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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202715

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202715

lundi 6 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantRICHER & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 septembre 2022 et 12 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Hollet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2022 par lequel le maire de La Garde s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société anonyme (SA) Total Energies Electricité et Gaz France afin d'installer des panneaux photovoltaïques en toiture d'un bâtiment implanté sur la parcelle cadastrée section AS n° 405 et située 715 avenue du 14 juillet 1789 sur le territoire communal, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de La Garde d'instruire à nouveau la déclaration préalable, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La Garde une somme de 2 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a intérêt pour agir ;

- les motifs tirés du non-respect des dispositions du règlement de la zone N du plan local d'urbanisme, du règlement de la zone rouge du plan d'exposition aux risques d'inondations et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme sont illégaux.

Par des mémoires en défense enregistrés les 9 décembre 2022, 20 février 2023 et 13 février 2024, la commune de La Garde, représentée par Me Richer, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à la SA Total Energies Electricité et Gaz France qui n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 4 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 30 juillet suivant à 12h00.

Par une lettre du 5 décembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la requête en raison du défaut d'intérêt pour agir du requérant dès lors qu'il n'est pas l'auteur de la déclaration préalable en litige et qu'il ne justifie ni de ses liens avec cet auteur ni de sa qualité de propriétaire du terrain d'assiette du projet.

Par une lettre du 10 décembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que, dans le cas où le tribunal annulerait l'arrêté attaqué, cette annulation serait susceptible d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction au maire de La Garde de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable en litige, et non pas seulement de procéder au réexamen de celle-ci.

Des observations et des pièces ont été enregistrées le 11 décembre 2024 pour M. A en réponse à la lettre du tribunal du 5 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 décembre 2024 :

- le rapport de M. Cros ;

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;

- les observations de Me Hollet pour M. A ;

- et les observations de Me Duvignau pour la commune de La Garde.

Considérant ce qui suit :

1. La SA Total Energies Electricité et Gaz France a déposé le 8 avril 2022 une déclaration préalable afin d'installer des panneaux photovoltaïques sur une surface de 16 m² en surimposition de la toiture d'un bâtiment implanté sur la parcelle cadastrée section AS n° 405 et située 715 avenue du 14 juillet 1789 sur le territoire de la commune de La Garde. Le maire s'y est opposé par un arrêté du 26 avril suivant. M. A demande l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé par lettre du 3 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué, qui mentionne sans être contredit que le terrain d'assiette du projet est classé en zone N, sous-zone Nlpn du plan local d'urbanisme (PLU) et en zone rouge, au regard du risque d'inondation, du plan d'exposition aux risques naturels prévisibles (PERNP) de mouvements de terrain et d'inondations annexé à ce PLU, repose sur trois motifs tirés de ce que le projet méconnaît les dispositions de l'article N1 du règlement du PLU, de l'article 1 du chapitre 1 du titre III du règlement du PERNP et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

3. En premier lieu, aux termes de l'article N1 du règlement du PLU de La Garde, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué : " Sont interdites les installations et constructions nouvelles quelle que soit leur destination à l'exception de celles autorisées ci-dessous () ". Selon l'article N2 du même règlement : " Tout changement de destination de constructions existantes quelle que soit leur destination actuelle ou future est interdit ".

4. Le projet consiste à installer des panneaux photovoltaïques sur la toiture d'un bâtiment existant. Il ne porte pas sur la création d'une installation ou construction nouvelle au sens de l'article N1 précité. Il s'agit de travaux sur une construction existante qui ne sont pas interdits par l'article N2. Dès lors, le motif tiré du non-respect du règlement du PLU est illégal.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1 du chapitre 1 du titre III du règlement du PERNP de mouvements de terrain et d'inondations applicable sur le territoire de la commune de La Garde, annexé au PLU de celle-ci : " Biens et activités existants (Zones R.IN.E) / 1.1 Sont interdits / - Tous travaux, constructions, installations, dépôts et activités, de quelque nature qu'ils soient à l'exception de ceux visés ci-après : / 1.2 Sont admis / - Les travaux d'entretien et de gestion normaux de constructions et installations implantées antérieurement à la publication du présent plan, à condition de ne pas aggraver les inondations et leurs effets () ".

6. Aux termes de l'article L. 151-43 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme comportent en annexe les servitudes d'utilité publique affectant l'utilisation du sol et figurant sur une liste dressée par décret en Conseil d'Etat ". Selon l'article R. 151-51 du même code : " Les annexes au plan local d'urbanisme comprennent () les servitudes d'utilité publique affectant l'utilisation du sol appartenant aux catégories figurant sur la liste annexée au présent livre mentionnées à l'article L. 151-43 () ". Aux termes de l'annexe au livre Ier de ce code : " Liste des servitudes d'utilité publique mentionnées [à l'article] R. 151-51 () / Liste des servitudes d'utilité publique affectant l'utilisation du sol : / () IV. - Servitudes relatives à la salubrité et à la sécurité publiques / () B. - Sécurité publique. / () Plans de prévention des risques naturels prévisibles établis en application de l'article L. 562-1 du code de l'environnement () / Documents valant plans de prévention des risques naturels prévisibles en application de l'article L. 562-6 du code de l'environnement () ", lequel dispose que " Les plans d'exposition aux risques naturels prévisibles approuvés () valent plan de prévention des risques naturels prévisibles () ".

7. Le projet, qui se borne à installer des panneaux photovoltaïques sur le toit d'une construction existante, peut être regardé comme portant sur des " travaux de gestion normaux d'une construction " au sens du paragraphe 1.2 de l'article 1 du chapitre 1 du titre III du règlement du PERNP. De plus, la commune de La Garde, à laquelle il appartient de justifier du bien-fondé de son motif d'opposition, n'apporte aucun élément ni même ne soutient de façon précise que cette construction existante n'aurait pas été implantée antérieurement à la publication dudit PERNP, publication dont elle ne précise même pas la date. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un tel projet de travaux en toiture serait de nature à aggraver les inondations et leurs effets. Par suite, le projet entre dans le champ des travaux admis par le paragraphe 1.2 précité et ne méconnaît pas le règlement du PERNP. Dès lors, ce motif d'opposition est également illégal.

8. En dernier lieu, selon l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

9. En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, l'autorisation d'urbanisme ne peut être refusée que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande, d'accorder l'autorisation en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

10. La seule circonstance que le terrain d'assiette du projet est classé en zone rouge du PERNP, définie par le règlement de ce dernier comme " très exposée " au risque d'inondation, ne suffit pas à démontrer que le projet d'installation de panneaux photovoltaïques sur la toiture d'un bâtiment existant serait de nature à porter atteinte à la sécurité publique. La commune de La Garde n'apporte aucun élément susceptible de démontrer une telle atteinte. Par suite, ce motif d'opposition est entaché d'erreur d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté attaqué, dont l'ensemble des motifs sont illégaux, doit être annulé, de même que la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par M. A contre cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration préalable après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

13. Ainsi qu'il a été dit précédemment, tous les motifs opposés à la déclaration préalable litigieuse sont illégaux. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un autre motif non relevé par la commune ou un changement des circonstances de fait ferait obstacle au projet. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire de La Garde de prendre une décision de non-opposition à déclaration préalable, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de La Garde demande sur ce fondement. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune une somme de 1 500 euros à verser au requérant au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 avril 2022 par lequel le maire de La Garde s'est opposé à la déclaration préalable de la SA Total Energies Electricité et Gaz France, ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par M. A contre cet arrêté, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de La Garde de délivrer à la SA Total Energies Electricité et Gaz France un arrêté de non-opposition à déclaration préalable, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de La Garde versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de La Garde au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de La Garde et à la SA Total Energies Electricité et Gaz France.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2025.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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