lundi 26 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2203025 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Aide sociale |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 25 juin 2024, Mme D A, représentée par Me Bilitis David, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 septembre 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Var a rejeté son recours administratif contre une mise en demeure émise le 19 avril 2022 pour recouvrer la somme de 1 465,71 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active pour la période courant du 1er décembre 2014 au 31 décembre 2015 et à un indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour la période du 1er décembre 2015 au 31 décembre 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable au regard du délai de recours contentieux ;
- l'action en recouvrement des indus en litige était prescrite en application de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles ;
- la caisse d'allocations familiales du Var a commis une erreur dans l'appréciation de sa situation et le calcul de ses droits alors qu'elle a apporté tous les justificatifs nécessaires pour établir que les sommes réintégrées dans le calcul précité ne constituaient pas des revenus ;
- elle n'a pas eu connaissance du rapport d'enquête à l'origine des indus en litige ;
- elle n'a pas reçu de preuve de l'habilitation du contrôleur assermenté ;
- les services de la caisse d'allocation familiale du Var ne lui ont pas communiqué les bases et éléments de calcul de la dette dont il est demandé le remboursement ni les explications relatives à la répartition dans le montant réclamé entre la prime exceptionnelle de fin d'année et le revenu de solidarité active.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2023, la caisse d'allocations familiales du Var conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que l'action en recouvrement n'était pas prescrite et que les conclusions dirigées contre la mise en demeure de payer du 19 avril 2022 sont irrecevables dès lors qu'une telle mise en demeure ne revêt qu'un caractère d'acte préparatoire à la contrainte.
Par un mémoire enregistré le 11 juin 2024, le département du Var conclut à son incompétence pour défendre dans le cadre de la présente instance, seule la caisse d'allocations familiales du Var étant compétente en matière de prestations financées par l'Etat.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Mme B pour la caisse d'allocations familiales du Var.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après les observations de Mme B à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le 19 avril 2022, la caisse d'allocations familiales du Var a notifié à Mme A une mise en demeure portant sur un indu de revenu de solidarité active au titre de la période courant du 1er décembre 2014 au 31 décembre 2015 et un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de la période du 1er décembre 2015 au 31 décembre 2016, pour un montant total de 1 465,71 euros. Par sa requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 2 septembre 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Var a rejeté son recours administratif contre cette mise en demeure.
2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction alors applicable : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. / Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de revenu de solidarité active par retenues sur les montants à échoir. / () / L'article L. 161-1-5 du même code [code de la sécurité sociale] est applicable pour le recouvrement des sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active. () ". En outre, un versement indu de l'aide exceptionnelle attribuée à un allocataire du revenu de solidarité active au titre de cette allocation doit être regardé comme relevant des " sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active " au sens de ces dispositions.
3. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Selon le second alinéa de l'article R. 133-9-2 du même code, à l'expiration du délai de deux mois qui suit la décision de récupération ou notification de payer, ou après notification d'une décision de rejet du recours préalable obligatoire exercé par l'allocataire : " () le directeur de l'organisme créancier compétent, en cas de refus du débiteur de payer, lui adresse par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception une mise en demeure de payer dans le délai d'un mois qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement, les voies et délais de recours et le motif qui, le cas échéant, a conduit à rejeter totalement ou partiellement les observations présentées ". Enfin, aux termes de l'article R. 133-3 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 161-1-5 (), une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. La contrainte est notifiée au débiteur par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. La contrainte est signifiée au débiteur par acte d'huissier de justice ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. () / Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou pour les débiteurs domiciliés à l'étranger, au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort de l'organisme créancier par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ou de la signification. () ".
4. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'il constate un indu de revenu de solidarité active ou de prime d'activité, l'organisme chargé du service de la prestation ou de l'aide doit prendre une décision de récupération d'indu, motivée et notifiée au bénéficiaire de l'allocation, qui lui réclame le remboursement de la somme due et, le cas échéant, l'informe des modalités selon lesquelles cet indu pourra être récupéré par retenues sur les prestations à venir. Cette décision, qui fait grief, peut être contestée devant le tribunal administratif, après l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire. En l'absence de recours dans un délai de deux mois ou en cas de rejet de celui-ci, et sauf à ce que l'indu ait été remboursé, ait été récupéré par retenues sur les prestations à venir ou ait fait l'objet d'un titre exécutoire émis par l'ordonnateur de la personne publique pour le compte de laquelle la prestation est servie, l'organisme peut mettre l'allocataire en demeure de payer dans le délai d'un mois, puis, si cette mise en demeure reste sans effet dans ce délai, décerner une contrainte, laquelle est susceptible d'opposition devant le tribunal administratif dans le délai de quinze jours. Il suit de là qu'une telle mise en demeure, intervenant après la notification de la décision de récupération de l'indu, constitue un acte préparatoire à la contrainte qui pourra être émise si l'allocataire ne rembourse pas la somme due. Si l'allocataire peut utilement se prévaloir, à l'appui d'une opposition à contrainte, de l'irrégularité de la mise en demeure qui lui a été adressée, celle-ci ne présente pas, en revanche, le caractère d'une décision susceptible de recours.
5. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été exposé au point 1 du présent jugement, que le 19 avril 2022, la caisse d'allocation familiales du Var a mis en demeure Mme A de rembourser un indu de revenu de solidarité active au titre de la période courant du 1er décembre 2014 au 31 décembre 2015 et un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de la période du 1er décembre 2015 au 31 décembre 2016, pour un montant total de 1 465,71 euros. Mme A a alors formé le 27 juin 2022 un recours gracieux auprès de la caisse d'allocations familiales du Var pour contester cette mise en demeure. Toutefois, une telle mise en demeure, comme il a été dit au point 4 ci-dessus, constitue un acte préparatoire à la contrainte qui pourra être émise en cas d'absence de paiement des sommes dues par l'allocataire. Dès lors, ni cette mise en demeure ni par voie de conséquence le rejet du recours gracieux dirigé contre la mise en demeure ne sont des décisions susceptibles de faire l'objet d'une contestation contentieuse devant le tribunal administratif.
6. Il découle de ce qui précède que la requête de Mme A, tendant à l'annulation de la décision du 2 septembre 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Var a rejeté son recours administratif contre la mise en demeure émise le 19 avril 2022, est irrecevable, ainsi que le fait valoir en défense cette caisse. Elle doit, par suite, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au département du Var.
Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 août 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. CLa greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au préfet du Var et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
Le greffier,
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