vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2300025 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ITEM AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 janvier, 13 juin, 4 juillet et 12 décembre 2023 M. B F, représenté par Me Guin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2022 par lequel le maire de la commune du Beausset a refusé de lui délivrer le permis de construire n° PC 083 016 22 T 0026 en vue de la réalisation de trois maisons individuelles à usage d'hébergement saisonnier et d'une piscine sur les parcelles cadastrées section AE n° 829, 896, 893, 892 et 55, situées 692 chemins des Folies au Beausset (83 300) ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune du Beausset de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune du Beausset une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétence à l'aune des articles L. 422-1 du code de l'urbanisme et L. 2122-18 et L. 2122-29 du code général des collectivités territoriales ;
- il est insuffisamment motivé à l'aune des articles L. 424-3 et A. 424-4 du code de l'urbanisme ;
- le maire du Beausset a commis une erreur de droit en se fondant sur le porter à connaissance établi par le préfet du Var le 22 novembre 2021 ;
- le maire a commis une erreur d'appréciation à l'aune de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 mai et 5 septembre 2023 et un mémoire enregistré le 4 mars 2024 qui n'a pas été communiqué, la commune du Beausset, représentée par Me Faure-Bonaccorsi, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Un mémoire en intervention au soutien de la défense a été produit le 8 mars 2024 par M. E et Mme C G, représentés par Me Lopasso, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune du Beausset ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 mars 2024 :
- le rapport de Mme Le Gars ;
- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;
- les observations de Me Guin représentant M. F ;
- les observations de Me Reghin représentant la commune du Beausset ;
- et les observations de Me Lopasso représentant M. et Mme G.
Une note en délibéré présentée par Me Guin pour M. F a été enregistrée le 20 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 31 octobre 2022, notifié le 5 novembre 2022, le maire de la commune du Beausset a refusé de délivrer le permis de construire n° PC 083 016 22 T 0026 sollicité par M. F le 29 juin 2022, en vue de la réalisation de trois villas à usage d'hébergement saisonnier et d'une piscine sur un terrain situé 692 chemin des Folies au Beausset. M. F demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la recevabilité de l'intervention :
2. Aux termes de l'article R. 632-1 du code de justice administrative : " L'intervention est formée par mémoire distinct. / () / Le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction ordonne, s'il y a lieu, que ce mémoire en intervention soit communiqué aux parties et fixe le délai imparti à celles-ci pour y répondre. / Néanmoins, le jugement de l'affaire principale qui est instruite ne peut être retardé par une intervention ".
3. L'intervention de M. et Mme G a été enregistrée le 8 mars 2024, soit moins de quatre jours avant l'audience, et est donc susceptible de retarder le jugement de l'affaire. Dès lors, en application des dispositions précitées, l'intervention de M. et Mme G n'est pas recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe de l'arrêté :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. () ". L'article L. 2122-29 du même code dispose que : " Les arrêtés du maire ainsi que les actes de publication et de notification sont inscrits par ordre de date sur un registre tenu dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Il résulte de ces dispositions que le maire est seulement tenu, lorsqu'il procède à une délégation de fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints, d'indiquer l'étendue de cette délégation et non l'ensemble de la nature des actes concernés. En revanche, il est loisible au maire de soustraire du champ de cette délégation la faculté de signer les actes qu'elle concerne.
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'arrêté en date du 16 juillet 2020, que le maire du Beausset a donné de manière permanente délégation à M. D A, adjoint aux affaires d'urbanisme et de logement, pour signer " des courriers et documents relevant du code de l'urbanisme ". D'autre part, il ressort également des termes de cet arrêté ainsi que de l'extrait du registre des arrêtés du maire, que cet arrêté été affiché à partir du 21 juillet 2020 et a fait l'objet d'une transmission au représentant de l'Etat. Dès lors, le requérant n'est pas fondé que l'arrêté de délégation au bénéfice de signataire de l'arrêté en litige est insuffisamment précis et n'est pas exécutoire.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, (). Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions (). ". L'article A. 424-4 du même code dispose que : " Dans les cas prévus aux b à f de l'article A. 424-3, l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision et indique les voies et délais de recours. ".
7. L'arrêté contesté vise l'ensemble des textes dont il a été fait application, notamment le PLU de la commune du Beausset et l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Il indique également les considérations de fait qui le fondent. Dans ces conditions, et alors que le maire n'est pas tenu d'indiquer l'ensemble des considérations de fait propre à situation en litige, y compris les raisons pour lesquelles il n'édicte aucune prescription spéciale, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne de l'arrêté :
8. En premier lieu, le requérant soutient que le maire du Beausset a commis une erreur de droit en se fondant sur la carte d'aléa établie par le préfet du Var dans le cadre d'un porter à connaissance en date du 22 novembre 2021, lequel n'a aucune valeur règlementaire. Il ressort cependant des termes de l'arrêté attaqué que, pour refuser le permis de construire sollicité, le maire de la commune du Beausset s'est fondé sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et a apprécié l'existence d'un risque incendie à l'aune de la carte d'aléa figurant dans le porter à connaissance. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maire a entaché son arrêté d'une erreur de droit.
9. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation ou leurs dimensions, sont de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique ". Les risques d'atteinte à la sécurité publique visés par ce texte sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle le permis est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Par ailleurs, en vertu des dispositions précitées, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
10. D'une part, si les services d'incendie et de secours (SDIS) du Var n'ont pas été à même en raison de l'absence de l'un de leurs services, dans leur avis du 21 juillet 2022, d'apprécier l'exposition du terrain d'assiette au risque incendie, ils ont néanmoins renvoyé le maire du Beausset à la consultation de la carte d'aléas établie par le préfet du Var dans le cadre du porter à connaissance cité précédemment. Il ressort de cette carte d'aléas que le terrain d'assiette du projet est classé en zone F1, laquelle délimite les zones urbanisées inconstructibles en raison, soit d'un aléa très fort, soit du caractère non défendable du terrain. En outre, ce classement est corroboré par la cartographie d'aléas du risque incendie Remocra indiquant un aléa moyen à fort sur le terrain d'assiette du projet. Par ailleurs, si le requérant soutient que la parcelle n° 55, au surplus entièrement classée espace boisé classé par le PLU de la commune du Beausset, sera entièrement débroussaillée, afin de créer une surface " coupe-feu ", conformément aux recommandations du porter à connaissance, il ressort toutefois des différents plans versés à l'instance que la localisation du projet, à la lisière d'un espace largement boisé et en bordure d'un secteur densément construit, induit un risque incendie important tant dans sa probabilité que ses conséquences. A cet égard, le projet, en créant trois nouvelles maisons individuelles à usage d'hébergement, a pour effet d'aggraver le risque existant.
11. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les services d'incendie et de secours ont accès au terrain d'assiette du projet en dépit de rétrécissements ponctuels du chemin des Folies et que des hydrants sont répertoriés sur le site Remocra à proximité du projet. Cependant, il ressort des pièces du dossier que seul l'hydrant n° 97 est situé à moins de 200 mètres. De plus, aucune pièce du dossier ne permet d'établir la viabilité ni la capacité de l'hydrants répertorié. Enfin, si le requérant argue avoir suggéré l'installation d'un réservoir d'eau, il ressort toutefois de la note de prévention du risque incendie, jointe au dossier de demande, que la suggestion ne mentionne ni la taille ni l'emplacement du réservoir envisageable et n'a, dès lors, pas permis au service instructeur, ni au demeurant au SDIS compétent, d'apprécier la pertinence de la proposition. Dans ces conditions, compte-tenu de l'importance du risque incendie, de la destination du projet et de l'insuffisance des points d'eau incendie, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maire du Beausset a fait une inexacte application des dispositions précitées en estimant que la défendabilité du terrain ne pouvait pas être assurée au regard du risque incendie et de son aggravation par le projet en litige.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de la commune du Beausset en date du 31 octobre 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais d'instance :
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'une ou l'autre des parties, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, les frais qu'elles ont exposés dans le cadre de la présente instance.
DECIDE
Article 1er : L'intervention de M. et Mme G est rejetée.
Article 2 : La requête de M. F est rejetée.
Article 3 : Les conclusions présentées par les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à la commune du Beausset et à M. E et Mme C G.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Bailleux, premier conseiller,
Mme Le Gars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
La rapporteure,
Signé :
H. LE GARS
Le président,
Signé :
J.-M. PRIVAT La greffière,
Signé :
K. BAILET
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation, la greffière.
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