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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202620

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202620

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202620
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre - Juge Unique

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la requête de M. A, qui contestait la décision de la commission de médiation DALO du Var refusant de le reconnaître comme prioritaire pour un logement d'urgence. Le juge a estimé que la commission avait légalement motivé son refus, d'une part, en raison de l'absence de démarches de M. A pour apurer une dette locative de 26 262 euros ayant conduit à un jugement d'expulsion, et d'autre part, en raison du refus de plusieurs propositions de logement. La solution retenue s'appuie sur les dispositions des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, qui conditionnent le caractère prioritaire à la bonne foi du demandeur et à l'absence de refus de propositions adaptées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 septembre 2022, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :

- D'annuler la décision du 1er septembre 2022 par laquelle la commission de médiation du Droit au Logement Opposable dite DALO du Var a rejeté son recours en vue d'être reconnu prioritaire et devant être logé en urgence dans un logement locatif social, présenté en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, et également de la décision implicite née le 19 novembre 2022 de rejet de son recours gracieux.

Il soutient que :

- il n'a, contrairement à ce qu'indique la décision attaquée, refusé qu'un logement proposé par Var Habitat sur la commune de Saint-Raphaël, car le logement n'était pas sécurisant pour ses enfants, à l'époque en bas âge ;

- il n'a refusé aucune proposition de logement sur la commune de Fréjus ; ce sont les commissions de logements qui n'ont pas retenu sa candidature ;

- il a commencé à monter un dossier pour traiter sa dette, et il est aidé pour cela par le service.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la commission de médiation DALO du Var a pris en compte les critères prévus par le code de la construction et de l'habitation pour rejeter la demande de M. A d'annulation de la décision initiale du 1er septembre 2022 ;

- M. A a refusé un logement qu'il s'était vu proposer en 2018, l'attributaire en rang 1 de ce logement l'ayant refusé.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2023, la présidente du tribunal a désigné M. Bailleux en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Bailleux, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. M. A a été déclaré prioritaire et devant être logé en urgence par la commission de médiation DALO du Var par une décision du 7 septembre 2017, dans un logement répondant à ses besoins et capacités de type F3, au motif qu'il était menacé d'expulsion, sans relogement et logé dans des locaux impropres à l'habitation. M. A a déposé une nouvelle demande de recours devant la commission de médiation DALO du Var en date du 16 juin 2022, au motif qu'il était menacé d'expulsion, sans relogement, et qu'il occupait un logement non décent avec une personne handicapée à charge, ou un enfant mineur à charge, ou lui-même étant handicapé. La commission de médiation DALO a refusé de lui délivrer une décision favorable au double motif d'une part qu'un jugement d'expulsion a été délivré à l'encontre du requérant en date du 19 mai 2022 pour un impayé de loyer de 26 262 euros et qu'il n'aurait fait aucune démarche depuis pour essayer d'apurer sa dette et d'autre part qu'il a refusé plusieurs propositions de logements pour lesquels il avait été déclaré prioritaire.

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". En outre, aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du même code : " Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, () ". Enfin, l'article R. 441-14-1 du même code dispose que : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; () -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement () ".

3. En premier lieu, la décision de la commission de médiation DALO du Var du 1er septembre 2022 se fonde sur le fait que M. A aurait refusé un logement qui lui a été proposé. Le préfet du Var sur ce point fait valoir que, selon les dires du bailleur social, Var Habitat, le dossier de M. A a été présenté 6 fois en commission d'attribution de logements (CAL) pendant la période de décembre 2017 à juillet 2021. Le bailleur social a en outre attesté que le requérant, alors qu'il était positionné en rang 2 sur la liste, et que la personne classée en rang 1 ayant refusé le logement en 2018, n'a pas donné suite à la proposition de logement dans le délai imparti. Toutefois, ces éléments sont relatifs à la première décision de la commission de médiation DALO du Var du 7 septembre 2017 qui a déclaré prioritaire et devant être logée en urgence dans un logement correspondant à ses besoins et ses capacités, de type T3. Ainsi, ces éléments de 2018 ne sauraient avoir une quelconque incidence sur la légalité de la décision de la commission de médiation DALO du Var du 1er septembre 2022. Ce premier motif de la décision n'est donc pas légal et ne pouvait justifier la décision prise par la commission.

4. En second lieu, la décision du 1er septembre 2022 refuse de déclarer le requérant prioritaire et devant être logé en urgence au motif que si un jugement d'expulsion a effectivement été délivré au requérant le 19 mai 2022, pour un impayé de loyer d'un montant de 26 262,85 euros, ce dernier n'a pas justifié de la reprise du paiement des loyers ou d'une démarche en vue de l'apurement de la dette locative telle que la mise en place d'une mesure de FSL maintien, le dépôt d'un dossier de surendettement ou la mise en place d'un plan d'apurement. Toutefois, d'une part, le requérant, sur ce point, soutient, sans être aucunement contesté, qu'il a fait une demande de déclaration de surendettement et qu'il est aidé par cela par une assistante sociale. En tout état de cause, il est constant que M. A étant menacé d'expulsion au moment de la décision attaquée, et qu'il aurait dû être déclaré prioritaire et devant être logé en urgence, en application des dispositions précitées de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. Dès lors, ce second motif de la décision en litige est également illégal.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler à la fois la décision de la commission de médiation DALO du Var du 1er septembre 2022 ainsi que la décision de cette même commission prise le 19 novembre 2022 de rejet du recours gracieux du requérant.

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la commission de médiation DALO du Var de reconnaître M. A prioritaire et devant être logé en urgence, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

DECIDE

Article 1er : La décision de la commission de médiation DALO du Var du 1er septembre 2022 prise à l'encontre de M. A est annulée.

Article 2 : La décision de la commission de médiation DALO du VAR du 19 novembre 2022 prise à l'encontre du recours gracieux de M. A à l'encontre de la décision du 1er septembre 2022 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la commission DALO du Var de reconnaître M. A comme prioritaire et devant être relogé en urgence, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

F. BAILLEUX

La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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