lundi 2 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2300208 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | DE LA GRANGE & FITOUSSI AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 janvier 2023, M. C A représenté par Me Khalfaoui, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, en application des dispositions de l'article R.532-1 du code de justice administrative, une mesure d'expertise relative à sa prise en charge par le centre hospitalier intercommunal de Toulon la Seyne-sur-Mer à compter du 25 février 2019, ordonner également une expertise en ergothérapie et dire qu'un pré-rapport devra être déposé par les experts désignés ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal de Toulon la Seyne-sur-Mer la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens de l'instance.
Il est soutenu que :
- à la suite de son hospitalisation le 25 février 2019, pour des palpitations récidivant depuis quatre jours, il a présenté un épisode de tachycardie ventriculaire nécessitant l'administration d'un traitement anti-arythmique par Xylocaine qui a entrainé un arrêt cardiaque ;
- il a été constaté que ces complications pouvaient avoir pour origine un surdosage en Xylocaine ;
- il présente depuis son hospitalisation un ralentissement psychomoteur global sans véritable déficit cognitif ;
- une mesure d'expertise est ainsi nécessaire afin de déterminer les responsabilités et les préjudices subis, la désignation d'un expert en ergothérapie étant également sollicité afin d'évaluer les répercussions de son handicap dans sa vie quotidienne.
Par un mémoire enregistré le 9 février 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Var (CPAM), représenté par la SELARL Gary et Associés agissant par Me Garry, demande au tribunal de constater que sa créance provisoire s'élève à un montant de 140 046,66 euros, de réserver ses droits et de statuer sur les dépens.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2023, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la SELARL De La Grange et Fitoussi Avocats agissant par Me Fitoussi, informe la juridiction qu'il n'entend pas s'opposer à la mission d'expertise sollicitée tout en formulant des protestations et réserves sur cette mesure, demande au tribunal de désigner des experts spécialisés en cardiologie et neurologie, la nécessité d'un expert spécialisé en ergothérapie n'étant pas justifié, de compléter la mission selon ses dires, de dire que les experts devront déposer un pré-rapport et de rejeter toute autre demande.
Par un mémoire enregistré le 17 février 2023, le centre hospitalier intercommunal de Toulon La Seyne-sur-Mer, représenté par la SELARL Abeille et Associés agissant par Me Zandotti, conclut à titre principal, au rejet de la mesure d'expertise sollicitée, subsidiairement à la désignation d'un expert en matière de cardiologie et enfin de rejeter les conclusions tendant à la désignation d'un ergothérapeute et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Hamon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur la mesure d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Le juge des référés peut, sur le fondement de ces dispositions, ordonner une mission d'expertise dès lors que la demande qui lui est présentée n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative et qu'elle n'est pas dépourvue d'utilité.
2. La mesure d'expertise demandée par M. C A a pour objet de déterminer les causes, les responsabilités et les préjudices subis lors de sa prise en charge par le centre hospitalier intercommunal de Toulon la Seyne-sur-Mer à compter du 25 février 2019. Il résulte de l'instruction que si une première expertise a été réalisée par le docteur F le 13 juillet 2020, il apparait que l'état de santé de M. A n'était pas consolidé à cette date, l'évolution des séquelles et des préjudices ne pouvant être déterminés de manière définitive. Il ressort également d'un courrier du docteur H en date du 3 novembre 2022, que M. A conserverait de considérables séquelles neuropsychologiques intriquées à une réaction anxieuse chronicisée. Compte tenu de ces éléments, cette demande, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues et qui est susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
3. Si le requérant demande qu'il soit également ordonné une expertise en ergothérapie, les éléments présentés au dossier ne permettent pas, en l'état de l'instruction, de justifier qu'une telle expertise soit ordonnée. Toutefois, en application des dispositions de l'article R 621-2 du code de justice administrative, il appartiendra aux experts, s'ils le jugent opportun, de solliciter l'autorisation du président du tribunal pour faire appel au concours d'un ou plusieurs sapiteurs, notamment un ergothérapeute.
Sur le dépôt d'un pré-rapport :
4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Dès lors, les conclusions du requérant et de l'ONIAM tendant à ce que la mission d'expertise prévoit le dépôt d'un pré-rapport par l'expert, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie du Var :
5. La caisse primaire d'assurance maladie du Var, mise en cause, demande que ses droits à remboursement soient réservés. Il y a lieu de faire droit à cette demande.
Sur les dépens
6. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartiendra au président du tribunal ou au magistrat délégué, lorsqu'il liquidera et taxera les frais de l'expertise, de désigner dans l'ordonnance la partie qui les supportera. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées à ce titre par la requérante et la CPAM.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Il n'y a pas lieu, dans la présente instance de référé, de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Le docteur B E, expert en cardiologie demeurant HIA Ste Anne, BP 600 à Toulon (83000) et le docteur D G, expert en neurologie, demeurant CES de neurologie, 18 boulevard Dubouchage à Nice (06000) sont désignés pour procéder, en présence de M. C A, du centre hospitalier intercommunal de Toulon la Seyne-sur-Mer, de l'ONIAM et de la caisse primaire d'assurance maladie du Var, à une expertise médicale à l'effet de :
1°) prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de M. A, en se faisant communiquer tous les documents et pièces nécessaires à la bonne exécution de sa mission et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués lors de sa prise en charge par le centre hospitalier intercommunal de Toulon la Seyne-sur-Mer ;
2°) de décrire son état de santé et les soins et prescriptions antérieurs à son hospitalisation le 25 février 2019 au centre hospitalier intercommunal de Toulon la Seyne-sur-Mer ;
3°) décrire les conditions dans lesquelles M. A a été pris en charge, les diagnostics posés et les soins qui lui ont été administrés ;
4°) donner leur avis sur le point de savoir si les diagnostics établis, les traitements et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science et aux règles de l'art et s'ils étaient adaptés à l'état de M. A ; donner leur avis sur la pertinence des diagnostics des différentes équipes médicales et l'utilité des gestes médicaux pratiqués ; les experts préciseront les références des données médicales sur lesquelles ils se fondent, en retranscrivant au besoin les passages de la littérature scientifique qui leur paraîtraient pertinents ;
5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de la prise en charge de M. A ;
6°) donner leur avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de M. A ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;
7°) donner leur avis sur le point de savoir si le ou les éventuels manquements constatés ont fait perdre à M. A une chance d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation ;
8°) donner leur avis sur l'ampleur de la chance perdue (chiffrage) et son imputabilité aux éventuels manquements constatés ;
9°) évaluer, le cas échéant, les postes de préjudices subis non imputables à l'état antérieur de la victime ni aux conséquences prévisibles de sa prise en charge médicales par le centre hospitalier intercommunal de Toulon la Seyne-sur-Mer si celle-ci s'était déroulée normalement ;
10°) indiquer les périodes pendant lesquelles le patient a été, du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l'incapacité totale ou partielle de poursuivre ses activités personnelles et professionnelles habituelles ; en cas de déficit fonctionnel temporaire partiel, préciser le taux et la durée jusqu'à la consolidation ;
11°) dire si l'état de M. A s'est consolidé ; proposer, si possible, une date de consolidation de l'état de l'intéressé ; préciser s'il a subsisté un déficit fonctionnel permanent physique ou psychique et dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé, et, dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer si, dès à présent, un déficit fonctionnel permanent physique ou psychique est prévisible et en évaluer l'importance ;
12°) indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne a été nécessaire à M. A pour accomplir les actes de la vie quotidienne ; préciser les autres frais liés au handicap dont la nécessité résulterait du dommage ;
13°) déterminer les autres dépenses liées au dommage corporel ;
14°) donner leur avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique, préjudice sexuel) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment, aux antécédents médicaux de l'intéressée ;
15°) donner leur avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et éventuellement professionnelle de M. A ;
16°) donner leur avis sur les dépenses de santé de l'intéressé, la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse ainsi que d'aides techniques compensatoires au handicap de la victime, après consolidation, pour éviter une aggravation de l'état séquellaire, justifier l'imputabilité des soins à l'acte dommageable, indépendamment de ceux liés à la pathologie initiale, en précisant s'il s'agit de frais occasionnels c'est-à-dire limités dans le temps ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant, en précisant la fréquence de leur renouvellement ;
17°) de manière générale, fournir au tribunal tous éléments de nature à lui permettre de se prononcer sur les éventuelles responsabilités encourues ;
Les experts pourront, si faire se peut, concilier les parties à l'issue des opérations d'expertise. Ils disposeront des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Ils pourront entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 3 : L'expert pourra, s'il l'estime nécessaire, se faire assister d'un ou plusieurs sapiteurs pour être éclairé sur un point particulier. Dans ce cas, il devra préalablement solliciter l'autorisation du président du tribunal administratif, qui procédera à la désignation du ou des sapiteurs.
Article 4 : Les experts déposeront leur rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Les experts justifieront auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 5 : Les frais et honoraires dus aux experts seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-13 du code susvisé.
Article 6 : Les droits à remboursement de la caisse primaire d'assurance maladie du Var sont réservés.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, au centre hospitalier intercommunal de Toulon la Seyne-sur-Mer, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.
Copie en sera adressée aux experts désignés.
Fait à Toulon, le 2 septembre 2024.
Le juge des référés,
signé
L. HAMON
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026