vendredi 7 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2203119 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | GIMALAC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 15 novembre 2022 et 24 juillet 2024, M. A D, représenté par Me Doitrand, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision tacite née le 2 juillet 2022, ayant fait l'objet d'un certificat délivré le 15 septembre suivant, par laquelle le maire de Saint-Paul-en-Forêt ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par Mme B E afin de diviser en deux lots, dont un à bâtir, la parcelle cadastrée section F n° 462, située chemin des Bois sur le territoire communal ;
2°) de rejeter les conclusions reconventionnelles à fin d'indemnisation présentées par Mme E au titre des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul-en-Forêt et de Mme E une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les fins de non-recevoir opposées par Mme E ne sont pas fondées : la requête n'est pas tardive et il a intérêt pour agir ;
- le dossier de déclaration préalable est incomplet, en méconnaissance des dispositions des articles R. 441-9 et R. 441-10 du code de l'urbanisme ;
- le chemin d'accès est d'une largeur insuffisante, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-5 du même code ;
- le dossier de déclaration préalable est entaché de fraude quant à la qualité de Mme E pour déposer la déclaration préalable, en méconnaissance des dispositions des articles R. 441-9 et R. 423-1 de ce code.
Par des mémoires en défense enregistrés les 23 décembre 2022, 20 juin 2023 et 16 août 2024, Mme E, représentée par Me Gimalac, conclut au rejet de la requête, à la condamnation de M. D à lui verser la somme de 10 000 euros à titre de dommages et intérêts sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et à ce qu'une somme totale de 7 000 euros soit mise à la charge de M. D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable : elle est tardive et le requérant n'a pas intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Une mise en demeure a été adressée le 22 juin 2023 à la commune de Saint-Paul-en-Forêt qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 25 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 16 septembre suivant à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 janvier 2025 :
- le rapport de M. Cros ;
- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;
- les observations de Me Têtu pour M. D ;
- et les observations de Me Gimalac pour Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E a déposé le 18 février 2022 une déclaration préalable, complétée le 2 juin suivant, afin de diviser en deux lots, dont un à bâtir et l'autre déjà occupé par une maison individuelle à usage d'habitation, la parcelle cadastrée section F n° 462, d'une superficie de 2 307 m², située chemin des Bois au lieu-dit Les Bagarry sur le territoire de la commune de Saint-Paul-en-Forêt. A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai réglementaire d'instruction, le silence gardé par le maire a fait naître une décision tacite de non-opposition le 2 juillet 2022, dont il a délivré certificat à la déclarante le 15 septembre suivant. M. D demande l'annulation de cette décision tacite de non-opposition.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la qualité de la déclarante pour déposer la déclaration préalable :
2. Aux termes de l'article R. 441-9 du code de l'urbanisme : " La déclaration préalable () comporte () l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une déclaration préalable () ". Selon l'article R. 423-1 de ce code : " () les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux () ".
3. Il résulte de ces dispositions que les déclarations préalables doivent seulement comporter l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une déclaration préalable, la validité de l'attestation établie par le déclarant. Ainsi, sous réserve de la fraude, le déclarant qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa déclaration préalable. Lorsque l'autorité saisie d'une telle déclaration vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le déclarant ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de s'opposer à la déclaration préalable pour ce motif. La fraude est caractérisée lorsqu'il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a eu l'intention de tromper l'administration sur sa qualité pour présenter la demande d'autorisation d'urbanisme.
4. Il ressort des pièces du dossier qu'antérieurement à l'intervention de la décision de non-opposition en litige, Mme E avait déjà, de fait, procédé à la division de la parcelle d'assiette du projet en cédant le lot bâti (recadastré F 1049) à M. et Mme C selon un acte authentique de vente du 11 décembre 2018, pour ne conserver que la propriété du lot à bâtir (recadastré F 1050). Par conséquent, à la date de la décision attaquée, Mme E n'était plus propriétaire de la totalité de la parcelle d'assiette du projet, une partie de celle-ci appartenant à M. et Mme C. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait été autorisée par ces derniers à déposer la déclaration préalable. Par conséquent, en l'absence d'une telle autorisation, l'attestation de sa qualité pour déposer ladite déclaration, qu'elle a fournie en signant le formulaire Cerfa, est erronée. Toutefois, les époux C avaient nécessairement consenti à une telle division en acquérant une partie de la parcelle en cause, cette division étant expressément mentionnée en page 6 de l'acte de vente du 11 décembre 2018. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme E ait eu l'intention de tromper l'administration sur sa qualité pour présenter la déclaration préalable. La fraude n'est donc pas caractérisée. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la composition du dossier de déclaration préalable :
5. Aux termes de l'article R. 441-10 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan sommaire des lieux indiquant les bâtiments de toute nature existant sur le terrain ; / c) Un croquis et un plan coté dans les trois dimensions de l'aménagement faisant apparaître, s'il y a lieu, la ou les divisions projetées () ".
6. La circonstance que le dossier de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité la décision de non-opposition que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
7. En premier lieu, le dossier de déclaration préalable présenté par Mme E, qui comprend un plan de situation ainsi qu'un extrait cadastral et indique l'adresse ainsi que les références cadastrales de la parcelle d'assiette du projet, permettait de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune, conformément aux dispositions du a) de l'article R. 441-10 du code de l'urbanisme.
8. En second lieu, ce dossier comporte un plan de division, doté d'une légende et d'une échelle, qui fait apparaître avec suffisamment de précision la délimitation ainsi que la superficie des deux lots envisagés et, par suite, la division projetée. En particulier, la délimitation des lots par rapport à la parcelle cadastrée F 463 servant de chemin d'accès est précisément indiquée sur ce plan. Si M. D soutient que ce plan n'est pas coté dans les trois dimensions, il ne précise pas en quoi cette circonstance a pu fausser l'appréciation du maire sur la conformité du projet aux règles d'urbanisme. Dans ces conditions, les dispositions du c) de l'article R. 441-10 précité n'ont pas été méconnues.
9. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de déclaration préalable doit être écarté en toutes ses branches.
En ce qui concerne l'accès :
10. Aux termes de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic ".
11. Les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.
12. Il ressort des pièces du dossier que le projet est accessible, depuis la voie publique dénommée chemin des Bois, par un chemin privé ayant pour emprise la parcelle cadastrée F 463. Selon le procès-verbal dressé par un commissaire de justice le 1er décembre 2022, ce chemin présente une largeur comprise entre 7,40 mètres au débouché de la voie publique et 3,50 mètres à l'endroit le plus étroit. Il est carrossable et rectiligne hormis deux virages : un premier situé quelques mètres après ce débouché, où sa largeur est de 4 mètres, et le second à l'angle Sud-Est du lot à bâtir, où la largeur est de 5,70 mètres. Les plans joints à la déclaration préalable confirment que la largeur minimale est de 3,50 mètres. Enfin, ce chemin dessert, à l'état existant, trois maisons individuelles, à savoir le lot déjà bâti du projet ainsi que les maisons implantées sur les parcelles cadastrées F 460 et 461, et le projet ne prévoit de créer qu'un seul lot à bâtir, ce qui limite les flux supplémentaires de véhicules. Dans ces conditions, il n'est pas établi que les caractéristiques de ce chemin d'accès et notamment sa largeur seraient inadaptées au projet. Il n'est pas non plus démontré que ce chemin serait insuffisant pour permettre l'accès des véhicules d'incendie et de secours. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de l'accès en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les fins de non-recevoir opposées par Mme E.
Sur les conclusions reconventionnelles à fin d'indemnisation :
14. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts () ".
15. Les dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ne sont pas applicables au recours pour excès de pouvoir formé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable. Par suite, les conclusions reconventionnelles présentées sur ce fondement par Mme E ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chaque partie la charge de ses frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions reconventionnelles présentées par Mme E sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ainsi que ses conclusions formulées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à la commune de Saint-Paul-en-Forêt et à Mme B E.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Riffard, premier conseiller,
M. Cros, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.
Le rapporteur,
Signé
F. CROS
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
G. BODIGER
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026