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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202739

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202739

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202739
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantROI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la requête de Mme B, qui contestait le refus du maire du Lavandou de lui verser l'aide à la reprise ou à la création d'entreprise (ARCE). Le tribunal a jugé que la démission de Mme B, motivée par une perte de revenus, ne pouvait être assimilée à une perte involontaire d'emploi au sens de l'article L. 5424-1 du code du travail, rendant la décision de refus légale. Les conclusions indemnitaires de la requérante ont été déclarées irrecevables faute de demande préalable auprès de la commune, conformément à l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 octobre 2022, Mme A B, représentée par Me Hollet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 septembre 2022 par laquelle le maire de la commune du Lavandou a rejeté sa demande de versement de l'aide à la reprise ou à la création d'entreprise ;

2°) de condamner la commune du Lavandou à lui verser la somme de 13 091, 23 euros, correspondant au montant de l'aide, ainsi que les intérêts au taux légal, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

3°) de condamner la commune du Lavandou à lui verser une indemnité de 3 000 euros, en réparation de son préjudice financier ;

4°) de mettre à la charge de la commune du Lavandou la somme de 2 400 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision méconnaît les dispositions de l'article R. 5424-2 du code du travail ;

- elle porte atteinte à ses droits de perception de l'aide ;

- le mauvais vouloir de la commune est constitutif d'une faute, de nature à engager sa responsabilité ;

- elle peut prétendre à la réparation d'un préjudice financier.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 janvier et 5 octobre 2023, la commune du Lavandou, représentée par Me Roi, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions indemnitaires relatives au préjudice financier sont irrecevables, en l'absence de demande préalable, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le décret n° 2019-797 du 26 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hélayel, conseiller,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public ;

- les observations de Me Hollet, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, née le 19 juillet 1983, a été nommée, par arrêté du 4 juillet 2016, régisseur titulaire de la régie de recettes et d'avances du foyer des anciens du centre communal d'action sociale de la commune du Lavandou. Par un courrier remis le 27 novembre 2020, elle a démissionné de ses fonctions, avec effet au 1er février 2021. Le 5 janvier 2022, elle a demandé au maire de la commune du Lavandou le bénéfice de l'aide à la reprise ou à la création d'entreprise. Par un courrier du 21 février 2022, le maire de la commune l'a informée de ce qu'elle était éligible à un premier versement de cette aide, pour un montant de 6 545,61 euros. Néanmoins, par une décision du 13 septembre 2022, le maire a finalement édicté une décision de rejet de sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article L. 5424-1 du code du travail dispose que : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire ou en cas de cessation d'un commun accord de leur relation de travail avec leur employeur, et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : / 1° Les agents fonctionnaires et non fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics administratifs, les agents titulaires des collectivités territoriales ainsi que les agents statutaires des autres établissements publics administratifs ainsi que les militaires () ".

3. Aux termes de l'article 35 de l'annexe A du décret du 26 juillet 2019 relatif au régime d'assurance chômage : " Une aide à la reprise ou à la création d'entreprise est attribuée à l'allocataire qui justifie de l'obtention de l'exonération mentionnée à l'article L. 131-6-4 du code de la sécurité sociale. () ".

4. Pour rejeter la demande d'aide formulée par Mme B, le maire de la commune du Lavandou s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée avait démissionné de ses fonctions pour exercer un emploi dans le secteur privé et qu'il n'appartenait dès lors pas aux contribuables lavandourains de financer ses choix professionnels personnels. Ce faisant, le maire de la commune doit être regardé comme ayant abrogé la décision du 21 février 2022.

5. Il ressort des pièces du dossier que la démission de Mme B a été motivée par un changement d'affectation, entraînant une perte de revenus de 280 euros. Toutefois, ces seuls éléments ne permettent pas d'établir que cette démission pourrait être assimilée à une perte involontaire d'emploi, au sens des dispositions précitées, ce qui n'est d'ailleurs pas allégué. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porte atteinte à ses droits de perception de l'ARCE. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".

8. En l'absence de demande préalable indemnitaire adressée à la commune du Lavandou, celle-ci est fondée à soutenir que ces conclusions ont été présentées en méconnaissance des dispositions précitées. Il y a donc lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par la commune.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Lavandou, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'apparaît pas inéquitable de laisser à la charge de la commune du Lavandou les frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune du Lavandou présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune du Lavandou.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

M. David Hélayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

D. HELAYEL

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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