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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202803

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202803

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202803
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLEGAL PERFORMANCES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête N° 2202803 enregistrée le 11 octobre 2022 et des mémoires enregistrés les 29 septembre 2023 et 28 novembre 2023, Mme C F née E, Mme A F, M. B F et Mme D F, représentés par le cabinet d'avocats associés F et Houel-Tainguy, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 juin 2022 par laquelle le maire de la commune de Saint-Tropez a délivré à la SCI Méditerranée un permis de construire pour la construction d'un programme immobilier de 42 logements et d'une piscine sur un terrain situé au 76 route des Carles et cadastré section BH n° 293 et BH n°31 sur le territoire communal, pour une surface de plancher créée de 2 770 mètres carrés, et ensemble la décision explicite du maire de la commune de Saint-Tropez du 16 août 2022 de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Tropez et de la SCI Méditerranée une somme de 10 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils disposent d'un intérêt à agir à l'encontre de la décision attaquée car ils sont propriétaires d'une parcelle de terrain cadastrée section BH n°247 sur laquelle se trouve un mas d'habitation situé à proximité immédiate du terrain d'assiette du projet ; certains requérants y ont leur résidence principale et d'autres leur résidence secondaire ; M. B F exploite la parcelle de vignes et il est immatriculé à ce titre à la MSA Provence Azur ; les mesures prises par la commune pour canaliser le ruissellement des eaux pluviales sont insuffisantes ; aucune pièce du dossier ne permet d'affirmer l'absence d'aggravation de la situation en ce qui concerne le ruissellement des eaux pluviales ; la construction sera à l'origine d'un empiètement illicite sur leur propriété ;

- la décision attaquée est entachée d'une incompétence de son auteur en ce qu'il n'est pas apporté la preuve que le signataire de la décision disposait d'une délégation de signature ayant fait l'objet d'une publication au recueil des actes administratifs ; la délégation de signature apportée par la commune est postérieure à la date de l'arrêté attaqué ;

- le dossier de demande de permis de construire est insuffisant en méconnaissance des dispositions des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme en ce que le service instructeur n'a pas été en mesure de vérifier la conformité avec les articles 6,7,8,9 et 10 du règlement du plan local d'urbanisme de juillet 2021 prescrivant les hauteurs des constructions, leur implantation par rapport aux voies et emprises publiques, par rapport aux limites séparatives, les unes par rapport aux autres, les emplacements et hauteurs des clôtures en mur plein ;

- plusieurs documents exigés par les dispositions des articles L. 421-1 et R. 421-1 et suivants du code de l'urbanisme n'ont pas été joints au dossier de demande de permis de construire ;

- en ce qui concerne le bilan énergétique, le dossier ne comporte pas un formulaire par bâtiment et toutes les pages de ce document ne sont pas signées, alors qu'elles auraient dû l'être ; il en va de même pour le formulaire attestant la prise en compte de la réglementation thermique ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme ; les documents requis par ces dispositions sont absents ou incomplets et non signés par la personne compétente ; l'insuffisance manifeste du dossier de demande de permis de construire avait été identifiée partiellement par l'architecte des bâtiments de France ; le dépôt de pièces complémentaires n'a pas remédié à ces insuffisances ; le plan de masse doit faire apparaître les côtes en 3 dimensions et il doit de plus faire apparaître les bâtiments existants avec leurs dimensions et emplacements exacts, les bâtiments à construire avec leurs dimensions et emplacements exacts projetés, les parties du terrain qu'il est prévu de creuser pour réaliser le projet, les arbres existants, ceux maintenus, devant être plantés ou supprimés, et l'emplacement pour le raccordement aux réseaux ;

- le plan de masse sommaire ne permet pas de vérifier que les constructions respecteront les règles d'implantation entre elles et par rapport aux constructions existantes, ni le branchement sur les réseaux ; les hauteurs sur le plan en coupe du terrain (PC3) sont illisibles ; il n'y a pas de profil du terrain avant et après les travaux contenant l'implantation des constructions par rapport au profil terrain ; le document graphique (PC6) ne permet pas d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement, en particulier par rapport aux constructions existantes ; le projet ne comprend aucune attestation d'un contrôleur technique tel que recommandé par les dispositions de l'article R. 431-16 e) du code de l'urbanisme en zone sismique ; aucune étude de prévention des risques n'a été faite par un professionnel ; l'étude du bilan énergétique doit comporter un formulaire par construction et cette étude doit comporter la signature à chacune de ses pages ; il en va de même concernant le formulaire d'attestation de réglementation thermique ;

- l'opération projetée présente les caractéristiques définies aux articles R. 421-19 et

R. 431-24 du code de l'urbanisme relevant de la procédure valant division ; une simple modification parcellaire est systématiquement soumise à un permis d'aménager à partir du moment où elle est située dans un site classé ou un espace sauvegardé ; la division prévoit de conserver une construction isolée existante au sud de la parcelle BH n°293 et cette parcelle sera desservie par une voie d'accès commune à celle des villas C à K ; ce lot résiduel n'a pas d'accès direct à la voie publique et le bénéficiaire n'a prévu aucune servitude ;

- le projet ne prévoit aucun stationnement, ni aucun parking visiteur, pour la villa située sur la parcelle BH n°293 au sud qui a fait l'objet de la division ; l'insuffisance du stationnement a systématiquement une incidence sur l'encombrement de la voie publique et sur l'environnement immédiat de la construction ; la précision faite par le maire de la commune dans la décision en litige n'a pas de caractère contraignant et il n'est donc pas certain que cette prescription sera respectée ;

- aucune pièce n'inventorie les plantations existantes dans leur ensemble ; l'administration n'a ainsi pas pu vérifier les plantations protégées ou non et qui auraient dû être conservées ou replantées à l'identique ;

- le réseau des eaux usées et des eaux pluviales débouche sur une parcelle de terre qui est la propriété des consorts F ; la représentation de cette parcelle qui figure sur la note hydraulique est erronée ; il s'agit d'un triangle et non d'un rectangle dont l'angle le plus étroit ne permet qu'une largeur de 1 mètre 50 insuffisante pour le passage des réseaux ; aucun des plans joints au dossier n'étant côté, il est impossible de vérifier cette présentation fallacieuse ; l'étude Veolia repose sur un plan des réseaux inexacts ; cette présentation du terrain est frauduleuse et nécessite l'annulation de la décision en litige ;

- le projet méconnait les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme en ce que le terrain serait situé dans une zone d'urbanisation diffuse située en discontinuité de l'urbanisation existante ; le moyen tel que soulevé par le préfet du Var dans son déféré préfectoral n°2203266 joint à la présente requête est repris dans les mêmes termes par les requérants ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article UD 2 du règlement du plan local d'urbanisme qui limitent l'emprise au sol maximale des constructions à 12 % de la superficie totale de l'unité foncière ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme car il n'est pas démontré que les constructions édifiées sur la parcelle cadastrée section BH n°293 l'aient été de manière régulière ;

- les côtes du plan de masse A1 du 5 novembre 2021 des constructions à démolir sont illisibles.

Par des mémoires en défense enregistrés les 3 juillet 2023 et 20 novembre 2023, la commune de Saint-Tropez, représentée par Me Antoine, conclut à titre principal au rejet de la requête, et à titre subsidiaire à ce qu'il soit prononcé un sursis à statuer afin de permettre au bénéficiaire d'obtenir un permis de construire modificatif régularisant l'éventuel vice dont le permis initial serait entaché, et en tout état de cause à ce qu'il soit mis à la charge solidaire des requérants une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête sont soit infondés soit inopérants.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2023, la SCI Méditerranée, représentée par Me Baudino conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête sont soit infondés soit inopérants.

Par une ordonnance en date du 30 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 janvier 2024 à 12 heures.

Un mémoire présenté par Me Antoine pour la commune de Saint-Tropez le

22 décembre 2022 n'a pas été communiqué en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Un mémoire présenté par le cabinet d'avocats associés F et Houel-Tainguy pour les requérants le 22 décembre 2022 n'a pas été communiqué en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

II- Par un déféré préfectoral n°2203266 enregistré le 21 novembre 2022, le préfet du Var demande au tribunal :

- d'annuler la décision du 10 juin 2022 par laquelle le maire de la commune de Saint-Tropez a délivré à la SCI Méditerranée un permis de construire pour la construction d'un programme immobilier de 42 logements et d'une piscine sur un terrain situé au 76 route des Carles et cadastré section BH n° 293 et BH n°31 sur le territoire communal, pour une surface de plancher créée de 2 770 mètres carrés.

Il soutient que :

- il était en mesure de déférer l'acte devant le tribunal administratif, en application des dispositions de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales car un doute sur la légalité de cet acte existait ;

- un recours gracieux contre la décision attaquée a été fait le 17 août 2022 au maire de la commune de Saint-Tropez, reçu en mains propres le même jour ; le présent déféré est recevable car il a été introduit dans le délai de recours contentieux ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme car le terrain n'est pas situé en continuité du village de Saint-Tropez mais dans un secteur d'habitat diffus ; en outre, le projet d'implantation de 11 bastides contribuera à créer une surface de plancher trois fois plus importante que celle existant sur les parcelles actuelles ; le terrain est situé en discontinuité de l'urbanisation existante ; une propriété au nord composée d'une habitation et de champs d'une surface de 33 000 mètres carrés sépare le terrain d'assiette du projet de l'urbanisation au nord ; à l'est il existe une cave coopérative sur deux parcelles de terrain classées en zone UD2b du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Tropez ; au sud se trouve la route des Plages, qui crée une coupure d'urbanisation, l'urbanisation qui se trouve au sud de cette route des Plages étant située au sein de la commune de Gassin ; les constructions projetées sont situées entre 31 et 183 mètres des constructions existantes ; l'opération est donc située en zone d'habitat diffus.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 février 2023, la commune de Saint-Tropez, représentée par Me Antoine, conclut au rejet du déféré, et demande à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que l'unique moyen soulevé par le préfet du Var n'est pas fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 février 2023, la SCI Méditerranée conclut au rejet du déféré et demande qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'unique moyen soulevé par le préfet du Var et tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme n'est pas fondé.

Par ordonnance du 25 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 juin 2023 à

12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 février 2024 :

- le rapport de M. Bailleux ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- les observations de Me Houel pour les consorts F ;

- les observations de Me Baudino pour la SCI Méditerranée ;

- les observations de Me Boiron-Bertrand pour la commune de Saint-Tropez ;

- et les observations de Me Tremouilles pour la SCI Méditerranée.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°2202803 et n°2203266 portent sur la même décision et présentent des questions à juger communes. En outre, elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de joindre ces deux requêtes pour y statuer par une seule et même décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa version antérieure à la loi ELAN, applicable à l'espèce aux demandes de permis de construire déposées avant le 31 décembre 2021 : " L'extension de l'urbanisation se réalise soit en continuité avec les agglomérations et villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement ".

3. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du

3 janvier 1986 relative à l'aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral dont elles sont issues, que le plan local d'urbanisme d'une commune littorale peut prévoir l'extension de l'urbanisation soit en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, soit en délimitant une zone destinée à l'accueil d'un hameau nouveau intégré à l'environnement. Toutefois, l'exigence de continuité étant directement applicable aux autorisations d'occupation ou d'utilisation du sol, l'autorité administrative qui se prononce sur une demande d'autorisation d'urbanisme dans une commune littorale doit vérifier, à moins que le terrain d'assiette du projet soit situé dans une zone destinée à l'accueil d'un hameau nouveau intégré à l'environnement, si, à la date à laquelle elle statue, l'opération envisagée est réalisée " en continuité avec les agglomérations et villages existants ", et ce alors même que le plan local d'urbanisme, en compatibilité avec les orientations des schémas de cohérence territoriale et des schémas de secteur ou, en l'absence de ces schémas, avec les dispositions particulières au littoral du code de l'urbanisme, le cas échéant précisées, sous les réserves précédemment indiquées, par une directive territoriale d'aménagement ou par un document en tenant lieu, aurait ouvert à l'urbanisation la zone dans laquelle se situe le terrain d'assiette.

4. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet a été classé en zone UD2 du plan local d'urbanisme en vigueur sur la commune, qui correspond à la deuxième couronne périphérique résidentielle. En outre, ainsi que le fait valoir la commune, le terrain d'assiette du projet est inclus au sein de l'agglomération de la commune de Saint-Tropez, telle que matérialisée sur l'extrait du rapport de présentation du plan local d'urbanisme en vigueur en page 36, produit à l'instance. Par ailleurs, ainsi que le fait valoir la commune sur ce point, les deux parcelles sur lesquelles doit s'implanter le projet litigieux sont actuellement toutes deux déjà bâties.

5. Toutefois, ainsi que le fait valoir le préfet du Var dans ses écritures, le terrain d'assiette du projet est séparé de la zone dense d'urbanisation située au nord de la parcelle par la vaste parcelle cadastrée section BH n°247 d'une superficie de 33 421 mètres carrés et appartenant aux consorts F, requérants de la requête n°2202803. Il ressort en outre des vues Geoportail, accessibles tant au juge qu'aux parties, que l'espace entourant les parcelles litigieuses constituent un espace d'environ 53 000 mètres carrés et ne supportent que 5 constructions. Il ressort en outre du plan de zonage du plan local d'urbanisme actuellement en vigueur sur le terrain d'assiette du projet que cet espace est un espace intermédiaire à dominante agricole et naturelle, le terrain d'assiette étant d'ailleurs largement boisé, et dont la moitié de la superficie est recouverte d'éléments de paysage à protéger (EPP) au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme. L'Architecte des Bâtiments de France (ABF) a en outre indiqué lui-même dans son avis favorable du 15 avril 2022 que le terrain est situé au sein de paysages agricoles préservés.

6. En outre, bien qu'au sud du projet se trouve une cave coopérative, située sur la parcelle cadastrée section BH n°261, qui peut être prise en compte au titre de l'urbanisation pour apprécier la continuité avec les agglomérations et villages existants, il ressort toutefois des vues Geoportail que cette cave coopérative est isolée et n'est pas située elle-même en continuité de l'agglomération et des villages existants.

7. Il ressort également des pièces du dossier qu'une urbanisation dense existe de l'autre côté de la route des Plages, en partie située sur la commune de Saint-Tropez et également sur la commune de Gassin. Si le fait que des constructions constitutives d'une urbanisation dense seraient situées sur le territoire d'une autre commune n'a pas d'incidence sur l'appréciation de la continuité du projet avec ces constructions, contrairement à ce que fait valoir le préfet du Var sur ce point, il ressort toutefois des pièces du dossier que les futures constructions situées sur le terrain d'assiette du projet ne seront pas situées en continuité de cette urbanisation dense car d'une part une partie de la parcelle cadastrée section BH n°247 sur laquelle se trouvent les vignes appartenant aux requérants s'interpose entre ces futures constructions et cette urbanisation dense située de l'autre côté de la route des Plages, et d'autre part la parcelle cadastrée section BH n°293, sur laquelle seront implantées les futures constructions, sera en contact avec cette urbanisation via une bande de terrain de forme rectangulaire située au sud-ouest de la parcelle en litige, sur laquelle seront présentes les canalisations de raccordement aux réseaux publics d'évacuation des eaux de pluie et des eaux usées. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'accès au projet se fera depuis la route des Carles, à l'est du projet, et non sur la route des Plages située à l'ouest du projet.

8. Enfin, si la société pétitionnaire invoque les objectifs du DOO du SCoT des cantons de Grimaud et de Saint-Tropez qui, dans sa version approuvée le 2 octobre 2019 identifierait le terrain d'assiette du projet comme étant en continuité de l'agglomération tropézienne, cet élément n'est d'une part pas manifeste étant donné l'échelle utilisée pour la réalisation des documents graphiques du SCOT, qui ne permet pas de descendre au niveau de détail de la parcelle. D'autre part, cet argument est inopérant dans la mesure où le caractère exécutoire de ce document a été suspendu par le préfet du Var. Enfin, ce document ne saurait être pris en compte pour apprécier la légalité d'autorisations d'urbanisme par rapport à la loi Littoral en l'absence de prise en compte de la loi ELAN, en particulier pour les autorisations d'urbanisme déposées avant le 31 décembre 2021.

9. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que le préfet du Var dans le déféré n°2203266 et les requérants dans la requête n°2202803 sont fondés à soutenir que le projet en litige n'est pas situé en continuité des villages et agglomérations, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme doit être accueilli, ce qui conduira à l'annulation de la décision litigieuse du 10 juin 2022.

10. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués dans la requête n°2202803 et dans le déféré préfectoral n°2203266 n'est fondé à annuler la décision litigieuse du 10 juin 2022.

11. Par ailleurs, pour l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, le vice mentionné au point 8 n'est pas susceptible d'être régularisé.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Tropez la somme globale de 1 000 euros à verser aux requérants, ainsi qu'à la charge de la SCI Méditerranée la somme globale de 1 000 euros à verser aux requérants, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions formulées par la commune de Saint-Tropez et par la SCI Méditerranée, parties perdantes dans les présentes instances, doivent être rejetées sur le même fondement.

DECIDE

Article 1er : La décision susvisée du 10 juin 2022 par laquelle le maire de la commune de Saint-Tropez a délivré à la SCI Méditerranée un permis de construire pour la construction d'un programme immobilier de 42 logements et d'une piscine sur un terrain situé au 76 route des Carles et cadastré section BH n° 293 et BH n°31 sur le territoire communal est annulée.

Article 2 : Le rejet explicite du recours gracieux des consorts F dans la requête n°2202803 du 16 août 2022 est annulé.

Article 3 : La commune de Saint-Tropez versera à Mme C F née E, Mme A F, M. B F et Mme D F, la somme globale de 1 000 euros (mille euros) sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La SCI Méditerranée versera à Mme C F née E, Mme A F, M. B F et Mme D F, la somme globale de 1 000 euros (mille euros) sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Saint-Tropez et de la SCI Méditerranée formulées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente décision sera notifiée à M. B F en qualité de représentant unique pour l'ensemble des requérants de l'instance n° 2202803, au préfet du Var, à la SCI Méditerranée et à la commune de Saint-Tropez.

Copie sera transmise au procureur de la République près le Tribunal Judiciaire de Draguignan en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

Le président,

Signé :

J-M PRIVATLa greffière,

Signé :

F. POUPLY

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière., 2203266

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