mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2300332 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre - Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 janvier 2023 et 5 avril 2024, M. A B, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 3 décembre 2022 portant rejet de son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision initiale du 4 juillet 2022 prise par la directrice générale de l'Agence Nationale de l'Habitat (ANAH) rejetant sa demande d'octroi d'une prime pour la rénovation de son installation thermique solaire dans son logement situé au 171 avenue Auguste Battarel à Toulon ;
2°) de lui accorder l'octroi de la prime qui lui est sollicitée.
Il soutient que :
- il a contacté la défenseuse des droits mais sans réponse de sa part, il introduit ce recours devant le tribunal administratif de Toulon ;
- son projet consistait à rénover son installation thermique solaire défectueuse datant de 2004 ; il entre donc dans le cadre prévu par la loi, et dans le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;
- il n'est pas indiqué dans la loi qu'il est nécessaire de changer la totalité de l'installation pour pouvoir bénéficier de la prime ; en outre, cela est contraire à l'objet de la loi ;
- il a changé son installation thermique et il a rempli le dossier de demande de Ma Prim Renov dans les règles, et l'octroi de MaPrim'Renov n'aurait pas dû lui être opposé ; le choix de ne pas changer les panneaux solaires repose sur des considérations économiques et écologiques ; les panneaux solaires étaient encore en bon état et il n'était pas nécessaire de les changer ; il a donc décidé de ne changer que le système électrique (cumulus et appareillages) ;
- il a obtenu l'accord oral de deux personnes, dont le conseiller de Ma Prim Renov et ces deux personnes ont confirmé que bien que ne changeant qu'une partie de l'installation, il était tout de même éligible au dispositif Ma Prim Renov ;
- il est de bonne foi ; il a débuté les travaux avant d'obtenir la réponse de Ma Prim Renov, car les documents reçus de Ma Prim Renov mentionnaient qu'il était possible de débuter les travaux sans même avoir reçu la réponse de l'acceptation du dossier.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2024, l'Agence Nationale de l'Habitat (ANAH) conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- l'ANAH statue, en application des dispositions des articles L. 412-5 et L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration sur le recours administratif préalable obligatoire sur les éléments de fait et de droit existant à la date de sa décision ; la décision qui est prise suite à cette instruction se substitue à la décision initiale ;
- pour ouvrir droit à la Prim Renov, le chauffe-eau solaire individuel doit être composé d'un ballon d'eau chaude et de capteurs solaires ;
- les devis tenant à l'installation d'un chauffe-eau solaire individuel doivent contenir des mentions techniques obligatoires qui sont la certification " CSTBat " ou " SolarKeymark " des capteurs solaires ;
- M. B ayant procédé uniquement au remplacement du ballon d'eau-chaude solaire de son chauffe-eau solaire, mais ayant conservé les panneaux solaires préalablement installés, il ne peut bénéficier de la prime Renov ;
- le fait, à le supposer avéré, qu'un conseiller lui aurait indiqué qu'il était tout de même éligible à la prime n'a pas d'incidence sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le Code de la Construction et de l'Habitation ;
- le règlement général de l'Agence nationale de l'habitat ;
- le décret n°2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2023, la présidente du tribunal a désigné M. Bailleux pour statuer sur les litiges définis à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 21 mai 2024 :
- le rapport de M. Bailleux, magistrat désigné,
- les observations de M. B, présent.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation
1. Il résulte de l'instruction que Monsieur B a déposé, le 2 mai 2022, sur le site maprimerenov.gouv.fr, un dossier de demande de prime pour bénéficier de la prime de transition énergétique afin de financer des travaux tenant à l'installation d'un chauffe-eau solaire individuel pour son logement situé au 17 avenue Auguste Battarel à Toulon. Cette demande a fait l'objet d'une décision de rejet par la directrice de l'ANAH le 4 juillet 2022. M. B a fait un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette décision, en date du 4 octobre 2022, qui a été implicitement rejeté par l'ANAH le 3 décembre 2022. Le requérant doit être regardé comme demandant l'annulation de cette dernière décision dans la présente instance.
2. L'article 2 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 modifié relatif à la prime de transition énergétique prévoit que : " I. - Les dépenses éligibles à la prime de transition énergétique au titre de travaux et prestations figurent à l'annexe 1 du présent décret et peuvent être réalisées dans un immeuble bâti individuel ou collectif. ". L'annexe 1 du même décret contient une liste précise et exhaustive des " dépenses éligibles à la prime de transition énergétique ". En outre, l'annexe 1 du décret précité prévoit que : " Les dépenses suivantes, lorsqu'elles satisfont les critères techniques fixés par l'arrêté mentionné au VIII de l'article 2 du présent décret, sont éligibles à la prime : () 3. Equipements de chauffage ou de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant à l'énergie solaire thermique ou avec des capteurs solaires hybrides thermiques et électriques à circulation de liquide : (); b) Equipements de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant à l'énergie solaire thermique pour les immeubles situés en France métropolitaine ; () ". Par ailleurs, l'annexe 2 de l'arrêté du 14 janvier 2020 modifié relatif à la prime de transition énergétique établit que pour les ménages dits intermédiaires, le forfait de prime de transition énergétique en vue de réaliser l'installation d'un chauffe-eau solaire individuel s'élève à 2 000 €. L'article 3 de l'arrêté du 17 novembre 2020 relatifs aux caractéristiques techniques et aux modalités de réalisation des travaux et prestations dont les dépenses sont éligibles à la prime de transition énergétique prévoit que : " Les équipements de chauffage ou de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant à l'énergie solaire et dotés de capteurs solaires, installés avec appoint intégré, et les dispositifs solaires installés sur appoint séparé, neuf ou existant, pour la production de chauffage ou d'eau chaude sanitaire, mentionnés au 3 de l'annexe 1 du décret du 14 janvier 2020 précité, respectent les conditions suivantes : Les capteurs utilisés disposent d'une certification CSTBat ou Solar Keymark ou équivalente. Ils peuvent être thermiques à circulation d'eau, d'eau glycolée ou d'air, ou hybrides thermiques et électriques à circulation d'eau ou d'eau glycolée, dans les conditions de pose et d'utilisation de l'équipement. "
3. Ainsi que le fait valoir l'ANAH en défense, pour être qualifié " d'Equipements de chauffage ou de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant à l'énergie solaire thermique ou avec des capteurs solaires hybrides thermiques et électriques à circulation de liquide ", il est nécessaire que les panneaux solaires respectent les caractéristiques mentionnées à l'annexe
1 du décret du 14 janvier 2020 précitées. En s'abstenant de changer les panneaux solaires de son installation, le requérant ne pouvait ainsi pas bénéficier de la prime Renov, dont le montant a été calculé à la somme de 2 000 euros, pour l'installation d'un système complet. Il ne ressort pas des dispositions précitées, en particulier de l'annexe 2 de l'arrêté du 14 janvier 2020 modifié relatif à la prime de transition énergétique que le forfait de prime de transition énergétique en vue de réaliser l'installation d'un chauffe-eau solaire individuel puisse être scindé en fonction des parties de l'ensemble ainsi modifié.
4. En outre, le fait, à le supposer avéré, que le requérant ait été mal conseillé de son projet de travaux, ainsi qu'il le prétend sans en apporter la preuve, ne saurait avoir une quelconque incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la présente requête, ainsi que les conclusions en vue d'enjoindre l'ANAH à lui accorder la prime demandée.
Sur la suppression des passages injurieux
5. En vertu des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative, les tribunaux administratifs peuvent, dans les causes dont ils sont saisis, prononcer, même d'office, la suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires.
6. Les passages du mémoire de M. B du 5 avril 2024 commençant par les mots " En effet, je ne pouvais pas imaginer " et se terminant par les mots " sous prétexte que je ne peux pas apporter la preuve " ainsi que commençant par les mots " Puisque ma bonne foi n'est pas du tout prise en compte " et se terminant par " l'Etat de " truanderie " organisée ' " excèdent le droit à la libre discussion et présentent un caractère injurieux. Par suite, il y a lieu d'en prononcer la suppression.
DECIDE
Article 1er : Les passages mentionnés ci-dessus dans le mémoire de M. B du 5 avril 2024 sont supprimés.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B et à l'Agence Nationale de l'Habitat (ANAH).
Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
F. BAILLEUX
La greffière,
Signé :
K. BAILET
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation, La greffière.
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