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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202551

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202551

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202551
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantVARRON CHARRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2022, M. B C, représenté par Me Varron-Charrier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 juillet 2022 par laquelle le recteur de l'académie de Nice a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 23 mars 2022 ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Nice, d'une part, de le placer à titre rétroactif en congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 4 mai 2022 et, d'autre part, de reconstituer juridiquement et financièrement sa carrière en lui reversant à titre rétroactif ses traitements, primes et indemnités, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la légalité externe :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée, en violation des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

Sur la légalité interne :

- la décision attaquée se fonde sur une enquête administrative dont il n'a pas eu connaissance ;

- elle est entachée d'erreur volontaire quant à la date de dépôt de sa demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service, qui est le 4 avril 2022 et non le 3 mai suivant, en application des dispositions de l'article 47-2 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation car la réunion du 23 mars 2022 caractérise un accident imputable au service, ayant provoqué de graves répercussions sur sa santé psychologique.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2024, la rectrice de l'académie de Nice conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er juillet 2024 :

- le rapport de M. Cros ;

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, fonctionnaire du ministère de l'éducation nationale au grade de professeur des écoles de classe normale, demande l'annulation de la décision du 13 juillet 2022 par laquelle le recteur de l'académie de Nice a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 23 mars 2022 et, par suite, rejeté sa demande de placement en congé pour invalidité temporaire imputable au service.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée, pour le recteur de l'académie de Nice, par M. Christian Peiffert, secrétaire général adjoint de cette académie et directeur des ressources humaines. Il ressort des pièces du dossier que M. A avait reçu délégation de signature à cette fin par un arrêté rectoral n° 2021-25 du 6 décembre 2021, régulièrement publié le 17 décembre suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture de région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision attaquée mentionne que l'accident déclaré par M. C est survenu le 23 mars 2022 dans les locaux de la direction des services départementaux de l'éducation nationale (DSDEN) du Var et ne répond pas à la définition de l'accident de service résultant de la jurisprudence du Conseil d'Etat statuant au contentieux, relative aux entretiens entre un agent et son supérieur hiérarchique, dont elle précise les références. Ainsi, cette décision, qui permet de comprendre et de discuter utilement la raison pour laquelle l'imputabilité au service n'a pas été reconnue, est suffisamment motivée en droit comme en fait. Si elle mentionne par ailleurs qu'une enquête administrative a été diligentée à la suite de la déclaration d'accident déposée par le requérant, elle n'est pas motivée par référence au contenu ou aux résultats de cette enquête. La circonstance que les conclusions de cette dernière ne sont pas jointes à la décision attaquée est donc sans incidence sur sa motivation. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée.

En ce qui concerne la légalité interne :

5. Aux termes de l'article L. 822-21 du code général de la fonction publique, en vigueur depuis le 1er mars 2022 et donc applicable à la date de la décision attaquée, qui a repris les dispositions du premier alinéa du I de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à : / 1° Un accident reconnu imputable au service tel qu'il est défini à l'article L. 822-18 () ". Aux termes de l'article L. 822-18 de ce code, qui a repris les dispositions du II de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ".

6. Aux termes de l'article 47-1 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Le congé prévu au premier alinéa du I de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée est accordé au fonctionnaire, sur sa demande, dans les conditions prévues par le présent titre ". Selon l'article 47-2 du même décret : " Pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire () adresse par tout moyen à son administration une déclaration d'accident de service () accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits. / La déclaration comporte : / 1° Un formulaire précisant les circonstances de l'accident (). Un formulaire type est mis en ligne sur le site internet du ministère chargé de la fonction publique et communiqué par l'administration à l'agent à sa demande ; / 2° Un certificat médical indiquant la nature et le siège des lésions résultant de l'accident () ainsi que, s'il y a lieu, la durée probable de l'incapacité de travail en découlant ". Aux termes de l'article 47-3 de ce décret : " I.- La déclaration d'accident de service () prévue à l'article 47-2 est adressée à l'administration dans le délai de quinze jours à compter de la date de l'accident. / Ce délai n'est pas opposable à l'agent lorsque le certificat médical prévu au 2° de l'article 47-2 est établi dans le délai de deux ans à compter de la date de l'accident. Dans ce cas, le délai de déclaration est de quinze jours à compter de la date de cette constatation médicale () ". Selon l'article 47-4 dudit décret : " L'administration qui instruit une demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service peut : / 1° Faire procéder à une expertise médicale du demandeur par un médecin agréé lorsque des circonstances particulières paraissent de nature à détacher l'accident du service ou lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée ; / 2° Diligenter une enquête administrative visant à établir la matérialité des faits et les circonstances ayant conduit à la survenance de l'accident ou l'apparition de la maladie ". Enfin, l'article 47-5 du décret précité dispose que : " Pour se prononcer sur l'imputabilité au service de l'accident (), l'administration dispose d'un délai : / 1° En cas d'accident, d'un mois à compter de la date à laquelle elle reçoit la déclaration d'accident et le certificat médical ; / () Un délai supplémentaire de trois mois s'ajoute aux délais mentionnés au 1° () en cas d'enquête administrative diligentée à la suite d'une déclaration d'accident de trajet ou de la déclaration d'une maladie mentionnée au troisième alinéa du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée, d'examen par le médecin agréé ou de saisine du conseil médical compétent. Lorsqu'il y a nécessité d'examen ou d'enquête complémentaire, l'employeur doit en informer l'agent ou ses ayants droit. / Au terme de ces délais, lorsque l'instruction par l'administration n'est pas terminée, l'agent est placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire pour la durée indiquée sur le certificat médical prévu au 2° de l'article 47-2 (). Cette décision, notifiée au fonctionnaire, précise qu'elle peut être retirée dans les conditions prévues à l'article 47-9 ".

7. Constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d'évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.

8. En premier lieu, si M. C fait valoir que la décision attaquée mentionne la mise en œuvre d'une enquête administrative dont il n'a pas eu connaissance, il ne soulève la violation d'aucune règle de droit qui serait susceptible de remettre en cause le bien-fondé de cette décision. En tout état de cause, ainsi qu'il a été dit, cette dernière ne se fonde pas sur les résultats d'une telle enquête.

9. En deuxième lieu, M. C soutient avoir déposé son dossier de demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) le 4 avril 2022 et non le 3 mai suivant, en application des dispositions précitées de l'article 47-2 du décret du 14 mars 1986. Il en déduit que le rectorat a volontairement commis une erreur quant à la date de dépôt de son dossier. Toutefois, si la décision attaquée mentionne que l'accident a été déclaré le 3 mai 2022, elle ne se fonde pas sur cette circonstance pour refuser de reconnaître son imputabilité au service. Dès lors, le moyen est inopérant. Au surplus, le requérant ne précise pas quelle serait l'incidence, sur la légalité de la décision attaquée, d'une date de dépôt de son dossier de demande de CITIS au 4 avril 2022 plutôt qu'au 3 mai 2022. Le moyen est donc imprécis. S'il indique enfin que les modalités d'instruction de sa demande de CITIS s'inscrivent dans un " schéma de harcèlement ", il n'apporte aucun élément utile à l'appui de cette allégation.

10. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'accident déclaré par M. C correspond à la réunion qui s'est tenue le 23 mars 2022 à 16 heures dans les locaux de la DSDEN du Var, en présence de sa hiérarchie. Selon la lettre de convocation du 18 mars 2022, cette réunion avait pour objet " d'évoquer [sa] situation administrative pour la fin de l'année scolaire ainsi que pour la prochaine rentrée ". Les participants à cette réunion étaient le requérant, son avocate, une représentante du personnel, l'inspecteur de l'éducation nationale, adjoint au directeur académique chargé du premier degré et la cheffe de la division des personnels enseignants du premier degré (DPE). Il ressort des attestations concordantes établies par M. C, son avocate et la représentante du personnel que, lors de cette réunion, les supérieurs hiérarchiques de l'intéressé lui ont indiqué que la décision du 8 mars précédent portant retrait de son emploi de directeur de l'école maternelle publique du Temple située à Toulon ne serait pas modifiée, qu'il ne pourrait plus enseigner dans cette école, qu'il devait émettre un vœu d'affectation dans une autre école pour la rentrée suivante et qu'il serait provisoirement affecté, dans l'intervalle, sur un poste de remplaçant. Contrairement à ce qu'affirme l'intéressé, il n'est pas établi que l'adjoint au directeur académique l'aurait informé verbalement, lors de cette réunion, d'une décision de le retirer de la liste d'aptitude des directeurs d'école, ainsi que le tribunal l'a d'ailleurs jugé au point n° 2 du jugement n° 2200956 rendu le 20 novembre 2023. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que les supérieurs hiérarchiques de M. C auraient adopté un comportement ou tenu des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique à son égard lors de la réunion en cause, quand bien même, ainsi qu'il le soutient, une pièce aurait manqué dans le dossier administratif individuel qu'il a consulté avant cette réunion. Dans ces conditions, la réunion du 23 mars 2022 et le syndrome anxio-dépressif invalidant développé par le requérant postérieurement à celle-ci ne peuvent pas être qualifiés d'accident de service. Dès lors, le recteur de l'académie de Nice n'a pas commis d'erreur d'appréciation en rejetant la déclaration d'accident de service faite à ce titre par M. C.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par conséquent, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par M. C.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera transmise à la rectrice de l'académie de Nice.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

G. BODIGER

La République

mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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