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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2203631

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2203631

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2203631
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantTERRITOIRES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 décembre 2022 et 5 juillet 2023, la SARL Prométhée, représentée par Me Consalvi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2022 par lequel le maire de la commune de Sanary-sur-Mer a retiré le permis de construire n° PC 083 123 21 O0114 qui avait été délivré le 7 juin 2022 en vue de la réalisation de 18 villas et 22 logements locatifs sociaux sur les parcelles cadastrées section AL n° 2761 et 2762, sises chemin des Genêts d'Or à Sanary-sur-Mer (83 110), ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sanary-sur-Mer une somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature suffisamment précise et régulière ;

- le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article UD 3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Sanary-sur-Mer relatives à la voirie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2023, la commune de Sanary-sur-Mer, représentée par Me d'Albenas, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 13 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Sanary-sur-Mer ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 mars 2024 :

- le rapport de Mme Le Gars ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- et les observations de Me d'Albenas représentant la commune de Sanary-sur-Mer.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 26 avril 2022, le maire de la commune de Sanary-sur-Mer a délivré un permis d'aménager en vue de la division en 19 lots à bâtir d'un terrain situé sur les parcelles cadastrées AL N° 2761 et 2762 situées chemin des Morvenède et chemin des Genêts d'Or à Sanary-sur-Mer. Par un arrêté du 7 juin 2022, le maire de Sanary-sur-Mer a délivré le permis de construire sollicité par la SARL Prométhée en vue de la réalisation de 18 villas et 22 logements locatifs sociaux sur ces mêmes parcelles. A la suite d'une procédure contradictoire engagée le 6 juillet 2022, le maire de Sanary-sur-Mer a, par un arrêté du 5 septembre 2022, procédé au retrait du permis de construire susvisé. La SARL Prométhée demande l'annulation de cet arrêté, ensemble de la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que, lorsque le conseil municipal l'a décidé, dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale ; lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, ce transfert est définitif () ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal () ". L'article L. 2131-1 du même code dispose que : " I. - Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'ils ont été portés à la connaissance des intéressés dans les conditions prévues au présent article et, pour les actes mentionnés à l'article L. 2131-2, qu'il a été procédé à la transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement prévue par cet article. Le maire peut, sous sa responsabilité, certifier le caractère exécutoire d'un acte. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Sanary-sur-Mer a, par un arrêté du 26 janvier 2022, délégué à Mme A B sa compétence pour signer notamment : " les actes, courriers et pièces relatifs à la procédure de retrait d'autorisation d'urbanisme pour illégalité ou pour fraude ". Il ressort par ailleurs des termes de cet arrêté ainsi que du certificat d'affichage établi par le maire que cet arrêté a été régulièrement notifié à l'intéressée, affiché en mairie à compter du 28 janvier 2022 et a été transmis au préfet du Var le même jour pour le contrôle de légalité. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes du 3.2 de l'article UD 3 du règlement de PLU de la commune de Sanary-sur-Mer : " 3.2 - Voirie : Les terrains doivent être desservis par des voies publiques ou privées répondant à l'importance et à la destination de la construction de l'ensemble des constructions qui y sont édifiées. Les voies en impasse doivent être aménagées dans leur partie terminale afin de permettre aux véhicules de faire aisément demi-tour et doivent présenter des caractéristiques correspondant à leur destination. / () La sécurité des piétons doit être assurée par des aménagements adéquats. / Une autorisation d'urbanisme (déclaration préalable, permis de construire ou d'aménager) peut être refusée sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance ou à la destination des aménagements ou constructions envisagés. Un refus peut également être opposé si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant cet accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment du relevé établi par le géomètre-expert le 15 juillet 2022, que l'impasse du chemin des Genêts d'Or mesure 6,06 mètres aux passages les plus resserrés et permet donc le croisement de deux véhicules avec un dépassement sur les bas-côtés. Il ressort également des pièces du dossier, notamment du rapport établi par le directeur adjoint des services techniques de la commune de Sanary-sur-Mer le 9 mars 2023, soit postérieurement à la décision attaquée mais révélant une situation de fait existant à la date de la décision, que les bas-côtés du chemin des Genêts d'Or sont irréguliers, en gravier et en pente, ne font l'objet d'aucun aménagement propre à la circulation piétonne et sont obstrués sur des tronçons par le stationnement de véhicules. A cet égard, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de ce que le projet prévoit un accotement de 1,20 mètres sur le terrain d'assiette des constructions dès lors que cet ouvrage est relatif aux accès internes du projet et non à la desserte du terrain. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le projet, implanté dans un quartier pavillonnaire densément construit, est susceptible d'entraîner une augmentation sensible du trafic avec un passage estimé à une centaine de véhicules par jour. Ainsi, compte-tenu notamment de l'augmentation du trafic, de l'absence d'aménagement adéquat pour la circulation piétonne et de la nécessité de se déporter sur les accotements la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le maire de la commune de Sanary-sur-Mer a fait une inexacte application des dispositions de l'article UD 3.2 du règlement de PLU de la commune en estimant que le chemin des Genêts d'Or ne permet pas d'assurer une desserte du projet sécurisée pour les piétons.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Prométhée n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 5 septembre 2022 ni, par voie de conséquence, de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les frais d'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'une ou l'autre des parties, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, les frais qu'elles ont exposé dans le cadre de la présente instance.

DECIDE

Article 1er : La requête de la SARL Prométhée est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Sanary-sur-Mer sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Prométhée et à la commune de Sanary-sur-Mer.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

La rapporteure,

Signé :

H. LE GARS

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

203631

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