lundi 12 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2300125 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Aide sociale |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 janvier 2023 et un mémoire enregistré le 18 juin 2024, M. B C, représenté par Me Pascal, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 14 janvier 2023 rejetant le recours contre la décision du 6 octobre 2022 du président du conseil départemental du Var refusant de lui accorder la carte mobilité inclusion (CMI) portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ".
2°) l'attribution de la carte mobilité inclusion (CMI) portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " ;
3°) de mettre à la charge du département du Var la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que son état de santé justifie que lui soit octroyé la carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées " car une aide humaine lui est nécessaire pour tous ses déplacements extérieurs.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, le département du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que M. C ne remplit pas les conditions d'attribution de la carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées ".
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Doumergue a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 6 janvier 1960, a sollicité, le 22 février 2022, la délivrance d'une carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées ". Par une décision implicite, le président du conseil départemental du Var a rejeté le recours administratif préalable obligatoire, reçu le 14 novembre 2022, formé par M. C à l'encontre de la décision du 6 octobre 2022 lui refusant l'octroi de cette carte. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de la décision lui refusant le bénéfice de la carte sollicitée et l'attribution de la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ".
2. D'une part, aux termes du I de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " La carte " mobilité inclusion " destinées aux personnes physiques et délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacement ". Aux termes du IV de l'article R. 241-12-1 du même code : " Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur ". Aux termes de l'article R241-15 du même code : " La carte mobilité inclusion peut être attribuée à titre définitif ou à durée déterminée, dans ce cas cette dernière ne peut être inférieure à un an, ni excéder vingt ans. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles: " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité () Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne à un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; - ou la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : -une aide humaine ; -une prothèse de membre inférieur ;-une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; -un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficultés le fauteuil ; -ou la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie ; 2. Critère relatif à l'accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : Ce critère concerne les personnes atteintes d'une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu'elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière () S'agissant des personnes présentant une déficience sensorielle, l'accompagnement doit être nécessaire pour effectuer le déplacement lui-même et s'imposer par le risque d'une mise en danger. () ".
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées " sur la carte mobilité inclusion prévue à l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles dans sa rédaction actuellement en vigueur, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non de prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si l'octroi d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit attribuée la mention " stationnement pour personnes handicapées " sur la carte " mobilité inclusion ".
5. Il résulte de l'instruction que M. C souffre de troubles psychiatriques depuis fin 2020, pour lesquels il s'est vu prescrire un traitement et qu'il est régulièrement suivi depuis par un médecin psychiatre, le docteur A. S'il ne résulte pas de l'instruction que le périmètre de marche de M. C serait limité et inférieur à 200 mètres, il résulte toutefois du certificat médical produit par le requérant et établi le 14 juin 2024, par le docteur A, que " Monsieur C présente une manifestation anxieuse paroxystique qui nécessite un accompagnement permanent pour tous ses déplacements ". Ainsi, à la date de la présente décision, M. C, qui est atteint d'une altération d'une fonction psychique imposant qu'il soit accompagné par une tierce personne dans ses déplacements, remplit les conditions prévues au 2 de l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 susvisé et précité, pour obtenir la carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées ".
6. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande visant à obtenir la carte mobilité inclusion mention "stationnement pour personnes handicapées" et l'attribution de cette carte. Dans les circonstances de l'espèce, cette carte sera délivrée par le président du conseil départemental du Var, à M. C, pour une durée d'une année, dans les deux mois suivant la notification de la présente décision.
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département du Var une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite refusant à M.C le bénéfice de la carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées " est annulée.
Article 2 : Le président du conseil départemental du Var délivrera à M. C une carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées " pour une durée d'une année, dans les deux mois de la notification de la présente décision.
Article 3 : Le département du Var versera à M. C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié M. B C et au département du Var.
Copie en sera délivrée à la maison départementale des personnes handicapées du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 août 2024 .
La présidente-rapporteure,
Signé
M. DOUMERGUE La greffière,
Signé
G. GUTH
La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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