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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2203217

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2203217

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2203217
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLEROY CHRISTELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2022, M. D C, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 octobre 2022 par lequel le préfet du Var lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var : à titre principal de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois, subsidiairement de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté préfectoral du 10 octobre 2022 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour est entaché d'un vice d'incompétence ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 10 du règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen, de l'article 21 de la loi du 18 mars 2003 pour la sécurité intérieure, ainsi que celles de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations du 2 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article 9 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et est entaché d'une erreur de fait.

La requête a été communiquée au préfet du Var qui a produit des pièces en défense, enregistrées le 11 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique ayant été, sur sa proposition, dispensée de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sauton, président ;

- et les observations de Me Leroy, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que ses précédentes écritures et fait valoir, en outre, qu'un titre de séjour a été délivré à son client et qu'il a bénéficié d'un non-lieu par ordonnance du juge d'instruction dans la procédure pénale le concernant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turc, a épousé Mme A B, de nationalité turque également, le 27 février 2017 en Turquie, et l'a rejointe en France le 6 mars 2017. Celle-ci a été naturalisée française par décret du 30 décembre 2019 et leur mariage a été transcrit dans le droit français le 17 janvier 2020. M. C s'est vu délivrer un titre de séjour " vie privée familiale " valable du 7 juin 2021 au 6 juin 2022.

2. Par arrêté en date du 10 octobre 2022, le préfet du Var a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. C au motif d'une menace pour l'ordre public. L'exécution de cet arrêté a été suspendue par ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Toulon. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". "

4. Lorsque l'administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.

5. Pour refuser la demande de titre de séjour de M. C, le préfet du Var, qui s'est fondé sur un unique motif tiré de la menace à l'ordre public que constituait le comportement du requérant, a relevé que ce dernier " s'était fait défavorablement connaître auprès des services de police et de gendarmerie, en 2022, pour être l'auteur de violence aggravée par 3 circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, administration de substance nuisible aggravée par 3 circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours et contrefaçon de marque ". Toutefois, d'une part la matérialité de ces faits n'est établie par aucune pièce. D'autre part, il ne ressort pas davantage du dossier que ces faits, à les supposer matériellement exacts, soient d'une gravité suffisante à conférer au maintien en France de l'intéressé le caractère d'une menace à l'ordre public. Par ailleurs, M. C, dont la communauté de vie avec une ressortissante française depuis son arrivée sur le territoire français, soit cinq ans à la date de l'arrêté attaqué, n'est pas contestée, travaille sous contrat à durée indéterminée. L'intéressé tend à établir son intégration sociale par la production d'attestations nominatives de présence tout au long du parcours d'intégration républicaine qu'il a suivi en 2021. Par suite, le préfet du Var, qui n'a pas produit de mémoire en défense, doit être regardé, en l'état du dossier, comme ayant commis une erreur de fait et fait une inexacte appréciation des circonstances de l'espèce en estimant que le séjour en France de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet du Var du 10 octobre 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ".

8. Il est constant que, postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet du Var a délivré à M. C une carte de séjour temporaire d'un an l'autorisant à travailler du

2 mai 2023 au 1er mai 2024, puis une attestation de prolongation d'instruction valable du

11 avril au 10 juillet 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Var de délivrer un titre de séjour à M. C.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Var en date du 10 octobre 2022 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le président- rapporteur,

Signé

JF. SAUTON

L'assesseur le plus ancien,

Signé

B. QUAGLIERINI

La greffière,

Signé

B. BALLESTRACCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°2203217

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