vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2300167 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BOCHNAKIAN & LARRIEU-SANS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 20 janvier 2023, le 23 janvier 2024 et le 21 mars 2024, Mme D A, représentée par Me Bochnakian, demande au tribunal:
1°) d'annuler l'arrêté en date du 24 novembre 2022 par lequel le préfet du Var lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour n° 9918098251 ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de résident de 10 ans, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté du 24 novembre 2022 méconnaît les dispositions des articles L. 423-6 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les dispositions de ces articles lui donnent droit à la délivrance d'une carte de résident à la fois comme conjointe de Français et mère d'un enfant français, et elle conteste le motif tiré d'un mariage douteux ou d'une absence de paternité de son ancien conjoint sur leur enfant ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- un titre de séjour d'un an seulement lui a été délivré, valable du 26 juillet 2023 au
25 juillet 2024, qui ne satisfait pas à sa demande.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2024, le préfet du Var conclut au non-lieu à statuer sur la requête.
Il soutient avoir délivré à la requérante une carte de séjour valide jusqu'au 25 juillet 2024, la requérante ne réunissant pas les conditions d'intégration républicaine ouvrant droit à une carte de résident sur le fondement des articles L. 423-16 et L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique ayant été, sur sa proposition, dispensée de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sauton, président ;
- et les observations de Me Bochnakian, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante sénégalaise née en 1978, a épousé M. C B, ressortissant français, à Dakar (Sénégal) le 28 mai 2015, mariage dont la transcription en droit français a été réalisée le 10 mars 2017. Mme A déclare être entrée en France en 2017 au bénéfice d'un visa long séjour et ne plus avoir quitté le territoire français. Le 7 août 2020, Néné Khadija B, de nationalité française, est née de l'union de Mme A et de M. B. Ce dernier est décédé le 10 novembre 2021. Mme A a obtenu une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 30 juillet 2018 au
29 juillet 2020, puis a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 25 février 2021.
2. Par arrêté du 24 novembre 2022, le préfet du Var lui a refusé le renouvellement de ce titre au motif, en particulier, d'un " doute quant à la nature du mariage ". Par ordonnance du 8 février 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Toulon a suspendu l'exécution de l'arrêté en litige et enjoint au préfet de réexaminer la situation de la requérante ainsi que de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. En exécution de cette ordonnance, le préfet du Var a délivré à Mme A une carte de séjour portant la mention " vie privée familiale " valable du 26 juillet 2023 au 25 juillet 2024. Cette dernière a maintenu ses conclusions au fond.
Sur l'exception de non-lieu opposée en défense :
3. Lorsque l'administration ne prend une décision faisant droit à la demande d'un administré qu'en vue d'assurer l'exécution de l'ordonnance par laquelle un juge des référés a suspendu l'exécution de la décision de refus initiale et enjoint à l'autorité administrative de procéder à un réexamen de la demande, une telle décision, qui revêt par sa nature même un caractère provisoire, n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions tendant à l'annulation de la décision initiale de refus. Il suit de là que l'exception de non-lieu opposée par le préfet du Var, qui n'expose pas avoir entendu délivrer un titre de séjour à titre définitif à l'intéressée, doit être écartée. A titre surabondant, le titre de séjour délivré ne correspond pas à celui demandé.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. / La délivrance de cette carte de résident est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. () ". Aux termes de l'article L. 413-7 du même code, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " La première délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 423-6, L. 423-10 ou L. 423-16, de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue aux articles L. 421-12, L. 421-25, L. 424-5, L. 424-14 ou L. 426-19, ainsi que de la carte de résident permanent prévue à l'article L. 426-4 est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 413-15 du même code : " Pour l'appréciation de la condition d'intégration prévue à l'article L. 413-7, l'étranger doit fournir : () 2° Les diplômes ou certifications permettant d'attester de sa maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008, dont la liste est définie par un arrêté du ministre chargé de l'accueil et de l'intégration. () ". Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 25 avril 2023 fixant la liste des diplômes et certifications attestant du niveau de maitrise du français requis : " Les diplômes recevables pour l'obtention d'une carte de résident, d'une carte de résident permanent ou d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ", mentionnés à l'article R. 413-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sont les suivants : / () ; / 2° Tout diplôme attestant un niveau de connaissance de la langue française au moins équivalent au niveau A2 du cadre européen de référence pour les langues ".
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée régulièrement en France en qualité d'épouse d'un ressortissant français, et qu'elle est, depuis le 7 août 2020, mère d'un enfant français résidant en France, qu'elle élève seule depuis le décès de son époux le 10 novembre 2021. Il est en outre constant que Mme A a été destinataire, successivement, d'un visa " long séjour " d'un an, valant titre de séjour, puis d'une carte de séjour de deux ans, ces deux titres portant la mention " vie privée familiale ". L'intéressée soutient sans être contredite avoir déposé une demande de renouvellement de son titre sur le double fondement des articles L. 423-6 et -10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si l'arrêté attaqué du 24 novembre 2022 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour est fondé sur la circonstance qu'une main courante, ainsi qu'une lettre des enfants de M. B allèguent le caractère frauduleux de son mariage avec ce dernier et remettent en cause la paternité de celui-ci quant à l'enfant du couple, il ne ressort toutefois nullement des pièces du dossiers que ces allégations, qui ne sont étayées par aucun élément ni aucune pièce de procédure, soient fondées.
6. En deuxième lieu, si le préfet du Var se borne à soutenir, dans son mémoire en défense, qu'il n'a pas délivré à Mme A, à la suite de la suspension en référé de la décision attaquée, une carte de résident au motif qu'elle ne remplissait pas les conditions d'intégration républicaines prévues à l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce nouveau motif, à supposer que le représentant de l'Etat puisse être regardé comme demandant ainsi une substitution de motifs, n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. L'intéressée verse au dossier, en contrepoint, une attestation de maîtrise globale de l'ensemble des compétences écrites et orales du niveau A2, suite à une formation de 100 heures, ainsi que de nombreux contrats de travail dans un établissement hôtelier varois et des pièces attestant qu'elle assure l'entretien et l'éducation de son enfant, de nationalité française. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L.423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont elle justifie réunir les conditions ouvrant droit à la délivrance d'une carte de résident de dix ans.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté refusant à Mme A un titre de séjour doit être annulé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
9. Il y a lieu, eu égard aux motifs qui fondent la présente décision, et sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée, par application de ces dispositions, d'enjoindre au préfet du Var de délivrer à la requérante une carte de résident de dix ans sur le fondement de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Var en date du 24 novembre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de délivrer à Mme A une carte de résident de dix ans portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
M. Quaglierni, premier conseiller,
Mme Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le président- rapporteur,
signé
JF. Sauton
L'assesseur le plus ancien,
signé
B. Quaglierini
Le greffier,
signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2300167
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026