jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2203612 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 décembre 2022 et le 1er février 2023 à 10 : 40, Mme C A B, représentée par Me Macone, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2022 par lequel le préfet du Var l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour pour une durée d'un an ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du 22 décembre 2022 du préfet du Var portant interdiction de retour pour une durée d'un an ;
3°) à titre accessoire, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'arrêté pris dans son ensemble :
- est insuffisamment motivé ;
- est intervenu sans examen préalable de sa situation ;
- est entaché d'erreur de fait dès lors qu'elle avait entamé des démarches tendant à la délivrance d'une autorisation de travail ;
- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente du Tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- et les observations de Me Macone, représentant Mme A B. Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 22 décembre 2022, le préfet du Var a obligé Mme A B, ressortissante tunisienne née le 18 mars 1995, à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour pour une durée d'un an. Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions, en particulier, du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressée demande l'annulation de cet arrêté.
2. L'arrêté attaqué vise notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il relate des éléments personnels, familiaux, ainsi que relatifs à la situation administrative de Mme A B, de manière suffisante. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il manifeste l'examen préalable porté par le préfet du Var sur la situation de Mme A B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen préalable doivent être écartés.
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; ".
4. Il ressort des pièces du dossier que le visa de type D dont disposait Mme A B était valable du 6 octobre 2021 au 6 octobre 2022, de sorte que celui-ci était expiré à la date de la décision attaquée. Il est constant qu'à cette même date, celle-ci n'était titulaire d'aucun titre de séjour. Ainsi, l'erreur de fait alléguée quant à l'absence de démarche de sa part, à supposer que le préfet ait eu connaissance de ses tentatives de constitution d'un dossier en vue de l'obtention d'une autorisation de travail, n'aurait pu conduire ce dernier à prendre une décision différente, dès lors
1.
que Mme A B entrait dans le champ d'application du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui constitue le fondement de son arrêté. Au demeurant, si Mme A B soutient que l'échec de ses tentatives de constitution d'un dossier en vue de l'obtention d'une autorisation de séjour n'est pas de son fait, il ressort des pièces du dossier que Mme A B a été licenciée de son premier emploi pour faute grave suite à des absences ou des retards. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
6. A supposer établie la relation de Mme A B avec un ressortissant français, celle- ci est très récente, datant selon l'intéressée du mois d'avril 2022. Si la requérante soutient, par ailleurs, demeurer avec son compagnon depuis le mois de juin 2022, elle a déclaré le 22 décembre 2022 lors de son audition par les services de police résider chez sa sœur, et qu'habitent dans son pays d'origine ses parents, son frère et sa sœur. Si l'intéressée a déclaré résider chez sa sœur et son beau-frère afin d'éviter d'être placée en rétention administrative et si elle a un projet de mariage avec un ressortissant français, il est constant que sa présence en France est très récente et qu'elle est à ce jour célibataire. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à Mme C A B et au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.
Le magistrat désigné, Signé
JF. D
La greffière, Signé
B. BALLESTRACCI
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, Pour le greffier en chef,
Et par délégation, Le greffier,
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