lundi 6 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2203368 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2022, M. B C, représenté par Me Ben Hassine, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 13 octobre 2022 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de fait révélant un défaut d'examen de sa situation personnelle dès lors qu'elle n'expose pas les motifs pour lesquels il a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;
- le préfet n'est pas tenu de suivre l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre l'administration et le public ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bernabeu, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien né le 20 juin 1996, déclare être entré sur le territoire français en 2016 et a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade le 15 avril 2022. Par l'arrêté attaqué du 13 octobre 2022, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions relatives au refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. L'arrêté litigieux vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et indique les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour refuser de faire droit à la demande de M. C, et met ce dernier en mesure d'en contester utilement les motifs. A cet égard, la décision contestée mentionne en particulier, s'agissant de sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, qu'aux termes de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 5 septembre 2022, son état de santé nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Tunisie et qu'il peut voyager sans risque dans son pays d'origine. La seule circonstance qu'elle n'expose pas les motifs pour lesquels il a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade n'est pas constitutive d'une insuffisance de motivation. Eu égard aux motifs de fait invoqués dans l'arrêté, le préfet du Var n'a en outre entaché sa décision d'aucune erreur de fait de nature à révéler un défaut d'examen sérieux de la situation du requérant.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État ".
5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
6. Selon l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII le 5 septembre 2022, si l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été victime d'un accident de travail le 12 août 2020, qui lui a causé une fracture du complexe du bassin associant une fracture de la branche ilio-pubienne ischo-pubienne du côté droit, une disjonction de la symphyse pubienne ainsi qu'une fracture de l'aileron sacré gauche. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant souffre de troubles fonctionnels urinaires pour lesquels il est suivi en urologie en France, il ne ressort, cependant, d'aucune des pièces produites que sa pathologie ne pourrait pas être traitée dans son pays d'origine. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet, qui ne s'est pas estimé en situation de compétence liée à l'égard de l'avis précité du collège de médecins de l'OFII, aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En troisième et dernier lieu, M. C soutient, sans en apporter la preuve, qu'il est entré sur le territoire français en 2016. En outre, s'il a signé un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'aide-maçon en janvier 2020 et justifie de quelques mois de travail de janvier à août 2020, il est cependant célibataire et sans enfant, et a déclaré que sa mère ainsi que ses frères et sœurs résident en Tunisie, pays où il a vécu l'essentiel de sa vie. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle du requérant ne peut qu'être écarté.
Sur les conclusions relatives à l'obligation de quitter le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
9. M. C ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, des dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont applicables à une mesure d'expulsion. A supposer qu'il ait entendu se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du même code, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 6 du présent jugement, l'intéressé, qui ne démontre pas qu'il ne pourrait bénéficier, dans son pays d'origine, d'un traitement approprié, n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que son état de santé ferait obstacle au prononcé d'une mesure d'éloignement.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente-rapporteure,
M. A et M. E, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.
La présidente-rapporteure,
signé
M. DL'assesseur le plus ancien,
signé
L. A
La greffière,
signé
F. OUJABER
La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
Le greffier,
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