lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2202909 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | GRIMALDI & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 23 octobre 2022, 14 janvier 2024, 12 février 2024, 10 mars 2024 et 21 avril 2024, l'association Val d'Issole Environnement, l'association France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d'Azur, l'association Comité d'intérêt local de Mazaugues et l'association Confédération Environnement Méditerranée, représentées par Me Aubret, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision implicite du 24 août 2022 par laquelle le préfet du Var a rejeté leur demande tendant, en premier lieu, à mettre en demeure la société par actions simplifiée (SAS) Provence Granulats de déposer une demande de dérogation au titre des dispositions du 4° du I de l'article L. 411-2 du code de l'environnement concernant l'ensemble des espèces protégées identifiées sur le site par les études faune/flore regroupées dans la synthèse établie par l'association Ligue pour la Protection des Oiseaux Provence-Alpes-Côte d'Azur (LPO-PACA) en vue de la réalisation de son projet de carrière, en deuxième lieu, à suspendre immédiatement la réalisation de ce projet et la poursuite des travaux jusqu'à ce qu'une décision soit prise sur cette demande de dérogation à la protection stricte des espèces et, en dernier lieu, à ordonner l'arrêt ou l'interdiction définitive des travaux et la remise en état du site, y compris pour les travaux de terrassement réalisés en 2021 et ceux d'une piste en juin 2022, en cas de refus de la SAS Provence Granulats de déposer la demande de dérogation dans le délai imparti par la mise en demeure ou en cas de rejet de cette demande ;
2°) en conséquence, à titre principal, d'une part, de mettre en demeure la SAS Provence Granulats de déposer, au titre des dispositions du 4° de l'article L. 411-2 du code de l'environnement, une demande de dérogation à la protection stricte des espèces protégées susceptibles d'être affectées par les travaux et l'exploitation de son projet de carrière, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard et, d'autre part, d'ordonner à la SAS Provence Granulats et à tous préposés ou ayants droits, à titre conservatoire et jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande de dérogation, la suspension des travaux de réalisation du projet de carrière ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Var de prendre ces mêmes mesures par arrêté, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, de nommer un expert aux fins :
- de réaliser une étude faune/flore pendant quatre saisons, répertoriant toutes les espèces présentes sur le périmètre d'exploitation de la carrière, en sous-sol, sur terre et dans les airs ;
- d'évaluer l'impact des travaux réalisés et le risque des travaux en cours et à venir sur toutes les espèces protégées pouvant être affectées par l'activité de la SAS Provence Granulats ;
- de conclure sur la nécessité de déposer une demande de dérogation ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat et de la SAS Provence Granulats une somme de 5 000 euros à verser à chaque requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 181-14 du code de l'environnement et ses dispositions réglementaires d'application en ce qu'elle refuse d'imposer à l'exploitant le dépôt d'une demande de dérogation à l'interdiction de détruire les espèces animales et végétales protégées et leurs habitats présents sur le site du projet au titre des dispositions du 4° du I de l'article L. 411-2 de ce code ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 411-1, L. 411-2, L. 171-7 et L. 171-8 du même code.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 novembre 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense enregistrés les 10 octobre 2023, 11 janvier 2024, 9 février 2024, 8 mars 2024 et 17 avril 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Provence Granulats, représentée par Me Grimaldi, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 7 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérantes sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable : les pièces jointes, non numérotées, doivent être écartées des débats, de sorte que les moyens ne sont manifestement pas assortis de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé ; le contentieux n'a pas été lié s'agissant des associations Val d'Issole Environnement, France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d'Azur et Confédération Environnement Méditerranée car seul le représentant de l'association Comité d'intérêt local de Mazaugues a signé la demande préalable ; le contentieux n'a pas été lié car les représentants des requérantes n'avaient pas qualité pour adresser la demande préalable du 24 juin 2022 ;
- les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- l'ordonnance n° 2017-80 du 26 janvier 2017 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 juin 2024 :
- le rapport de M. Cros ;
- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;
- les observations de Me Aubret pour les associations requérantes ;
- et les observations de Me Dubecq pour la SAS Provence Granulats.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 29 juin 2012, le préfet du Var a délivré à la SAS Provence Granulats, au titre de la législation des installations classées pour la protection de l'environnement, une autorisation d'exploiter une carrière à ciel ouvert de calcaire dolomitique ainsi qu'une installation de broyage, concassage, criblage et lavage des minéraux, sur une partie de la parcelle cadastrée section B n° 690, d'une superficie de 44,84 hectares et située au lieu-dit Le Caïre de Sarrasin sur le territoire de la commune de Mazaugues. Par un jugement n° 1202283, 1301639, 1301676 du 17 avril 2015, le tribunal administratif de Toulon a rejeté la requête formée par le département du Var contre cet arrêté mais a annulé ce dernier à la demande de l'association Confédération Environnement Méditerranée et de la commune de Mazaugues. Par un arrêt n° 15MA02516, 15MA03283 du 13 octobre 2017, la cour administrative d'appel de Marseille a annulé le jugement sur ce point et rejeté les demandes d'annulation présentées par l'association Confédération Environnement Méditerranée et la commune de Mazaugues. Par une décision n° 416553 du 26 septembre 2018, le Conseil d'Etat statuant au contentieux n'a pas admis le pourvoi en cassation formé par la commune. Ainsi, l'arrêté du 29 juin 2012 portant autorisation d'exploiter est devenu définitif.
2. Par une lettre du 24 juin 2022 reçue en préfecture le même jour par courriel et le 27 juin suivant par voie postale, les associations Val d'Issole Environnement, France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d'Azur, Comité d'intérêt local de Mazaugues et Confédération Environnement Méditerranée ont demandé au préfet du Var de faire usage des dispositions de l'article L. 171-7 du code de l'environnement afin, en premier lieu, de mettre en demeure la SAS Provence Granulats de déposer une demande de dérogation à l'interdiction de destruction d'espèces animales et végétales protégées au titre des dispositions du 4° du I de l'article L. 411-2 du code de l'environnement, en deuxième lieu, de suspendre immédiatement la réalisation du projet de carrière et la poursuite des travaux jusqu'à ce qu'une décision soit prise sur cette demande de dérogation " espèces protégées " et, en dernier lieu, d'ordonner l'arrêt ou l'interdiction définitive des travaux et la remise en état du site, y compris pour les travaux de terrassement réalisés en 2021 et ceux d'une piste en juin 2022, en cas de refus de l'exploitant de déposer la demande de dérogation ou en cas de rejet de celle-ci. Le préfet du Var a implicitement rejeté cette demande par une décision née le 24 août 2022. Les requérantes demandent principalement au tribunal d'annuler cette décision implicite de rejet.
Sur le cadre juridique du litige :
3. Aux termes de l'article 15 de l'ordonnance du 26 janvier 2017 relative à l'autorisation environnementale : " Les dispositions de la présente ordonnance entrent en vigueur le 1er mars 2017, sous réserve des dispositions suivantes : / 1° Les autorisations délivrées au titre () du chapitre II du titre Ier du livre V du code de l'environnement dans leur rédaction antérieure à la présente ordonnance () sont considérées comme des autorisations environnementales relevant du chapitre unique du titre VIII du livre Ier de ce code, avec les autorisations, enregistrements, déclarations, absences d'opposition, approbations et agréments énumérés par le I de l'article L. 181-2 du même code que les projets ainsi autorisés ont le cas échéant nécessités ; les dispositions de ce chapitre leur sont dès lors applicables, notamment lorsque ces autorisations sont contrôlées, modifiées, (), contestées () ".
4. L'arrêté préfectoral du 29 juin 2012 autorisant la SAS Provence Granulats à exploiter une carrière et une installation de traitement de matériaux a été délivré au titre des dispositions alors applicables de l'article L. 512-1 du code de l'environnement, faisant partie de la section 1 du chapitre II du titre Ier du livre V de ce code, relatives aux installations classées pour la protection de l'environnement soumises à autorisation. Dès lors, cet arrêté est considéré comme une autorisation environnementale soumise aux dispositions du chapitre unique du titre VIII du livre Ier du code de l'environnement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 171-7 du code de l'environnement : " I.-Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. Elle peut, en outre, ordonner le paiement d'une amende au plus égale à 45 000 € par le même acte que celui de mise en demeure ou par un acte distinct. / Elle peut, par le même acte ou par un acte distinct, suspendre le fonctionnement des installations ou ouvrages, l'utilisation des objets et dispositifs ou la poursuite des travaux, opérations, activités ou aménagements jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la déclaration ou sur la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification, à moins que des motifs d'intérêt général et en particulier la préservation des intérêts protégés par le présent code ne s'y opposent. / L'autorité administrative peut, en toute hypothèse, édicter des mesures conservatoires aux frais de la personne mise en demeure. / () II.-S'il n'a pas été déféré à la mise en demeure à l'expiration du délai imparti, ou si la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification est rejetée, ou s'il est fait opposition à la déclaration, l'autorité administrative ordonne la fermeture ou la suppression des installations ou ouvrages, la cessation de l'utilisation ou la destruction des objets ou dispositifs, la cessation définitive des travaux, opérations, activités ou aménagements et la remise des lieux dans un état ne portant pas préjudice aux intérêts protégés par le présent code () ".
6. En outre, aux termes de l'article L. 181-2 du code de l'environnement : " I.-L'autorisation environnementale tient lieu, y compris pour l'application des autres législations, des autorisations, enregistrements, déclarations, absences d'opposition, approbations et agréments suivants, lorsque le projet d'activités, installations, ouvrages et travaux relevant de l'article L. 181-1 y est soumis ou les nécessite : / () 5° Dérogation aux interdictions édictées pour la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats en application du 4° du I de l'article L. 411-2 () ". Selon l'article L. 181-3 de ce code : " () II. L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent également : / () 4° Le respect des conditions, fixées au 4° du I de l'article L. 411-2, de délivrance de la dérogation aux interdictions édictées pour la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, des espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, lorsque l'autorisation environnementale tient lieu de cette dérogation () ".
7. Enfin, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'environnement : " I. - Lorsqu'un intérêt scientifique particulier, le rôle essentiel dans l'écosystème ou les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, sont interdits : / 1° La destruction ou l'enlèvement des oeufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d'animaux de ces espèces ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur détention, leur mise en vente, leur vente ou leur achat ; / 2° La destruction, la coupe, la mutilation, l'arrachage, la cueillette ou l'enlèvement de végétaux de ces espèces, de leurs fructifications ou de toute autre forme prise par ces espèces au cours de leur cycle biologique, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur mise en vente, leur vente ou leur achat, la détention de spécimens prélevés dans le milieu naturel ; / 3° La destruction, l'altération ou la dégradation de ces habitats naturels ou de ces habitats d'espèces () ". Selon l'article L. 411-2 du même code : " I. - Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions dans lesquelles sont fixées : / 1° La liste limitative des habitats naturels, des espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées ainsi que des sites d'intérêt géologique, y compris des types de cavités souterraines, ainsi protégés ; / () 4° La délivrance de dérogations aux interdictions mentionnées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-1, à condition qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante, pouvant être évaluée par une tierce expertise menée, à la demande de l'autorité compétente, par un organisme extérieur choisi en accord avec elle, aux frais du pétitionnaire, et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle : / a) Dans l'intérêt de la protection de la faune et de la flore sauvages et de la conservation des habitats naturels ; / b) Pour prévenir des dommages importants notamment aux cultures, à l'élevage, aux forêts, aux pêcheries, aux eaux et à d'autres formes de propriété ; / c) Dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques ou pour d'autres raisons impératives d'intérêt public majeur, y compris de nature sociale ou économique, et pour des motifs qui comporteraient des conséquences bénéfiques primordiales pour l'environnement ; / d) A des fins de recherche et d'éducation, de repeuplement et de réintroduction de ces espèces et pour des opérations de reproduction nécessaires à ces fins, y compris la propagation artificielle des plantes ; / e) Pour permettre, dans des conditions strictement contrôlées, d'une manière sélective et dans une mesure limitée, la prise ou la détention d'un nombre limité et spécifié de certains spécimens () ".
8. La demande du 24 juin 2022 présentée par les requérantes au préfet du Var est expressément fondée sur les dispositions de l'article L. 171-7 du code de l'environnement. La première condition d'application de ce texte est que des installations ou ouvrages soient exploités, que des objets ou dispositifs soient utilisés ou que des travaux, opérations, activités ou aménagements soient réalisés. En l'espèce, il résulte de l'instruction qu'à la date du présent jugement, l'exploitation du projet de carrière n'a pas encore commencé. En revanche, des travaux préparatoires de défrichement, de terrassement et de création d'une piste d'accès ont été réalisés. Toutefois, la mise en œuvre de l'article L. 171-7 est encore subordonnée à la condition que ces travaux n'aient pas fait l'objet de l'autorisation requise en application du code de l'environnement. Tel n'est pas le cas en l'espèce, ainsi que l'opposent les défendeurs, puisque ces travaux ont été autorisés par l'arrêté préfectoral du 29 juin 2012 devenu autorisation environnementale au 1er mars 2017 et devenu définitif, alors même que cet arrêté ne comporte pas de dérogation à l'interdiction de destruction d'espèces protégées en application des dispositions combinées du 5° du I de l'article L. 181-2 et du 4° du I de l'article L. 411-2 du code de l'environnement. Dans ces conditions, dès lors que les travaux litigieux n'ont pas été réalisés sans autorisation au sens des dispositions de l'article L. 171-7 de ce code, le préfet du Var ne pouvait légalement faire droit à la demande des requérantes tendant à ce qu'il mette en œuvre les pouvoirs qu'il détient au titre de ces dispositions afin d'imposer à l'exploitant le dépôt d'une demande de dérogation " espèces protégées ". Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation des dispositions des articles L. 411-1, L. 411-2 et L. 171-7 du code de l'environnement doit être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 181-14 du code de l'environnement : " Toute modification substantielle des activités, installations, ouvrages ou travaux qui relèvent de l'autorisation environnementale est soumise à la délivrance d'une nouvelle autorisation, qu'elle intervienne avant la réalisation du projet ou lors de sa mise en œuvre ou de son exploitation. / En dehors des modifications substantielles, toute modification notable intervenant dans les mêmes circonstances est portée à la connaissance de l'autorité administrative compétente pour délivrer l'autorisation environnementale dans les conditions définies par le décret prévu à l'article L. 181-32. / L'autorité administrative compétente peut imposer toute prescription complémentaire nécessaire au respect des dispositions des articles L. 181-3 et L. 181-4 à l'occasion de ces modifications, mais aussi à tout moment s'il apparaît que le respect de ces dispositions n'est pas assuré par l'exécution des prescriptions préalablement édictées ". Selon l'article R. 181-50 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Les décisions mentionnées aux articles L. 181-12 à L. 181-15 peuvent être déférées à la juridiction administrative : / () 2° Par les tiers intéressés en raison des inconvénients ou des dangers pour les intérêts mentionnés à l'article L. 181-3 () ". Aux termes de l'article R. 181-52 de ce code : " Les tiers intéressés peuvent déposer une réclamation auprès du préfet, à compter de la mise en service du projet autorisé, aux seules fins de contester l'insuffisance ou l'inadaptation des prescriptions définies dans l'autorisation, en raison des inconvénients ou des dangers que le projet autorisé présente pour le respect des intérêts mentionnés à l'article L. 181-3. / Le préfet dispose d'un délai de deux mois, à compter de la réception de la réclamation, pour y répondre de manière motivée. A défaut, la réponse est réputée négative. / S'il estime la réclamation fondée, le préfet fixe des prescriptions complémentaires dans les formes prévues à l'article R. 181-45 ".
10. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 181-14 du code de l'environnement est inopérant dès lors que la demande présentée par les requérantes au préfet du Var n'est pas fondée sur ces dispositions. En tout état de cause, il résulte de la combinaison des dispositions précitées qu'antérieurement à la mise en service du projet autorisé, les tiers intéressés ne peuvent pas demander au préfet d'imposer, en application de l'article L. 181-14, des prescriptions complémentaires à celles qu'il avait préalablement édictées, ni au demeurant contester son éventuel refus devant le juge administratif. En l'espèce, il est constant que le projet de carrière autorisé par l'arrêté du 29 juin 2012 n'a pas encore été mis en service. Par suite, les requérantes ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions précitées de cet article L. 181-14.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 171-8 du code de l'environnement : " I.-Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. En cas d'urgence, elle fixe, par le même acte ou par un acte distinct, les mesures nécessaires pour prévenir les dangers graves et imminents pour la santé, la sécurité publique ou l'environnement. / II.-Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, aux mesures d'urgence mentionnées à la dernière phrase du I du présent article ou aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l'article L. 171-7, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : / () 3° Suspendre le fonctionnement des installations ou ouvrages, l'utilisation des objets et dispositifs, la réalisation des travaux, des opérations ou des aménagements ou l'exercice des activités jusqu'à l'exécution complète des conditions imposées et prendre les mesures conservatoires nécessaires, aux frais de la personne mise en demeure () ".
12. Le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement est inopérant dès lors que la demande présentée au préfet n'était pas fondée sur ces dispositions. En toute hypothèse, les requérantes ne précisent pas en quoi ces dispositions seraient méconnues, notamment quelles prescriptions n'auraient pas été observées.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les requérantes ne sont pas fondées à demander l'annulation de la décision implicite du 24 août 2022 par laquelle le préfet du Var a rejeté leur demande. Par conséquent, leurs conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la SAS Provence Granulats.
Sur les conclusions accessoires aux conclusions à fin d'annulation :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérantes, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par conséquent, les conclusions à fin de mise en demeure, de suspension, d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
15. Par ailleurs, compte tenu du motif du rejet de la demande d'annulation, il n'y a pas lieu d'ordonner l'expertise sollicitée par les requérantes.
Sur les frais liés au litige :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chaque partie la charge de ses frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête des associations Val d'Issole Environnement, France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d'Azur, Comité d'intérêt local de Mazaugues et Confédération Environnement Méditerranée est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la SAS Provence Granulats au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Val d'Issole Environnement, à l'association France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d'Azur, à l'association Comité d'intérêt local de Mazaugues, à l'association Confédération Environnement Méditerranée, au préfet du Var et à la société par actions simplifiée Provence Granulats.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros, premier conseiller,
M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
F. CROS
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
G. BODIGER
La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026