jeudi 5 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2203319 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2022, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2022 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
mère ;
Il soutient que, sur l'arrêté pris dans son ensemble :
- il est père d'un enfant né à Toulon et est actuellement en procédure judiciaire avec la
- il fait l'objet de menaces et ne peut de ce fait retourner dans son pays d'origine.
-
Par un mémoire en défense, enregistré le 07 décembre 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente du Tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
-
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. C a présenté son rapport, en l'absence des parties.
Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 16 novembre 2022, le préfet Var a obligé M. A, ressortissant sénégalais né le 25 janvier 1987, à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions, en particulier, du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
3. M. A se prévaut de la naissance de son enfant à Toulon le 07 septembre 2018 et du fait qu'il est en procédure judiciaire avec la mère de cet enfant. Il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 5 août 2022, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Toulon a refusé d'accorder l'autorité parentale sur cet enfant à M. A, a fixé sa résidence au domicile de la mère et a débouté M. A de sa demande de droit de visite. En outre, il ressort de la lecture de ce même jugement que la mère de l'enfant conteste la filiation à l'égard de M. A, que ce dernier ne l'a reconnu que le 11 février 2021 soit bien après sa naissance, qu'il ne le connait pas et ne lui a jamais rendu visite et que par ailleurs, M. A a cherché à nuire à la mère de l'enfant par des messages insultants et des photographies, produites devant le juge aux affaires familiales. Ces faits, bien que contestés par M. A qui expliquait alors s'être fait voler son téléphone, de manière peu crédible, ont donné lieu à une plainte du 19 janvier 2018. Dans ces conditions, M. A n'établit pas qu'il soit effectivement le père de cet enfant, ni qu'il contribuerait à son entretien et à son éducation. Il s'ensuit que le préfet n'a porté aucune atteinte disproportionnée au droit de
M. A au respect de sa vie privée et familiale au regard du but poursuivi et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs et à le supposer soulever, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
4. À supposer que M. A ait entendu se prévaloir d'un moyen tiré de la procédure judiciaire avec la mère de l'enfant susmentionné, le jugement du 05 août 2022 est en toute hypothèse devenu définitif et il est d'autre part loisible à M. A de se faire représenter devant les juridictions françaises par un avocat afin d'exercer les droits qu'il invoque sur ledit enfant en cas d'éloignement effectif. Par suite, le moyen doit être écarté.
1.
5. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
6. M. A n'établit pas, par les pièces produites, qu'il serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Sénégal, alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office de protection des réfugiés et apatrides le 24 septembre 2021 et par la Cour nationale du droit d'asile le 25 août 2022. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à le supposer soulevé, doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.
Le magistrat désigné, Signé
JF. C
La greffière, Signé
I.REZOUG
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, Pour la greffière en chef, Et par délégation,
La greffière,
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