vendredi 5 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2202924 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Aide sociale |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 octobre 2022, et un mémoire enregistré le 12 février 2024, M. B E et Mme D E, représentés par Me Habib, avocate, demandent au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 août 2022 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du Var a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de rejet de leur demande de carte mobilité inclusion (CMI) mention stationnement pour leur enfant A et de leur délivrer ladite carte.
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
-la décision n'est pas motivée ;
-les conditions pour obtenir une CMI stationnement sont remplies compte tenu de l'état de santé de leur fille qui demande des soins réguliers avec de nombreux déplacements en voiture, qui la fatiguent et entraînent des crises de violence ; une CMI stationnement permettrait de limiter les déplacements en permettant à sa mère qui l'accompagne de pouvoir bénéficier des places réservées aux personnes en situation de handicap.
Par un courrier du 23 novembre 2023, le département du Var a été mis en demeure de produire ses observations en défense dans un délai de deux mois, en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, le Département du var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
-le moyen tiré du défaut de motivation est inopérant ;
-les difficultés rencontrées par la fille des requérants ne sont pas de nature à justifier l'attribution d'une CMI stationnement, dès lors qu'elle ne se trouve pas dans une situation d'incapacité motrice pour se déplacer.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
-le code de l'action sociale et des familles ;
- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme F.
La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1.M. et Mme E, parents d'une enfant née en octobre 2018 et en situation de handicap, ont sollicité une carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées " auprès du président du conseil départemental du Var. Par décision du 21 avril 2022, cette demande a été rejetée. Le recours administratif préalable obligatoire présenté contre ce refus a été rejeté le 25 août 2022. Par la présente requête, M. et Mme E demandent l'annulation de la décision du 25 août 2022 et l'octroi de la carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées ".
2. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " I. -La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. / () / La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. / () / La mention " stationnement pour personnes handicapées " permet à son titulaire ou à la tierce personne l'accompagnant d'utiliser, à titre gratuit et sans limitation de la durée de stationnement, toutes les places de stationnement ouvertes au public. / () / V bis. - () Les décisions prises par le président du conseil départemental sur le fondement du présent article peuvent faire l'objet d'un recours devant le juge administratif lorsque la demande concerne la mention " stationnement " de la carte. (). ".
3. Aux termes de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles : " () IV. - Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté () définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur. ". Aux termes de l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou- la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur ; - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; (). 2. Critère relatif à l'accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : Ce critère concerne les personnes atteintes d'une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu'elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière. Concernant les enfants il convient de faire référence à un enfant du même âge sans déficience. S'agissant des personnes présentant une déficience sensorielle, l'accompagnement doit être nécessaire pour effectuer le déplacement lui-même et s'imposer par le risque d'une mise en danger () ".
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociales, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre partie à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.
5. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut de motivation de refus opposé à M. et Mme E ne peut être utilement invoqué. Par suite il doit être écarté comme inopérant.
6. Il résulte de l'instruction que A E, souffre de strabisme divergent et de retards de développement importants qui nécessitent des soins très réguliers, notamment auprès d'une orthophoniste, d'une psychologue et d'un psychomotricien. Le certificat médical joint, établi le 17 mai 2022, pour être joint à la demande de CMI mention stationnement pour personnes handicapées, mentionne que le strabisme divergent de l'enfant impacte sa motricité et surtout sa marche, fait également état de difficultés à se déplacer, d'un périmètre de marche limité à une centaine de mètres, et de l'usage de la poussette pour pallier ces difficultés. En outre, il résulte de la consultation médicale réalisée le 26 janvier 2023, qui ne se prononce pas sur la CMI stationnement, que l'état médical de l'enfant présente une situation assimilable à une station debout pénible, le médecin ayant relevé par ailleurs lors de discussion avec la mère que " les déplacements sont complexes ". Ainsi, l'altération des fonctions sensorielles et psychiques A E sont telles que cette dernière n'est pas actuellement, à la date de la présente décision, en mesure de marcher comme le ferait un enfant du même âge, sans handicap. Son état nécessite donc d'être accompagnée dans ses déplacements par une tierce personne.
7.Ainsi, l'enfant des requérants remplit les conditions requises par les dispositions précitées de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles, complété par l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, pour la délivrance d'une carte mobilité inclusion, portant la mention " stationnement ". Par suite, la décision contestée du 25 août 2022 est annulée.
8.Il résulte de ce qui précède que le département du Var doit délivrer à M. et Mme E pour leur enfant A, une carte CMI " stationnement " pour une durée de deux ans, dans un délai de deux mois.
9. Les conclusions tendant à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros en l'application de l'article L761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas partie à l'instance.
D E C I D E:
Article 1er: La décision du 25 août 2022 est annulée.
Article 2: Le président du conseil départemental du Var délivrera à M. et Mme E une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", pour une durée de deux ans, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. B E et à Mme D E et au département du Var.
Copie en sera délivrée à la maison départementale des personnes handicapées du Var.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.
La présidente-raporteure,
Signé
M. FLa greffière,
Signé
G. GUTH
La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière,
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