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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2202899

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2202899

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2202899
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCHASSANY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 24 octobre 2022 et 1

4 février 2023, Mme A B, représentée par Me Palerm, demande au tribunal :

1°) d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur n°40779712733 du 20 septembre 2022 pour un montant de 5 832,12 euros émis par le service de gestion comptable de Saint-Cyr sur Mer ;

2°) d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur n°40779712633 du 20 septembre 2022 pour un montant de 2 737,70 euros émis par le service de gestion comptable de Saint-Cyr sur Mer;

3°) de la décharger de l'obligation de payer ces sommes ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Castellet et la Régie autonome de la Bergerie la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que ses conclusions sont dirigées sur le bien fondé de la créance et qu'elle n'est pas tardive dès lors que l'administration ne justifie pas lui avoir notifié les voies et délais de recours ;

- les sommes demandées ne correspondent pas aux montants mentionnés au sein de la convention précaire qu'elle a signée et qu'il a été fait application du bail civil non signé par elle ;

- la régularisation des consommations d'eau et d'électricité sur la période du 1er décembre 2019 au 31 décembre 2020 contreviendrait à la convention précaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2023, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la juridiction administrative est incompétente pour statuer sur les conclusions à fin d'annulation des saisies administratives à tiers détenteur.

- il n'est pas compétent pour défendre sur la légalité de ces décisions.

Par ordonnance du 7 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 mars 2024 à 12 heures.

Par un courrier du 20 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative dès lors que ce litige, né du rapport entre un service public industriel et commercial et un usager, qui est un rapport de droit privé, relève de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Karbal, rapporteur,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Me Palerm représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B est résidente du domaine de la Bergerie sur la commune du Castellet et en occupe l'emplacement n°529. La société civile foncière du domaine de la Bergerie ayant été placée en liquidation judiciaire, la commune du Castellet a proposé aux occupants du domaine de la Bergerie une convention d'occupation précaire d'une durée de 3 ans à compter du 1er décembre 2019 afin de résoudre le problème de gestion posé par le placement en liquidation judiciaire de la société civile foncière du domaine de la Bergerie. Par deux saisies administratives à tiers détenteur émis le 20 septembre 2022 à son encontre, la régie autonome de la Bergerie lui réclame la somme de 8 569,82 euros.

Sur la compétence du tribunal administratif :

2. Aux termes de l'article L. 2224-11 du code général des collectivités territoriales : " Les services publics d'eau et d'assainissement sont financièrement gérés comme des services à caractère industriel et commercial ". L'article R. 2224- 19 du même code dispose que : " Tout service public d'assainissement, quel que soit son mode d'exploitation, donne lieu à la perception de redevances d'assainissement établies dans les conditions fixées par les articles R. 2224-19-1 à R. 2224-19-11 ". L'article R. 2224-19-1 précise que : " Le conseil municipal ou l'organe délibérant de l'établissement public compétent pour tout ou partie du service public d'assainissement collectif ou non collectif institue une redevance d'assainissement pour la part du service qu'il assure et en fixe le tarif. Lorsque le service d'assainissement concerne à la fois l'assainissement collectif et l'assainissement non collectif, deux redevances distinctes sont instituées. Le budget annexe du service d'assainissement ou le budget commun d'eau et d'assainissement établi dans les conditions fixées par l'article L. 2224-6 ou l'état sommaire mentionné à l'article L. 2221-11 doivent faire apparaître dans un état complémentaire la répartition entre les opérations relatives respectivement à l'assainissement collectif et à l'assainissement non collectif. Le compte administratif doit faire apparaître de la même manière cette répartition () ". Enfin, selon l'article R. 2224-19-5 : " La redevance d'assainissement non collectif comprend une part destinée à couvrir les charges de contrôle de la conception, de l'implantation et de la bonne exécution et du bon fonctionnement des installations et, le cas échéant, une part destinée à couvrir les charges d'entretien de celles-ci. La part représentative des opérations de contrôle est calculée en fonction de critères définis par l'autorité mentionnée au premier alinéa de l'article R. 2224-19-1 et tenant compte notamment de la situation, de la nature et de l'importance des installations. Ces opérations peuvent donner lieu à une tarification forfaitaire. La part représentative des prestations d'entretien n'est due qu'en cas de recours au service d'entretien par l'usager. Les modalités de tarification doivent tenir compte de la nature des prestations assurées ".

3. Les litiges nés des rapports entre un service public industriel et commercial et ses usagers, qui sont des rapports de droit privé, relèvent de la compétence des juridictions judiciaires.

4. Le litige dont Mme B saisit le tribunal administratif concerne la refacturation des consommations d'eau et d'électricité. Ce litige, se rapportant au financement d'un service public industriel et commercial, est relatif aux rapports de droit privé entre ce service et un usager, de sorte qu'il n'est pas au nombre de ceux dont il appartient à la juridiction administrative de connaître. Il est loisible à Mme B, si elle s'y croit recevable et fondé, d'en saisir le tribunal judiciaire compétent.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme B, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la régie autonome de la Bergerie tendant à la condamnation de la requérante à la somme de 4.500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée comme présentée devant une juridiction incompétente.

Article 2 : La demande présentée par la régie autonome de la Bergerie sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la régie autonome de la Bergerie. Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

M. David Helayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

Z. KARBAL

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

A.CAILLEAUX

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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