compte-tenu de la clôture rigide à l'ouest du projet. Toutefois, d'une part, il ne résulte d'aucune disposition que le projet doit être desservi par une voie spécifique pour les services de secours, d'autre part, il n'est pas établi que ces services ne peuvent accéder aux deux bâtiments depuis l'accès automobile qui mesure, ainsi qu'il a été dit au point précédent, plus de 5 mètres de large. Ainsi, les requérants, qui n'établissent pas l'existence d'un risque incendie caractérisé sur le secteur du projet, ne sont pas fondés à soutenir que le maire de Bormes-les-Mimosas a commis une erreur manifeste d'appréciation à l'aune de l'article R. 111-2 précité, en accordant le permis sollicité.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article UC 6 du règlement de PLU de Bormes-les-Mimosas : " Sauf indication de marges spéciales de recul portées au document graphique, les constructions doivent être implantées à une distance au moins égale à : 35 mètres par rapport à l'axe de la chaussée la plus proche de la R.D. 559 pour les constructions à destination d'habitation. 25 mètres de l'axe de la chaussée la plus proche de la R.D. 559 pour les constructions destinées à une autre destination que l'habitation 5 mètres par rapport à la limite d'emprise des autres voies existantes, à modifier ou à créer. () ".
13. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du plan établi par un géomètre-expert qui a reproduit les marges de recul figurant au règlement graphique du PLU de Bormes-les-Mimosas en vigueur que le terrain d'assiette du projet est en tout point situé au-delà de ces marges de recul. Par conséquent, les constructions en litige sont, en toute hypothèse, implantées à une distance au moins égale à 35 mètres par rapport à l'axe de la chaussée de la route départementale 559, conformément aux dispositions précitées. Cette première branche du moyen est, par suite, écartée.
14. D'autre part, il est constant que le local à ordures ménagères est situé à l'est, en bordure de voie de la rue des Macarons. A cet égard, la défense fait valoir, d'une part, que ce local ne constitue pas une construction au sens du PLU de la commune de Bormes-les-Mimosas, d'autre part, que le troisième alinéa de l'article 29 des dispositions générales de ce PLU exige précisément que ces locaux soient situés en bordure de voirie afin de faciliter la collecte des ordures ménagères. Toutefois, non seulement il ne ressort pas des dispositions générales du PLU en vigueur à la date de la décision attaquée que les locaux de collecte d'ordures ménagères doivent être implantés en bordure de voirie, mais encore, ce local, en tant qu'ouvrage fixe et pérenne, utilisable par toute personne, doit être considéré comme une construction au sens du PLU de Bormes-les-Mimosas. Dès lors, les requérants sont fondés à soutenir que le local à ordures ménagères méconnaît les dispositions de l'article UC 6 du règlement de PLU de Bormes-les-Mimosas en vigueur à la date de la décision attaquée.
15. En troisième lieu, aux termes de l'article UC 7 du règlement de PLU de Bormes-les-Mimosas : " Les constructions doivent être implantées de telle manière que la distance (L) horizontale de tout point d'une construction au point le plus proche de la limite séparative soit au moins égale à la différence d'altitude (da) entre ces deux points diminuée de 4 mètres avec un minimum de 4 mètres. () ".
16. Les requérants soutiennent que les constructions en litige doivent être situées à une distance minimale de 5 mètres de la limite séparative dès lors qu'elles mesurent près de 9 mètres en calculant la hauteur à partir du terrain excavé et en indiquant deux emplacements du bâtiment A, en façade sud (élévation 7) et en façade ouest (élévation 8). Cependant, non seulement les emplacements indiqués sont imprécis, mais encore, les calculs réalisés pour obtenir une hauteur " de près de 9 mètres " ne sont pas détaillés et ne permettent dès lors pas d'apprécier le bien-fondé de leurs prétentions. En toute hypothèse, à la suite d'une règle de trois et comme le fait valoir la commune en défense, la différence entre le point le plus bas à l'angle de la limite séparative, situé à 27.24 NGF, et le point le plus haut de la construction, soit l'acrotère, situé à 34.78 NGF, est de 7,54 mètres et implique, par conséquent, une marge de recul de 4 mètres minimum qui est respectée ainsi qu'il ressort du plan de masse. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions de l'article UC 7 du PLU de Bormes-les-Mimosas.
17. En quatrième lieu, aux termes de l'article UC 9 du règlement de PLU de Bormes-les-Mimosas : " L'emprise au sol maximale est limitée à : 0,50 en Uca et UCb ; 0,20 en UCg. ".
18. Le plan de masse du dossier de permis de construire mentionne, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la superficie de chacun des terrains situés en zone UCa et UCg et l'emprise au sol des constructions dans chacune de ces zones. Il en résulte que le coefficient d'emprise au sol des constructions situées en secteur UCa est de 0,44 et en secteur UCg de 0,9. Dès lors, le service instructeur a été mis à même d'apprécier le respect des coefficients d'emprise au sol autorisés qui sont, au surplus, respectés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UC 9 du PLU de Bormes-les-Mimosas manque en fait.
19. En cinquième lieu, aux termes de l'article 11-3 du règlement de PLU de Bormes-les-Mimosas : " () La hauteur totale des clôtures est limitée à 1,80 m. Les murs bahuts ne peuvent dépasser 0,50 mètre de hauteur. () ".
20. Les requérants soutiennent que le plan de masse n° 5 représentant les clôtures existantes et à bâtir est erroné dès lors qu'il indique que la clôture située à l'angle sud-ouest du terrain d'assiette du projet au niveau des puits existants, est une " clôture rigide de 1,20 m sur bahut 60 cm max. existante ". A cet égard, la défense fait valoir qu'il s'agit d'une simple erreur matérielle quant au coloris du trait indiquant les clôtures, que celui-ci aurait dû figurer en orange en tant que " clôture rigide 1,80 m " (à bâtir) et que le service instructeur n'a pas pu être trompé dès lors qu'il ressort des photographies d'insertion du projet qu'il n'y a pas de bahut. Cependant, si effectivement, le service instructeur a pu s'assurer de l'inexistence du bahut, il n'a en revanche pas pu s'assurer de la conformité de la hauteur de celui qui est projeté dès lors que le plan indique qu'il mesure 60 centimètres maximum alors que le PLU exige une hauteur maximum de 50 centimètres. Sur ce point, si la défense se prévaut d'une attestation de l'architecte du projet indiquant que le mur bahut ne dépasse pas 50 centimètres de hauteur, il ressort toutefois des pièces du dossier que ce courrier, en date du 8 juin 2023, est postérieur à l'arrêté attaqué et qu'il n'y a pas été annexé. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le dossier de permis de construire n'a pas permis au service instructeur de s'assurer du respect des dispositions de l'article UC 11-3 du règlement de PLU de Bormes-les-Mimosas.
21. En dernier lieu, aux termes du 6° de l'article UC 13 du règlement de PLU de Bormes-les-Mimosas : " II doit être aménagé une aire de jeux sur les terrains occupés par 10 logements ou plus à raison de 5 m2/logement. Toutefois, dans le cas de projets de constructions comprenant des locaux commerciaux en rez-de-chaussée, l'espace vert pourra n'intéresser que 10 % au moins de la superficie du terrain, l'espace résiduel étant ainsi affecté en stationnement lié à la fréquentation des commerces. ".
22. Les requérants soutiennent sur le fondement des articles UC 13 du PLU et R. 111-2 du code de l'urbanisme, précités, que la différence de superficie entre les deux aires de jeux, réservées aux logements par accession et aux logements locatifs sociaux, respectivement aux bâtiments A et B, est choquante et que cette dernière, par sa proximité immédiate de la voirie publique est susceptible d'entraîner un risque pour la sécurité publique. Cependant, ainsi que le fait valoir la défense, la superficie de chacune des aires de jeux est dimensionnée par rapport au nombre de logements créés. Ainsi, l'aire de jeux réservée aux résidents des 35 logements du bâtiment A est de 180 mètres carrés et celle réservée aux résidents de 9 logements du bâtiment B est de 45 mètres carrés conformément aux dispositions de l'article UC 13 du PLU de Bormes-les-Mimosas. Par ailleurs, le projet prévoit l'installation d'une clôture rigide de 1,80 mètres. Dès lors, les requérants, qui ne caractérisent pas de risque réel pour la sécurité publique, ne sont pas fondés à soutenir que le maire de Bormes-les-Mimosas a commis une erreur manifeste d'appréciation en accordant le permis sollicité.
Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :
23. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire (), estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation () ". Il résulte de ces dispositions que le juge peut procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où une illégalité affecte une partie identifiable du projet et où cette illégalité est susceptible d'être régularisée, sans qu'il soit nécessaire que la partie illégale du projet soit divisible du reste de ce projet.
24. Les vices relevés ci-dessus, tirés de la méconnaissance des articles UC 6 et UC 11-3 du PLU de Bormes-les-Mimosas, n'affectent que ces parties du projet et peuvent faire l'objet d'une mesure de régularisation n'impliquant pas d'apporter au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Par suite, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, de limiter à ces vices la portée de l'annulation prononcée et de fixer à deux mois le délai dans lequel la bénéficiaire pourra en demander la régularisation.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à demander l'annulation partielle de l'arrêté du maire de la commune de Bormes-les-Mimosas en date du 15 mars 2022 en tant qu'il autorise la construction de 44 logements en méconnaissance des articles UC 6 et UC 11-3 du règlement de PLU de la commune de Bormes-les-Mimosas, pour les motifs exposés précédemment.
Sur les frais d'instance :
26. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Bormes-les-Mimosas la somme de 2 000 euros au bénéfice de M. et Mme D. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que réclament la commune de Bormes-les-Mimosas, la SA Uniti Habitat et la SCCV Soleïade au titre des frais liés au litige, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de ces conclusions présentées par la société intervenante.
DECIDE
Article 1er : L'intervention de la SCCV Soleïade est admise.
Article 2 : L'arrêté du maire de la commune de Bormes-les-Mimosas du 15 mars 2022 est annulé en tant qu'il est contraire aux motifs du présent jugement, ensemble la décision portant rejet du recours gracieux des requérants dans la même mesure.
Article 3 : La commune de Bormes-les-Mimosas versera à M. et Mme D la somme de 2 000 euros (deux mille euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions des défendeurs relatives aux frais d'instance sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Mme B D, à la commune de Bormes-les-Mimosas, à la SA Uniti Habitat et à la SCCV Soleïade.
Copie du jugement est adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulon.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Bailleux, premier conseiller,
Mme Le Gars, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.
La rapporteure,
Signé :
H. LE GARS
Le président,
Signé :
J.-M. PRIVAT La greffière,
Signé :
G. RICCI
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026