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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2300266

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2300266

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2300266
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CHAS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon, statuant en référé sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, a ordonné une mesure d'expertise médicale à la demande des requérants. Cette expertise vise à déterminer les causes et responsabilités dans la prise en charge de Mme E G, décédée le 5 mai 2021, par le centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël et le centre hospitalier universitaire de Nice, en raison d'une suspicion de découverte et de traitement tardifs d'une tumeur. Le tribunal a rejeté la demande de dépôt d'un pré-rapport par l'expert, estimant que cette modalité relève de la libre appréciation de ce dernier dans le respect du contradictoire. La solution retenue est l'organisation de l'expertise, sans préjuger des responsabilités, et le rejet des conclusions des parties au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2023, M. C B et M. D A, représentés par Me Nardini, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, en application des dispositions de l'article R.532-1 du code de justice administrative, une mesure d'expertise relative à la prise en charge de Mme E G, décédée le 5 mai 2021, par le centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël et le centre hospitalier universitaire de Nice ;

2°) de mettre à la charge in solidum du centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël et du centre hospitalier universitaire de Nice la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- Mme E G, décédée le 5 mai 2021, a souffert d'une tumeur qui a fait l'objet d'une découverte et d'une prise en charge chirurgicale tardives ;

- il y a eu par ailleurs une insuffisance des examens pour son traitement, faute de réalisation d'une exploration cérébrale avant le mois de septembre 2020 ;

- ces carences sont de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël et du centre hospitalier universitaire de Nice ;

- une mesure d'expertise est donc utile et l'expert désigné devra déposer un pré-rapport qu'il adressera aux parties.

Par un mémoire enregistré le 9 février 2023, le centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël, représenté par Me Zandotti, informe la juridiction que s'il n'entend pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, il conteste toute responsabilité et demande au juge des référés de compléter la mission selon ses dires, notamment qu'un pré rapport soit dressé par l'expert dans un délai de quarante jours et enfin de rejeter les conclusions des requérants présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2023, le centre hospitalier universitaire de Nice, représenté par la SELARL cabinet Chas agissant par Me Chas, informe la juridiction qu'il n'entend pas s'opposer à la mission d'expertise sollicitée tout en formulant des protestations et réserves sur cette mesure et demande à la juridiction de rejeter les conclusions des requérants présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Var laquelle n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Hamon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la mesure d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Le juge des référés peut, sur le fondement de ces dispositions, ordonner une mission d'expertise dès lors que la demande qui lui est présentée n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative et qu'elle n'est pas dépourvue d'utilité.

2. La mesure d'expertise demandée par les requérants a pour objet de déterminer les causes, les responsabilités et les préjudices subis lors de la prise en charge de Mme E G, décédée le 5 mai 5021, par le centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël et le centre hospitalier universitaire de Nice. Cette demande, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues et qui est susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

3. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Dès lors, les conclusions des requérants et du centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël tendant à ce que la mission d'expertise prévoit le dépôt d'un pré-rapport par l'expert, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Il n'y a pas lieu, dans la présente instance de référé, de faire droit aux conclusions des requérants présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur F H, expert demeurant 51 rue Travieux à Lyon (69003) est désigné pour procéder, en présence de M. C B et M. D A, du centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël, du centre hospitalier universitaire de Nice et de la caisse primaire d'assurance maladie du Var, à une expertise médicale à l'effet de :

1°) prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de Mme E G, décédée le 5 mai 2021, en se faisant communiquer tous les documents et pièces nécessaires à la bonne exécution de sa mission et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués lors de ses prises en charge par le centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël et le centre hospitalier universitaire de Nice ;

2°) de décrire son état de santé et les soins et prescriptions antérieurs à son hospitalisation par les centres hospitaliers ;

3°) décrire les conditions dans lesquelles Mme E G a été prise en charge, les diagnostics posés et les soins qui lui ont été administrés ;

4°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis, les traitements et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science et aux règles de l'art, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme E G ; donner son avis sur la pertinence des diagnostics des différentes équipes médicales et l'utilité des gestes médicaux pratiqués ; l'expert précisera les références des données médicales sur lesquelles il se fond, en retranscrivant au besoin les passages de la littérature scientifique qui leur paraîtraient pertinents ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de la prise en charge de Mme E G par les centres hospitaliers ;

6°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme E G ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

7°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les éventuels manquements constatés ont fait perdre à Mme E G une chance d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation ;

8°) donner son avis sur l'ampleur de la chance perdue (chiffrage) et son imputabilité aux éventuels manquements constatés ;

9°) évaluer, le cas échéant, les postes de préjudices subis non imputables à l'état antérieur de la victime ni aux conséquences prévisibles de sa prise en charge médicales par les centres hospitaliers si celle-ci s'était déroulée normalement ;

10°) indiquer les périodes pendant lesquelles la patiente a été, du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l'incapacité totale ou partielle de poursuivre ses activités personnelles habituelles ; en cas de déficit fonctionnel temporaire partiel, préciser le taux et la durée jusqu'à la consolidation ;

11°) dire si l'état de Mme E G s'est consolidé avant son décès ; proposer, si possible, une date de consolidation de l'état de l'intéressée ; préciser s'il a subsisté un déficit fonctionnel permanent physique ou psychique et dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

12°) indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne a été nécessaire à Mme E G pour accomplir les actes de la vie quotidienne jusqu'à son décès ; préciser les autres frais liés au handicap dont la nécessité résulterait du dommage ;

13°) déterminer les autres dépenses liées au dommage corporel ;

14°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique, préjudice sexuel) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment, aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

15°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et éventuellement professionnelle de Mme E G jusqu'à son décès ;

16°) donner son avis sur les dépenses de santé de l'intéressée, la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse ainsi que d'aides techniques compensatoires au handicap de la victime, après consolidation, pour éviter une aggravation de l'état séquellaire, justifier l'imputabilité des soins à l'acte dommageable, indépendamment de ceux liés à la pathologie initiale, en précisant s'il s'agit de frais occasionnels c'est-à-dire limités dans le temps ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant, en précisant la fréquence de leur renouvellement ;

17°) de manière générale, fournir au tribunal tous éléments de nature à lui permettre de se prononcer sur les éventuelles responsabilités encourues ;

L'expert pourra, si faire se peut, concilier les parties à l'issue des opérations d'expertise. Il disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-13 du code susvisé.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à M. D A, au centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël, au centre hospitalier universitaire de Nice et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.

Copie en sera adressée à l'expert désigné.

Fait à Toulon, le 12 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

L. HAMON

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Le greffier,

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