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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2300136

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2300136

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2300136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantITEM AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 janvier, 30 mai et 21 juillet 2023, C, représentée par Me Zago, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le maire de la commune de Brignoles a retiré le permis de construire n° 083 023 21 O0172 délivré en vue de la réalisation de deux bâtiments collectifs créant 45 logements sur la parcelle cadastrée section AR n° 378, située 3 rue des Rhodes à Brignoles (83170), ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Brignoles de lui délivrer un certificat de permis de construire tacite sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Brignoles une somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle a intérêt et qualité pour agir et n'est pas tardive ;

- la décision implicite de son recours gracieux est entachée d'un défaut de motivation à l'aune de l'article L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 19 juillet 2022 est entaché d'une insuffisance de motivation à l'aune de l'article L. 424-4 du code de l'urbanisme ;

- l'avis du service de défense incendie et de secours (SDIS) du Var et les décisions attaquées sont entachés d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation quant à l'appréciation du besoin en eau généré par le projet et du risque incendie à l'aune de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- le refus de délivrer un certificat de permis de construire tacite méconnaît les articles L. 424-1 et suivants et L. 424-13 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 mars et 13 juin 2023, la commune de Brignoles, représentée par Me Reghin, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge du requérant la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle oppose une fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité à agir de la requérante et fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 27 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Brignoles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 mars 2024 :

- le rapport de Mme Le Gars ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- les observations de Me Zago représentant la société requérante ;

- et les observations de Me Reghin représentant la commune de Brignoles.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite du silence prolongé gardé par le maire de la commune de Brignoles sur la demande de permis de construire n° 083 023 21 O0172 déposée le 22 décembre 2021 par C en vue de la réalisation de deux bâtiments collectifs créant

45 logements sur un terrain situé 3 rue des Rhodes, C a obtenu un permis de construire tacite. Par un arrêté du 19 juillet 2022, le maire de la commune de Brignoles a procédé au retrait de ce permis de construire tacite. Par un courrier du 15 septembre 2022, dont il a été accusé réception le 15 septembre 2022, la pétitionnaire a formé un recours gracieux à l'encontre de l'arrêté du 19 juillet 2022. C demande l'annulation de cet arrêté, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir :

2. En vertu des dispositions de l'article L. 223-18 du code de commerce applicables aux sociétés à responsabilité limitée, le gérant est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société et représente la société dans ses rapports avec les tiers, de sorte que cette personne a, de plein droit, qualité pour agir en justice au nom de la société.

3. Il ressort des pièces du dossier que la présente requête a été présentée par le représentant légal de C en exercice, soit par M. A ou M. B, co-gérants de la société, ainsi que l'atteste l'extrait du k-bis versé à l'instance. En outre, il ressort de l'article 13 des statuts de la société que : " Le ou les gérants ont, ensemble ou séparément s'ils sont plusieurs, les pouvoirs les plus étendus pour agir au nom de la société et pour faire et autoriser tous les actes et opérations dans les limites de l'objet social ". Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Brignoles et tirée du défaut de qualité pour agir de la requérante ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Pour procéder au retrait du permis de construire en litige, le maire de la commune de Brignoles a considéré, à l'aune du deuxième avis des services d'incendie et de secours du Var rendu le 14 juin 2022, que le poteau incendie DN n° 100 ne permet pas d'assurer la défense incendie du projet.

5. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation ou leurs dimensions, sont de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique ". Les risques d'atteinte à la sécurité publique visés par ce texte sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle le permis est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.

6. D'une part, il est constant que le projet porte sur la réalisation de deux bâtiments collectifs R+2 et de deux parkings de stationnement sous-terrain d'une surface, respectivement, de 780 et 730 mètres carrés. D'autre part, il ressort des préconisations du règlement de défense départemental de défense extérieure contre l'incendie (RDDECI) arrêté par le préfet du Var le 8 février 2017 que pour des habitations collectives de R+3 maximum et les parcs de stationnement souterrains, dont la surface est comprise entre 500 et 1 000 mètres carrés, le besoin minimal en eau est de 60 mètres cubes par heure, pendant deux heures, avec un point d'eau incendie à 200 mètres maximum de l'entrée principale du bâtiment et de l'accès au sous-sol. Si la commune fait valoir que chaque construction doit disposer de son propre point d'eau incendie, il ressort toutefois du RDDECI du Var, notamment de schémas, qu'un même point d'eau incendie peut desservir plusieurs constructions pour autant qu'il est situé, s'agissant des constructions en litige, à moins de 200 mètres de l'entrée principale. A cet égard, il n'est pas contesté et il ressort, au demeurant, des mesures relevées sur le site du gouvernement Géoportail, librement accessible en ligne au juge comme aux parties, que les entrées principales respectives de chaque construction seront situées à moins de 200 mètres du point d'eau incendie DN 100 prévu à l'entrée du projet. Ainsi, le dispositif incendie projeté respecte les préconisations du règlement départemental. En outre, il ressort notamment des écritures en défense que l'aléa incendie est ordinaire et peu élevé pour le terrain d'assiette du projet, lequel est situé en cœur de zone urbaine. Dès lors, il est constant que le projet n'est, ni par sa localisation, ni par sa consistance, exposé à un risque incendie particulier. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le maire de la commune de Brignoles a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en retirant le permis de construire en litige pour le motif précité.

7. Il résulte de ce qui précède que C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2022 ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen soulevé n'est de nature à entraîner l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ". Lorsque le juge annule un refus d'autorisation, une opposition à une déclaration ou un retrait d'autorisation tacite, après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit () ".

10. En l'espèce, il résulte de ce qui précède que le motif fondant l'arrêté du 19 juillet 2022 est entaché d'illégalité. Par ailleurs, en l'état du dossier, il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée interdisent d'accueillir les conclusions à fin d'injonction de délivrer un certificat de permis de construire tacite présentées par la requérante pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ni qu'un changement des circonstances de fait y fasse obstacle. Par suite, le présent jugement implique nécessairement la délivrance du certificat de permis de construire tacite sollicité. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au maire de Brignoles de délivrer à C le certificat de permis de construire tacite qu'elle demande, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la requérante.

Sur les frais d'instance :

11. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Brignoles une somme de 2 000 euros au bénéfice de C. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclame la commune de Brignoles au titre des frais liés au litige.

DECIDE

Article 1er : L'arrêté susvisé du maire de la commune de Brignoles en date du 19 juillet 2022 et la décision implicite de rejet du recours gracieux en date du 15 septembre 2022 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Brignoles de délivrer à C le certificat de permis de construire tacite sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Brignoles versera à C la somme de 2 000 (deux mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions de la commune de Brignoles sur ce fondement sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à C et à la commune de Brignoles.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

Signé :

H. LE GARS

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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