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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2203419

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2203419

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2203419
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantVALETTE-BERTHELSEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 décembre 2022, 9 février 2023 et 21 mars 2023 ainsi qu'un mémoire récapitulatif produit en application des dispositions de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative et enregistré le 11 août 2023, la SCI Méditerranée, représentée par Me Baudino, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le maire de la commune de Fréjus a refusé de lui délivrer le permis de construire n° PC 083 061 22 F0055 en vue de la réalisation d'un ensemble immobilier créant 88 logements dont 44 logements locatifs sociaux sur les parcelles cadastrées section AT n° 121, 272, 446, 694 et 695, sises 1563 rue des combattants d'Afrique du Nord à Fréjus (83 600) ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Fréjus de lui délivrer le permis de construire sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Fréjus une somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le maire a fait une inexacte application des dispositions de l'article UB 8.2 du règlement de plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Fréjus ;

- le maire a fait une inexacte application des dispositions de l'article UB 9.3 du règlement de PLU de la commune de Fréjus et des articles L. 111-11 et L. 332-15 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2023 et un mémoire enregistré le 11 avril 2023 qui n'a pas été communiqué, la commune de Fréjus, représentée par Me Valette-Berthelsen, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Fréjus ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 février 2024 :

- le rapport de Mme Le Gars,

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public,

- et les observations de Me Baudino représentant la SCI Méditerranée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 15 septembre 2022, le maire de la commune de Fréjus a refusé de délivrer à la SCI Méditerranée le permis de construire sollicité le 29 juin 2022 en vue de la réalisation de quatre bâtiments collectifs créant 88 logements dont 44 logements locatifs sociaux sur les parcelles cadastrées section AT n° 121, 272, 446, 694 et 695, sises 1563 rue des combattants d'Afrique du Nord à Fréjus. La SCI Méditerranée demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article UB 8.2 du règlement de PLU de la commune de Fréjus : " () 8.2 - Accès : Conditions : L'autorisation d'urbanisme est refusée si le terrain d'assiette du projet n'est pas desservi par un accès sécurisé, conforme à l'importance ou la destination de(s) la construction(s) envisagée(s). () ".

3. Pour refuser le permis de construire sollicité le maire de la commune de Fréjus a retenu que le projet n'est pas conforme aux dispositions de l'article 8.2 du règlement de PLU relatif à l'accès au terrain du projet dès lors que le projet est susceptible de générer un trafic supplémentaire dont l'impact sur le carrefour à sens giratoire de la route départementale 4 ne peut pas être apprécié compte-tenu de l'insuffisance du dossier de demande. Cependant, ces considérations n'ont pas trait à l'accès du projet mais à sa desserte. Par conséquent, la requérante est fondée à soutenir que le maire n'a pas pu légalement refuser le permis de construire en litige sur le fondement des dispositions de l'article 8.2 du règlement de PLU. Au demeurant, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la commune a sollicité auprès du pétitionnaire des éléments complémentaires afin d'apprécier le respect des dispositions relatives à la configuration de la voie de desserte.

4. En second lieu, aux termes de l'article UB 9.3 du règlement de PLU de la commune de Fréjus : " 9.3 - Réseaux divers : Toute construction susceptible de requérir une alimentation en électricité doit être desservie par un réseau de capacité suffisante. / Pour toute construction ou installation nouvelle, les branchements aux lignes de distribution d'énergie et d'éclairage public ainsi qu'aux câbles téléphoniques doivent être réalisés en souterrain ". En outre, l'article

L. 111-11 du code de l'urbanisme dispose que : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. () ". L'article L. 332-15 du même code dispose que : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité, (). L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures. () ".

5. Il ressort des termes de l'avis d'Enedis en date du 29 juillet 2022, que le projet nécessite, pour sa réalisation, une extension de deux fois 20 mètres du réseau haute tension, de cinq fois 10 mètres du réseau basse tension et l'installation de deux postes de distribution publique d'électricité sur le terrain d'assiette du projet. Si la commune fait valoir en défense que l'extension du réseau haute tension constitue par elle-même un équipement public au sens de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle aurait vocation " nécessairement à desservir d'autres constructions ", une telle allégation n'est cependant corroborée par aucune pièce du dossier alors que l'avis d'Enedis visé par l'arrêté attaqué ne fait état que des travaux rendus nécessaires pour la réalisation du projet. En outre, il est constant que l'extension est nécessaire sur une distance inférieure à 100 mètres. Dans ces conditions, les travaux réalisés sur le réseau public d'électricité doivent être regardés comme portant sur des équipements propres à la SCI Méditerranée et, dès lors, comme des travaux de branchement que la collectivité peut mettre à la charge du pétitionnaire. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le maire de la commune de Fréjus a fait une inexacte application des dispositions précitées.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Méditerranée est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le maire de la commune de Fréjus a refusé de lui délivrer le permis de construire n° PC 083 061 22 F0055.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'aucun des motifs de l'arrêté de refus de permis de construire attaqué n'est fondé. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune de Fréjus a sollicité une substitution de motif ni qu'un changement des circonstances de fait fasse obstacle à la délivrance du permis sollicité. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la commune de Fréjus de délivrer le permis de construire sollicité par la SCI Méditerranée dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

9. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Fréjus une somme de 1 500 euros au bénéfice de la SCI Méditerranée. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCI Méditerranée, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclame la commune de Fréjus au titre des frais liés au litige.

DECIDE

Article 1er : L'arrêté susvisé du 15 septembre 2022 du maire de la commune de Fréjus est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Fréjus de délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Fréjus versera à la SCI Méditerranée la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées par la commune de Fréjus sur ce fondement sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Méditerranée et à la commune de Fréjus.

Délibéré après l'audience du 20 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

La rapporteure,

Signé :

H. LE GARS

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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