vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2203306 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Hoffmann, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande faite le 20 juillet 2022 au maire de la commune de Carnoules lui demandant de convoquer le conseil municipal afin que ce dernier modifie le plan local d'urbanisme de la commune en tant qu'il a classé ses parcelles cadastrées section AK n° 43, 47, 49, 50, 61, 62, 63 et 65 en zone agricole de ce plan ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Carnoules, dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente décision, de convoquer le conseil municipal de la commune, afin que celui-ci modifie le plan local d'urbanisme en tant qu'il a classé les parcelles cadastrées section AK n° 43, 47, 49, 50, 61, 62, 63 et 65 en zone agricole de ce plan, sous astreinte de 500 euros par jour de retard passé ce délai ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Carnoules une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le classement des parcelles litigieuses en zone agricole est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation car lesdites parcelles ne présentent aucun caractère agricole ;
- ses terrains ne sont pas exploités, ne possèdent aucun potentiel agricole, et se situent en outre dans le prolongement d'une zone à urbaniser.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 mars 2023, la commune de Carnoules, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en ce que la commune a indiqué à la requérante que sa demande serait étudiée dans le cadre d'une procédure de révision en date du 26 août 2022 ; la commune n'a donc pas rejeté implicitement la demande de la requérante ;
- la requérante demande au conseil municipal de la commune de modifier le plan local d'urbanisme, alors que seule une procédure de révision est possible, en application des dispositions de l'article L. 153-31 du code de l'urbanisme ;
- le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du classement des parcelles de la requérante est infondé.
Par une ordonnance du 25 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 juin 2023 à 12 heures.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mai 2024 :
- le rapport de M. Bailleux ;
- et les conclusions de M. Riffard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1. Aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ". Lorsqu'il est saisi de conclusions aux fins d'annulation du refus d'abroger un acte réglementaire, le juge de l'excès de pouvoir est conduit à apprécier la légalité de l'acte réglementaire dont l'abrogation a été demandée au regard des règles applicables à la date de sa décision.
2. En outre, aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
3. Il ressort des pièces du dossier que le PADD du plan local d'urbanisme de la commune de Carnoules prévoit au sein d'un axe " conforter le socle agricole " deux orientations : " Conserver les espaces agricoles et stopper l'émiettement de la plaine " et " favoriser la reconquête des espaces de déprise agricole et chercher à créer des espaces tampons agricoles sur les piémonts des collines à l'interface massif/ urbanisation ". Il ressort par ailleurs de l'étude de la carte des espaces agricoles à conserver, qui figure en page 15 du PADD que les parcelles en litige sont situées en bordure sud de la partie 4 de cette carte représentant les espaces agricoles à conserver.
4. La requérante soutient que ses parcelles se situent dans le prolongement direct d'une zone à urbaniser. Toutefois, la commune fait valoir sur ce point d'une part que les parcelles en litige sont situées au sein d'une vaste zone agricole exploitée et exploitable et d'autre part que la proximité avec une zone à urbaniser s'explique par la présence de la seule usine d'équarrissage du département, qui dispose comme condition d'ouverture à l'urbanisation d'un raccordement de la route départementale à la bretelle d'autoroute. Il ressort en outre des pièces du dossier que les terrains appartenant à la requérante sont restés à l'état de prairie et jouxtent au nord des parcelles cultivées et au sud une vaste zone naturelle couverte d'Espaces Boisés Classés, de l'autre côté de la route départementale 13, dite route des Maures.
5. La requérante poursuit en soutenant que les parcelles lui appartenant n'ont jamais été exploitées et n'ont aucun potentiel agricole. La commune fait toutefois valoir que les parcelles en litige disposent d'un potentiel agronomique et sont situées à proximité du canal des arrosants, qui permet leur irrigation. Il apparait d'ailleurs sur le site Geoportail, en utilisant le filtre " réseau hydrographique ", accessible librement tant au juge qu'aux parties, qu'au nord des parcelles en litige se trouve un canal. La commune poursuit en faisant valoir que les parcelles en litige ont toujours été classées en zone agricole, notamment au plan d'occupation des sols de 2001, au sein duquel les parcelles étaient classées en zone NC. La commune fait valoir ensuite que les parcelles ont été cultivées jusqu'à la fin des années 50, la parcelle cadastrée AK n° 47 ayant même été cultivée jusque dans les années 90. Elle produit à ce titre des photographies aériennes, issues du site de l'IGN " remonter le temps ", datées de 1957, 1970, 1983 et 1991, qui montrent en effet que ladite parcelle était cultivée à ces différentes dates.
6. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le classement en zone agricole de ses parcelles serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant de convoquer le conseil municipal de la commune de Carnoules en vue de la modification du classement des parcelles de la requérante en zone A, et ce sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par la commune en défense.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Les conclusions à fin d'annulation de la présente requête ayant été rejetées, la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Les dispositions susvisées font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Carnoules, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, quelque somme que ce soit au titre de ces dispositions.
DECIDE
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A B et à la commune de Carnoules.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Bailleux, premier conseiller,
Mme Le Gars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
Le rapporteur,
Signé :
F. BAILLEUX
Le président,
Signé :
J.-M. PRIVAT La greffière,
Signé :
K. BAILET
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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