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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2203666

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2203666

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2203666
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationAide sociale

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête transmise par le pôle social du tribunal judiciaire de Toulon le 30 décembre 2022, Mme A B, doit être regardée comme demandant au Tribunal d'annuler la décision du 17 novembre 2022 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du Var a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de rejet de sa demande de carte mobilité inclusion (CMI) mention stationnement, et comme demandant l'octroi de ladite carte.

Elle doit être regardée comme soutenant qu'elle peut prétendre au bénéfice de la carte mobilité inclusion mention stationnement en raison de l'état, sans amélioration possible, de son œil droit, et du fait que sa mauvaise vision rend le stationnement de son véhicule plus compliqué sur les places de parking ordinaires.

Par un courrier du 23 novembre 2023, le département du Var a été mis en demeure de produire ses observations en défense dans un délai de deux mois, en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2024, le département du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requérante ne remplit pas les conditions pour bénéficier d'une carte mobilité inclusion mention stationnement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de Mme Doumergue ainsi que les observations de Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée après les observations de Mme B à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a sollicité, le 18 février 2022, auprès de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du Var, l'attribution d'une carte mobilité inclusion (CMI) portant la mention " stationnement ". Cette demande a été rejetée par une décision du président du conseil départemental du Var. Le 17 novembre 2022, son recours préalable obligatoire formé à l'encontre de cette décision a été rejeté. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant l'attribution par le département du Var de la CMI mention " stationnement ".

2. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " I. -La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. / () / La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. / () / La mention " stationnement pour personnes handicapées " permet à son titulaire ou à la tierce personne l'accompagnant d'utiliser, à titre gratuit et sans limitation de la durée de stationnement, toutes les places de stationnement ouvertes au public. / () / V bis. - () Les décisions prises par le président du conseil départemental sur le fondement du présent article peuvent faire l'objet d'un recours devant le juge administratif lorsque la demande concerne la mention " stationnement " de la carte. (). ".

3. Aux termes de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles : " () IV. - Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté () définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur. ". Aux termes de l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou- la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur ; - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; (). 2. Critère relatif à l'accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : Ce critère concerne les personnes atteintes d'une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu'elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière S'agissant des personnes présentant une déficience sensorielle, l'accompagnement doit être nécessaire pour effectuer le déplacement lui-même et s'imposer par le risque d'une mise en danger () ".

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociales, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre partie à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

5. Il résulte des dispositions précitées aux points 2 et 3 que l'obtention de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " est subordonnée à la démonstration d'une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspondant à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et pouvant se retrouver chez des personnes présentant, notamment, un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales. Tel est le cas lorsque la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres, ou a systématiquement recours à une des aides mentionnées pour ses déplacements extérieurs. Il appartient à la personne qui présente devant le juge administratif des conclusions à fin d'annulation d'une décision lui refusant la délivrance d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " d'établir, par tous moyens et notamment par la production de justificatifs, qu'elle est atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pieds, tel que prévu par les dispositions susvisées.

6. Il est constant que Mme B, née en 1967, est atteinte de troubles visuels et d'affections à l'œil droit suite à un accident, outre une myopie préexistante. Pour contester le refus opposé à sa demande de délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement ", la requérante argue que ses déplacements sont compliqués par une difficulté pour stationner sur les places de taille classique en raison de ses problèmes de vue. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment de deux bilans ophtalmologique joints au certificat médical destiné à la maison départementale des personnes handicapées (MDPH), et en particulier du certificat d'un ophtalmologue du 5 octobre 2022, qui fait état de difficultés dans les déplacements extérieurs, que ces difficultés ne nécessitent pas d'aides techniques spécialisées, ni de tierce personne, confirmant le bilan dressé par un ophtalmologue du centre hospitalier intercommunal de Toulon-la Seyne-sur-mer du 17 février 2022. En outre, dans le certificat médical établi par le médecin traitant, en date du 1er février 2022, et joint à la demande de carte à la MDPH du 18 février 2022, s'il est indiqué que Mme B souffre de douleurs oculaires, de perte visuelle nette et de céphalées, le médecin n'a relevé aucune restriction quant au périmètre de marche, ou la nécessité qu'aurait l'intéressée de recourir à une aide humaine ou matérielle pour se déplacer. Dès lors, aucune des conditions requises par les dispositions précitées de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles, complété par l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, pour la délivrance d'une carte mobilité inclusion, portant la mention " stationnement ", n'est remplie par Mme B. Par suite, il y a lieu de rejeter l'ensemble de ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département du Var.

Copie en sera adressée à la maison départementale des personnes handicapées du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

M. DOUMERGUELa greffière,

Signé

G. GUTH

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière,

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